L'Europe passe à l'offensive face à la Chine

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Les dirigeants européens réunis à Bruxelles durcissent le ton contre les pratiques déloyales de la Chine. Mais le passage aux actes sera compliqué, la plupart des États accueillant à bras ouverts les investissements chinois.

Depuis quelque temps, la stratégie commerciale de l’Europe face à la Chine cesse d’être un sujet secondaire. Les dirigeants européens, en sommet à Bruxelles, l’ont placé au plus haut de leurs priorités.

Le débat sur la Chine était prévu jeudi soir au dîner, juste après le Brexit. Mais les tractations sur le départ du Royaume-Uni de l'UE l'ont repoussé.

Vendredi, les Vingt-huit sont entrés dans le vif du sujet avec, sur la table, un document de la Commission européenne proposant dix mesures allant du partenariat dans les domaines où l'UE et la Chine peuvent collaborer, à une position plus offensive là où la Chine est une puissance rivale.

La France joue la figure de proue. "Je me félicite de ce réveil européen", a dit le président français Emmanuel Macron à son arrivée. Pour protéger le marché européen, "il faut une décision nette, unanime et des échéances à venir", renchérit un diplomate européen.

L’Europe est le premier partenaire commercial de la Chine. Mais "les pratiques déloyales de la Chine sont à l’origine d’un défi commercial de 150 milliards d’euros", dénonce Antonio Tajani, le président du Parlement européen.

Ces derniers temps, la Chine multiplie les OPA sur des entreprises européennes dans des secteurs vitaux. À l’origine de ces opérations, des sociétés alimentées par des fonds publics.

L’absence de réciprocité dans l’ouverture des marchés, en particulier dans le secteur public, est au cœur du débat. Le marché européen est ouvert à la Chine, l’inverse n’est pas vrai. De surcroît, il n’est pas rare que les technologies européennes soient copiées par les entreprises chinoises.

"Je me félicite de ce réveil européen"
Emmanuel Macron

Les questions de sécurité sont aussi pressantes. La mise à l’index du réseau 5G chinois par le président ces Etats-Unis Donald Trump, lors de l’affaire Huawei, a agi comme un catalyseur auprès des Européens. Le géant chinois des télécoms est soupçonné d’utiliser l’installation de son réseau 5G en Europe pour récolter des informations.

L’Europe n’a pas les leviers des Etats-Unis dont la flotte est amarrée dans le Pacifique au large de la Chine. L’UE ne peut imposer ses vues qu’à travers un dialogue avec Pékin et des réglementations. Les dirigeants chinois et européens se rencontrent à Bruxelles le 9 avril. Un "mini-sommet" aura lieu à l’Élysée mardi prochain. Emmanuel Macron a invité le président chinois Xi Jinping, la chancelière Angela Merkel et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Le ton change

Il ressort du projet de conclusions du Conseil, consulté par L’Echo, que l’UE veut poursuivre dans plusieurs domaines une relation de partenariat avec la Chine (climat, non-prolifération, multilatéralisme).

Par contre, et pour la première fois, les dirigeants européens durcissent le ton dans les politiques où la Chine est désormais vue comme une rivale. La Commission européenne est invitée à déposer, avant la fin de l’année, une proposition pour mettre fin aux "distorsions" provoquées par les investissements d’origine étrangère, plus précisément subventionnés par un Etat non-européen.

Les dirigeants européens s’engagent aussi à "reprendre les discussions" sur une proposition de la Commission datant de 2012 visant à imposer la réciprocité dans les marchés publics. L’accent est également mis sur "une approche concertée de la sécurité des réseaux 5G".

Les priorités divergent

Si la France et l’Allemagne sont convaincues, "la liste des priorités des Européens diverge", souligne un diplomate. L’Italie, en particulier, a cédé aux sirènes de "la nouvelle route de la soie" en se désinvestissant d’un projet ferroviaire avec le France pour se tourner vers Pékin. Xi Jinping est déjà à Rome pour signer le ralliement de l’Italie à ce projet pharaonique.

La Finlande et les Pays-Bas ne sont pas des enthousiastes. Prudente, la Belgique, "insiste sur le dialogue à maintenir avec la Chine pour renforcer le multilatéralisme, les doits humains, le désarmement et la protection de l’environnement". Notre pays est déjà bien engagé avec la Chine, dans des projets comme l’arrivé à Liège des trains du géant du net Alibaba.

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