L'Europe sanctionne la Chine, Pékin riposte

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, lors du Conseil des affaires étrangères. ©REUTERS

L'UE et d'autres puissances occidentales ont sanctionné des personnalités chinoises pour les violations commises contre la minorité Ouïghour au Xinjiang. En retour, Pékin a sanctionné dix personnalités européennes, dont le député belge Samuel Cogolati, ainsi que neuf personnalités britanniques.

Les ministres européens des Affaires étrangères ont adopté ce lundi des sanctions ciblées contre quatre personnes en Chine suite à des violations graves des droits de l'homme et des arrestations arbitraires à grande échelle, en particulier de Ouïghours du Xinjiang. Pékin a immédiatement répondu en sanctionnant dix personnalités européennes, des universitaires et des politiciens, dont le député belge Samuel Cogolati (Ecolo) et l'eurodéputé français Raphaël Glucksmann. La Chine a aussi sanctionné quatre organisations, dont la sous-commission des droits de l'homme du parlement européen présidée par la Belge Marie Arena (PS).

Avec cette salve de sanctions, l'Union européenne (UE) durcit ses relations avec la Chine, considérée jusqu'ici comme un partenaire commercial et un rival systémique.

"Au lieu de viser des intérêts économiques ou une armée, c'est l'institution du parlement belge qui est visée, mais on ne nous arrêtera pas."
Samuel Cogolati
Député fédéral Ecolo

Samuel Cogolati est l'auteur d'une proposition de résolution demandant que la Belgique reconnaisse comme génocide le sort réservé aux Ouïghours. Le député fédéral et sa famille sont interdits d'entrée en Chine et ils ne pourront commercer avec le pays.

"Ça fait froid dans le dos", a déclaré Samuel Cogolati, "parce qu'au lieu de viser des intérêts économiques ou une armée, c'est l'institution du parlement belge qui est visée. Mais on ne nous arrêtera pas".

"La Belgique rejette fermement" les sanctions chinoises prises "en réponse aux mesures adoptées pour la défense des droits de l’homme, un principe fondamental des politiques de l’UE", a réagi sur Twitter la ministre belge des Affaires étrangères, Sophie Wilmès. La ministre a également convoqué l'ambassadeur de Chine en Belgique.

Selon les Nations unies et certaines ONG, il y aurait plus d'un million de Ouïghours enfermés dans des camps dans le Xinjiang. La Chine est accusée de recourir à la torture, au travail forcé et aux stérilisations à l'encontre de ces prisonniers. Le gouvernement chinois nie toute violation des droits humains, affirmant que ses camps offrent "une formation professionnelle" et sont" nécessaires pour lutter contre l'extrémisme".

L'UE a également adopté lundi des sanctions contre onze officiers birmans impliqués dans la répression meurtrière menée depuis le coup d'État.

C'est la deuxième fois que le Conseil utilise une nouvelle législation pour sanctionner les individus en cas de violation grave des droits humains. L'UE a récemment sanctionné quatre hauts fonctionnaires russes impliqués dans les procédures judiciaires engagées contre l'opposant russe Alexeï Navalny.

Les personnes visées par les sanctions européennes font l'objet d'un gel des avoirs dans l'UE et d'une interdiction de pénétrer sur son territoire.

Ouverture et fermeté avec Ankara

Les ministres des Affaires étrangères ont également pris connaissance d'un rapport sur la Turquie, présenté par le Haut représentant aux Affaires étrangères, Josep Borrell. Ce document fait état d'actions positives ou négatives à prendre en fonction de l'évolution des politiques d'Ankara.

Ces derniers mois, "la Turquie a fait preuve d'une attitude plus calme et plus constructive sur diverses questions", affirme le rapport.

Le chef de la diplomatie européenne propose que l'UE mette sur la table une série de coopérations dans plusieurs domaines, comme l'union douanière ou des programmes européens, comme Erasmus+ ou Horizon.

Par contre, Josep Borrell propose d'adopter une attitude plus ferme au cas où la Turquie "n'avancerait pas de manière constructive" mais "reviendrait à de nouvelles actions unilatérales ou provocations".

Le document devrait être adopté par les dirigeants de l'UE lors du sommet européen de jeudi.

Le débat intervient alors qu'Ankara vient de se retirer de la convention d'Istanbul réprimant les violences faites aux femmes.

Pékin sanctionne 9 personnalités britanniques

Le Royaume-Uni a "condamné" ce vendredi 26 mars les sanctions prises par Pékin contre des personnalités et entités britanniques, dénonçant une volonté de faire taire ceux qui dénoncent les violations des droits humains. "Nous condamnons les tentatives de la Chine de réduire au silence ceux qui dénoncent les violations des droits de l'Homme, dans le pays et à l'étranger", a tweeté le ministre des Affaires étrangères Dominic Raab.


Après les sanctions prises par le Royaume-Uni aux côtés de l'UE, des Etats-Unis et du Canada, Pékin a sanctionné vendredi neuf personnalités britanniques, dont des parlementaires de haut rang, ainsi que quatre entités accusées de "répandre des mensonges" au sujet des droits de l'Homme au Xinjiang.


 Parmi les entités visées par Pékin figurent la Commission des droits de l'Homme du Parti conservateur (la formation du Premier ministre Boris Johnson), ainsi que l'ancien chef de ce parti, Iain Duncan Smith, et le député Tom Tugendhat, qui dirige la commission des Affaires étrangères de la Chambre des communes. "
 Également sanctionnée par Pékin, la députée conservatrice Nusrat Ghani.

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