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L'Europe passe à la vitesse supérieure pour sauver le climat

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le vice-président chargé du climat, Frans Timmermans, lors de la présentation du plan climat. ©REUTERS

La Commission européenne a dévoilé ce mercredi un plan climat ambitieux pour atteindre la neutralité climatique d’ici à 2050. Les ventes des véhicules à moteur thermique seront interdites à partir de 2035. Le kérosène sera désormais taxé.

Face aux dérèglements climatiques, l'Europe a décidé d'accélérer la cadence et de passer aux actes. La Commission européenne a présenté mercredi son projet "Fit for 55", un ensemble de 12 règlements et directives visant à atteindre la neutralité carbone en Europe d’ici à 2050.

"L'économie fossile est arrivée à ses limites et nous savons que nous devons passer à un nouveau modèle."
Ursula von der Leyen
Présidente de la Commission européenne

Parmi les mesures phares, l'exécutif européen prévoit la fin des ventes de véhicules à moteur thermique à partir de 2035, la taxation du kérosène ainsi que l'élargissement du marché d'échange de carbone (ETS) aux secteurs maritime et du bâtiment. Les importations seront également soumises aux règles de l'ETS.

Ce paquet "climat" ambitieux répond à l'objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre de l'UE de 55% en 2030 par rapport à leur niveau de 1990.

"Le grand objectif est de faire de l'Europe le premier continent neutre dans le monde", a déclaré la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. "L'économie fossile est arrivée à ses limites et nous savons que nous devons passer à un nouveau modèle."

"Il n'y a plus de temps à perdre. Dans l'ouest du Canada, il y a des décès parce que les températures ont atteint 50-55 degrés."
Frans Timmermans
Vice-président de la Commission européenne

Ces propositions doivent encore être adoptées par le Parlement et le Conseil européen. La Commission estime que ce processus législatif devrait prendre deux ans. Les négociations seront intenses. Certains pays sont en désaccord avec les propositions, tandis que les industries concernées montent au créneau.

"Il n'y a plus de temps à perdre. Dans l'ouest du Canada, il y a des décès parce que les températures ont atteint 50-55 degrés. Nous avons connu des tornades en Tchéquie. Qui l'aurait cru? Nous ne pouvons plus dire 'allons-y doucement'", a déclaré le vice-président de la Commission chargé du climat, Frans Timmermans. "Les yeux du monde sont braqués sur nous. À nous de montrer que nous sommes à la hauteur."

Élargissement du marché du carbone européen (ETS)

L'axe central de cette législation consiste à élargir le marché du carbone européen (ETS), où les gros pollueurs peuvent s'échanger des quotas d'émissions de gaz à effet de serre. Ces quotas sont considérés comme des "permis de polluer" pour ces secteurs représentant 40% des émissions de gaz à effet de serre. Le marché ETS sera étendu au transport maritime. "Un seul navire de croisière consomme autant de CO2 par jour que 80.000 voitures", a dit Ursula von der Leyen.

80.000
voitures
Le marché ETS sera étendu au transport maritime. "Un seul navire de croisière consomme autant de CO₂ par jour que 80.000 voitures", a dit Ursula von der Leyen.

Un second marché sera créé pour les secteurs routiers et le chauffage des bâtiments. Cette dernière mesure est très contestée, en particulier en raison du risque d'injustice sociale.

Par ailleurs, il sera mis fin, progressivement, aux "quotas gratuits" à partir de 2026, un privilège qui permet aux entreprises de bénéficier de quotas d'émissions de CO2 gratuits pour rester compétitives face aux importations étrangères. Un coup dur pour l'aviation.

Parallèlement, le projet prévoit la mise en place à partir de 2026 d'un "mécanisme d'ajustement carbone aux frontières" (MACF), en vertu duquel les importations dans 5 secteurs (acier, aluminium, ciment, engrais, électricité) seront progressivement soumises aux règles de l'ETS européen. Ces importateurs devront acheter des "certificats d'émissions" basés sur le prix du carbone qu'ils auraient dû acquitter si les biens avaient été produits en Europe.

