L'Europe peine à adopter son plan de relance économique

Le président du Conseil européen Charles Michel tentera de trouver des convergences entre les Vingt-Sept sur le prochain budget européen et la relance économique suite à la crise du Covid-19. ©EPA

Les dirigeants européens se réunissent vendredi par vidéoconférence pour tenter de s'accorder sur la relance de l'économie européenne après la crise du coronavirus et sur le budget à long terme de l'UE.

"C'est maintenant ou jamais", lance un diplomate européen. Cela risque, pourtant, de durer. Les 27 dirigeants européens se réunissent ce vendredi par vidéoconférence pour s'accorder sur la reprise de l'économie européenne après la crise du coronavirus et le prochain budget à long terme de l'UE. Mais le manque de solidarité entre les États européens reste patent.

Sur la table – virtuelle – des dirigeants, deux propositions de la Commission européenne. Un plan de relance de 750 milliards d'euros. Massif. Ambitieux. Mais sur lequel les Vingt-sept n'ont pas réussi à se mettre d'accord lors du dernier sommet, fin mai. En cause? Des tiraillements entre les pays du Nord de l'Europe, adeptes d'une discipline budgétaire de fer, et ceux du Sud, dont l'Espagne et l'Italie, frappées par la pandémie.

Ce plan d'urgence s'intègre dans la proposition de cadre financier pluriannuel (CFP), le budget à long terme de l'UE (2021-2027). Une enveloppe d'environ 1.100 milliards d'euros dont une grande partie va à la politique de cohésion et à l'agriculture européenne. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, veut en faire l'instrument de relance européenne pour les prochaines années.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, avait mené des négociations bilatérales au début de l'année dans l'espoir d'arriver à un accord sur le CFP au sommet de février, mais ce fut l'échec. Quatre pays, appelés les "frugaux" (Pays-Bas, Autriche, Danemark, Suède), avaient fait front contre les ambitions du Sud.

"Un immense château de cartes"

"La construction que la Commission a mise sur la table est un immense château de carte. Ce ne sera pas facile de retirer une pièce sans que tout s'effondre."
Un diplomate européen

Les discussions seront difficiles, tant la marge de manoeuvre est restreinte. "La construction que la Commission a mise sur la table est un immense château de cartes. Ce ne sera pas facile de retirer une pièce sans que tout s'effondre", confie un diplomate.

Charles Michel espère arriver à un accord "avant la fin du mois de juillet". C'est aussi l'avis de la chancelière allemande Angela Merkel. "Le mieux serait que nous parvenions à un accord avant la pause estivale", a-t-elle plaidé jeudi au Bundestag. Ainsi, le Parlement européen et les assemblées nationales pourraient adopter le plan de relance et le CFP avant la fin de l'année. 

L'Allemagne, qui prend la présidence tournante de l'Union en juillet, jouera un rôle déterminant dans les négociations.

"Le président reste mobilisé pour trouver une solution d'ici la pause d'été, mais il suffit d'un seul pays pour tout bloquer."
Un haut fonctionnaire européen

Certains observateurs s'interrogent sur la capacité du Conseil européen à générer un accord en si peu de temps. Dans sa lettre d'invitation au sommet, Charles Michel reconnaît qu'il reste encore "un long chemin à parcourir". Un chemin plein d'embûches, où certains pays sont prêts à bloquer le processus. "Le président reste mobilisé pour trouver une solution d'ici la pause d'été, mais il suffit d'un seul pays pour tout bloquer", dit un haut fonctionnaire européen.

Pas d'accord avant juillet

La France et l'Allemagne se sont mises d'accord sur le montant du plan de relance, un atout de poids pour Charles Michel, dont le chef de cabinet François Roux, vient de démissionner.

Mais il ne devrait pas avoir d'accord ce vendredi. Depuis les dernières discussions, les frugaux n'ont pas baissé la garde. "Il n'y aura pas de réelle négociation. Pour arriver à un accord, nous avons besoin de passer du temps ensemble, écouter l'histoire des autres", résume un diplomate proche des négociations. Dans ce contexte, la mission de Charles Michel sera de trouver des convergences. "Ce sera un exercice délicat de reniflage", ajoute-t-il.

Les dirigeants européens entreront dans le vif des négociations d'un sommet physique, en juillet, à Bruxelles. "Les vidéoconférences, c'est tellement différent, vous n'avez pas de corridor ou parler, juste des PC et des téléphones portables", dit un haut fonctionnaire, "il faut un sommet physique pour trouver un accord".

La Belgique soutient les propositions de la Commission, mais elle demande des ajustements. Pour le gouvernement Wilmès, les critères de redistribution de l'argent du plan de relance ne sont pas suffisants. La Commission veut se baser principalement sur le taux de chômage de la région concernée. La Belgique veut ajouter le critère du niveau d'investissement public.

Le plan prévoit de redistribuer 500 milliards d'euros sous forme de subventions aux régions les plus touchées par la crise du Covid-19 et une enveloppe de 250 milliards d'euros sous forme de prêts. L'argent serait levé sur les marchés par la Commission et remboursé par les États en fonction de leur poids économique. La Belgique, qui affiche le sixième PIB de la zone euro, devrait contribuer au plan de relance à hauteur de 18 milliards d'euros.

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