L'Europe pourrait avancer à "différentes vitesses"

Le Premier ministre Charles Michel a proposé auprès de ses collègues européens de lister dans la Déclaration de Rome les dix priorités européennes ©REUTERS

Les dirigeants européens, réunis en sommet à Malte, ont voulu afficher vendredi un front uni face à la nouvelle administration américaine mais ne partagent pas tous la même analyse sur la manière de répondre aux annonces et initiatives de Donald Trump. La possibilité d'avancer avec "une Europe à plusieurs vitesses" est évoquée par les Etats fondateurs.

Donald Trump? "Il n’a pas à se mêler de ce qu’est la vie de l’Union européenne", lâche François Hollande à quelques journalistes, en marge du sommet de Malte. Le Président français, remonté, n’apprécie pas que le Président des Etats-Unis ait trouvé "merveilleux" que le Royaume-Uni quitte l’Union. "Je n’accepterai jamais qu’on puisse vouloir la dislocation de l’Europe, ajoute-t-il. Entre partenaires, il faut du respect." Il n’est pas certain que la réplique française dissuadera Donald Trump de tweeter comme il l’entend sur l’Europe. Mais elle reflète la grande préoccupation qui pesait vendredi à La Valette sur la réunion des chefs d’État et de gouvernement de l’UE. Les relations entre l’Europe et les Etats-Unis ont fait l’objet d’une discussion animée pendant le déjeuner de travail, après une courte matinée consacrée à la crise migratoire.

"Il y a des inquiétudes au sein des dirigeants européens à propos de certaines décisions prises par l’administration américaine", relève Joseph Muscat, le Premier ministre de Malte. Mais il n’a trouvé "aucun antiaméricanisme" durant la réunion.

Le président du Conseil, Donald Tusk, avait donné le ton en évoquant, dans une lettre envoyée quelques jours avant le sommet, la "menace" que représente Donald Trump, au même titre que la Russie et la Chine.

Le Premier ministre autrichien Christian Kern s’est montré très critique durant le sommet. "Il n’y a aucun doute que l’Amérique a une part de responsabilité dans l’afflux de réfugiés en raison de la façon dont ils sont intervenus militairement", juge-t-il. Le Luxembourgeois Xavier Bettel met en doute les "valeurs" de Trump.

Les Vingt-Huit ne partagent pas la même inquiétude.La Hongrie et la Pologne, dirigées par de partis populistes, apprécient Donald Trump. "Sommes-nous tous d’accord? Sans doute pas. Certains pays ont des réserves, d’autres de la bienveillance par rapport à ce que représente l’administration américaine", constate François Hollande.

accord sur la migration

Les dirigeants européens ont adopté vendredi à Malte une déclaration comportant dix mesures pour bloquer l’arrivée de migrants venant de Libye. Renforcer le rôle des garde-côtes libyens, aider financièrement les communautés locales, améliorer les conditions de vie des migrants dans les camps… L’UE veut agir comme avec la Turquie pour "mettre fin au jeu des passeurs", a dit la chancelière allemande Angela Merkel.

Mais la situation en Libye est différente. Le pays est plongé dans le chaos depuis le Printemps arabe et la mort de Mouammar Kadhafi. Le régime politique est instable et, selon l’ONU, les migrants sont maltraités dans les camps (emprisonnement, torture, viols…). Pour Médecin du Monde, l’UE organise "le refoulement des migrants vers leurs persécuteurs".

La voie du milieu

La Chancelière allemande a évité l’attaque frontale, tout en pointant des divergences. "Nous devons rechercher la coopération transatlantique. Il y a des points où nous serons d’accord avec Donald Trump. Il y en a d’autres où nous ne le serons pas comme, par exemple, la lutte contre le terroriste, que l’on ne peut généraliser à une seule religion et à certains pays", explique-t-elle.

Angela Merkel voit dans l’arrivée de Donald Trump l’occasion de renforcer l’intégration européenne. "L’Europe doit prendre en main son destin. Nous devons renforcer nos efforts en matière de défense."

©EPA

La prudence de Berlin est un geste envers la Maison-Blanche. Contrairement à François Hollande, hors course pour les présidentielles françaises, Angela Merkel a l’intention de rempiler après les législatives de septembre. Donald Trump restera son interlocuteur.

Le Premier ministre belge Charles Michel a suivi, lui aussi, la voie du milieu. "Il ne faut pas exagérer nos réactions ni relativiser, dit-il. Nous ne sommes pas encore conscients des effets de la présidence de Donald Trump."

Après le sommet, Donald Tusk a nuancé les propos qu’il avait tenus dans sa lettre en affirmant que "la relation avec les Etats-Unis est la plus haute priorité pour l’UE". Dans la foulée, il s’est dit prêt à accomplir un second mandat, son premier s’achevant en mai. Il s’est même permis un trait d’humour. "Notre Donald est désormais mon surnom auprès de mes collègues. Je peux vivre avec ça." Joseph Muscat n’a pu s’empêcher de lui répliquer que le prochain bâtiment de l’Union européenne serait baptisé Tusk Tower.

Patriotisme européen

Après le sommet, et le départ de Theresa May, les Vingt-Sept se sont réunis pour prendre le temps d’une réflexion sur l’avenir de l’Europe. Sur la base de cette discussion, qui fait suite au sommet de Bratislava, une déclaration sera rédigée dans les semaines à venir. Le texte sera adopté le 25 mars à Rome lors de la célébration des 60 ans du Traité fondateur de l’Union. Charles Michel a plaidé pour "un patriotisme européen" qui soit "réaliste". Il a proposé que l’on mette en place des coopérations renforcées entre les 19 pays de la zone euro sur les questions d’économie, de sécurité et de migration. "Ce sera plus réalisable à 19 et dans des délais plus rapides qu’à 28", dit le Premier ministre belge. Il a également insisté pour que dix priorités concrètes à réaliser par l’Europe soient fixées dans la déclaration.

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