50
milliards
La Commission européenne prévoit de doubler le fonds d'innovation ETS à 50 milliards d'euros durant une période de dix ans.

Soutien à la transition

Pour aider les États de l'UE au PIB le plus faible à moderniser leur industrie, la Commission prévoit de doubler le fonds d'innovation ETS à 50 milliards d'euros durant une période de 10 ans.

Le "fonds social d'action climatique" sera également augmenté, afin de soutenir les efforts des ménages les plus vulnérables. "Le fonds sera financé par la vente de permis de polluer qui devraient rapporter 70 milliards en 10 ans", dit une source européenne.

"Dans dix ans, cela vous coûtera moins cher d'avoir un véhicule électrique qu'un diesel."
Un haut fonctionnaire européen

Fin des moteurs thermiques

"Dès 2035, tous les véhicules devront répondre à une norme de zéro émission", dit un haut fonctionnaire européen. "Seuls les moteurs électriques seront autorisés."

Pour favoriser cette transition, l'UE veut faire évoluer la fiscalité de telle sorte que l'électricité soit l’énergie la moins chère. "Dans dix ans, cela vous coûtera moins cher d'avoir un véhicule électrique qu'un diesel", précise cette source.

2035
À partir de 2035, les fabricants automobiles ne pourront plus vendre de voitures et de camionnettes équipées d'un moteur thermique, qu'il soit hybride, à l'essence ou au diesel.

À partir de 2035, les fabricants automobiles ne pourront plus vendre de voitures et de camionnettes équipées d'un moteur thermique, qu'il soit hybride, à l'essence ou au diesel. Les anciens véhicules pourront continuer à circuler, tandis que les deux roues ne sont pas concernés.

De nombreux fabricants automobiles contestent cette mesure qui, selon eux, risque de provoquer des pertes d'emplois.

"Même avec les technologies actuelles, nous pensons qu'il est possible d'arriver à zéro émission."
Une source européenne

L'exécutif européen estime que cette transition sera possible au vu des progrès technologiques réalisés ces dernières années. "Mais même avec les technologies actuelles, nous pensons qu'il est possible d'arriver à zéro émission", dit une source européenne.

Pour parvenir à cet objectif, la Commission propose d'augmenter les points de chargement des véhicules pour en trouver "un tous les 60 kilomètres". Fin décembre 2020, il n'y avait que 226.000 bornes de recharge. L'UE veut en déployer un million pour 2025, et 3,5 millions pour 2030.

Taxation du kérosène

La Commission propose de taxer progressivement le kérosène sur une période de 10 ans. Les compagnies aériennes craignent que cette mesure crée des distorsions de concurrence, mais la mesure est jugée nécessaire par l'UE vu le caractère "incohérent" de ce carburant au regard des objectifs climatiques.

De plus, les taux de taxation de l'énergie seront augmentés durant une période de 10 ans, afin de décourager les carburants fossiles. L'assiette de la taxe portera désormais sur les gigajoules, c'est-à-dire la teneur énergétique, et non sur le litrage, une mesure qui favorisait les produits pétroliers.

Puits de carbone

La Commission propose aussi de développer davantage les puits de carbone, comme les forêts et les prairies. Des objectifs précis seront fixés aux Etats européens à partir de 2026 afin d’absorber un total de 310 millions de tonnes de CO2 par an d’ici 2030.

Enfin, la production d’énergie représentant 75% des émissions de l’UE, la Commission propose une directive visant à accroître la part d’énergie renouvelable à 40 % du parc énergétique d'ici 2030.

Le résumé

  • La Commission européenne a dévoilé un plan climat ambitieux pour parvenir à la neutralité climatique en 2050. L'exécutif européen propose d'en finir avec les ventes de véhicules à moteur thermique à partir de 2035, de taxer kérosène et d'élargir du marché d'échange de carbone (ETS) aux secteurs maritime, routier et du bâtiment. Les importations seront également soumises aux règles de l'ETS.
  • Ces mesures suscitent une levée de bouclier dans les secteurs industriels concernés. Pour la Commission, il s'agit de placer l'Europe à la pointe du changement technologique et de la lutte planétaire contre les changements climatiques.

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