L'Europe regarde vers la Belgique avec attention

Le Président de la Commission européenne José Manuel Barroso

Pas d’inquiétude particulière: la Commission européenne a réaffirmé lundi sa confiance dans la capacité de la Belgique à mener à partir du 1er  juillet prochain une présidence du Conseil de l’UE "efficace et ambitieuse", en dépit d’une situation politique intérieure inédite.

"Nous sommes convaincus que la Belgique peut faire face à ce défi et avoir une présidence efficace et ambitieuse, même dans cette situation qui bien entendu est un défi, comme pour tout pays qui se trouve en train de former un gouvernement alors que la présidence de l’UE arrive", a affirmé sa porte-parole, Pia Ahrenkilde.

C’est avec un gouvernement en affaires courantes que la Belgique reprendra dans quinze jours à l’Espagne les rênes de la présidence semestrielle de l’Union européenne. En soi, cette situation n’est pas réellement problématique. D’abord parce que l’équipe Leterme peut s’appuyer sur les entités fédérées, qui ont accompli une part du travail préparatoire, et qui devront encore prendre à leur charge certaines réunions.

Ensuite, le programme définitif -réunions du Conseil, manifestations, priorités- concocté par le gouvernement en collaboration avec la Commission va être entériné cette semaine. Riche d’une soixantaine de pages, il passe au crible l’ensemble des travaux que les ministres, diplomates et fonctionnaires belges devront faire progresser entre juillet et décembre. Quelques priorités s’en détachent, comme l’achèvement de la mise en oeuvre du traité de Lisbonne, ainsi que la poursuite des réformes du secteur financier et l’amélioration de la gouvernance économique. Or, sur la plupart des dossiers, c’est l’agenda européen, et parfois, la volonté des "poids lourds" d’aller de l’avant, qui dictent l’évolution des travaux. Quand il entrera en fonction, le nouvel exécutif belge ne pourra donc guère faire plus que d’imposer son style propre.

Par ailleurs, les présidences européennes actuelles n’ont plus l’ampleur qu’elles avaient par le passé. Avec le traité de Lisbonne, le Conseil européen dispose désormais d’un président stable, ce qui décharge le Premier ministre du pays qui préside l’UE d’une sérieuse contrainte. Autre nouveauté: la Haute représentante pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, qui préside les réunions des chefs de la diplomatie. Enfin, depuis plusieurs années déjà, l’Eurogroupe (les ministres des Finances de la zone euro) bénéficie lui aussi d’un président stable.

Certains diplomates estiment cependant que la faiblesse du gouvernement belge actuel pourrait conduire le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, à jouer un rôle d’impulsion accru, au détriment de la présidence tournante. C’est possible, mais cette modification du centre de gravité dans l’UE dépendra sans doute davantage de la capacité de l’ancien Premier ministre belge à s’imposer dans le Landerneau européen que du poids des futures présidences.

Reste une inquiétude: si la Commission européenne a réaffirmé sa confiance dans "l’engagement européen" de la Belgique, certains fonctionnaires font quand même le constat que la demande d’autonomie accrue des régions en Belgique risquerait de poser un problème si elle devait faire tache d’huile en Europe. "Plus il y a d’Etats membres au Conseil, moins il sera facile d’y prendre des décisions rapidement", souligne un fonctionnaire. Et ce n’est là qu’un exemple parmi d’autres des inconvénients qu’un morcellement de la Belgique ou de tout autre pays entraînerait…

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