L'Europe se cherche un avenir post-Brexit à Tallinn

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Révolution numérique, Brexit, avenir de l'UE... les dirigeants européens sont réunis à Tallinn pour tenter de rendre du souffle au projet européen. Sans grand enthousiasme, sinon celui du président français Emmanuel Macron, soutenu du bout des lèvres par la chancelière allemande Angela Merkel.

Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE sont réunis ce vendredi à Tallinn (Estonie) pour tenter donner un coup d’accélérateur à l’Europe numérique. L'avenir de l'Europe et le Brexit sont aussi au menu. 

L’Union européenne a pris du retard par rapport aux Etats-Unis dans la révolution numérique. Les "GAFA", les géants du secteur (Google, Apple, Facebook, Amazon), sont basés en Californie. De même qu’Airbnb et Uber, les leaders de "l’économie partagée".

L’Europe et les Etats-Unis ont une perception différente de l'économie numérique, ce qui peut explique le retard des Européens. Alors que les Américains sont à la recherche d’une simplification des modes de paiement et des prestations de services, les Européens ont tendance à se méfier de la nouvelle économie, synonyme d’évasion fiscale, d’atteintes à la vie privée et de cyberattaques. Uber et Airbnb sont traités différemment selon les Etats européens. Londres, par exemple, interdit Uber.

La taxation des "GAFA" est également au cœur des débats des dirigeants européens. L’UE est divisé sur cette idée avancée par le président de la République française, Emmanuel Macron. Certains pays s’y opposent, comme l’Irlande et le Luxembourg, qui bénéficient des "imperfections" de la fiscalité européenne. Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a promis à de proposer de nouvelles règles en 2018 pour taxer les géants de l'internet. 

"Nous devons avancer dans une logique d'harmonisation, d'accroissement de la coopération européenne"
Charles Michel
Premier ministre belge

Le Premier ministre belge Charles Michel s'est prononcé en faveur d'une harmonisation fiscale à l'échelle européenne pour la taxation de ces sociétés. "Nous devons avancer dans une logique d'harmonisation, d'accroissement de la coopération européenne", a-t-il dit. Pour M. Michel, "il est normal que les grandes entreprises de l'internet fournissent une contribution juste".

Marché unique numérique

L’Estonie à la pointe de la gouvernance numérique, considère ce sommet informel comme le point d'orgue de sa présidence de six mois pour donner une impulsion au Vieux Continent. Le président estonien Kersti Kaljulaid a pressé les dirigeants européens de trouver un accord sur la stratégie du marché unique numérique d'ici 2018.

Malgré la bonne volonté de l’Estonie, il y a peu de chance de voir les leaders européens engranger de réels progrès à Tallinn. Le président du Conseil européen Donald Tusk, lui-même, a fait à peine allusion au sujet dans sa lettre d’invitation au sommet informel. 

Pour le président en exercice de l’UE, le Premier ministre estonien Juri Ratas, il faut promouvoir la liberté de circulation des données comme la "cinquième liberté fondamentale" du marché européen.

L'avenir de l'Europe

Jeudi soir, lors d’un dîner, les dirigeants européens se sont penchés sur l’avenir de l’Europe. Emmanuel Macron a fait part d’un "consensus commun pour avancer" sur ce sujet. Deux jours après un discours-fleuve très remarqué sur le futur de l’UE, le président français a pris le pouls de ses collègues sur les initiatives qu’il a proposé.

Sa démarche a reçu un accueil poli. Beaucoup de pays européens sont en pleine transition politique. Les Pays-Bas n'ont toujours pas de gouvernement. L'Italie songe déjà aux prochaines élections de 2018. L'Espagne est en prise avec un référendum sur l'indépendance de la Catalogne. 

"La France est de retour sur le devant de la scène"
Angela Merkel
Chancelière allemande

M. Macron a - tout de même - reçu le soutien de la chancelière Angela Merkel. "La France est de retour sur le devant de la scène", a-t-elle confié à son partenaire français lors d'une entrevue. Mais la gagnante des élections de dimanche dernier est corsetée par les discussions avec ses futurs alliés, les verts et les libéraux (FDP). Le FDP est loin de partager l’enthousiasme de la France, entre autres, sur le renforcement de la zone euro.

De plus, il existe un décalage important entre la vision d'une Europe avançant à 27, prônée par Jean-Claude Juncker, et celle du président Macron, qui fait la part belle à une Europe à plusieurs vitesses. 

Pour tenter de faire la synthèse, Donald Tusk a promis de consulter les " 27 " sur la méthode à suivre avant le prochain Conseil européen, prévu les 19 et 20 octobre à Bruxelles.

Pas de progrès sur le Brexit

La Première ministre britannique Theresa May espérait voir les négociations du Brexit progresser à Tallinn, mais elle a dû déchanter.

Lors du dîner, Jean-Claude Juncker a estimé qu’il faudrait "des miracles" pour passer à la prochaine étape lors du prochain conseil européen. Six mois après le début des négociations sur le départ du Royaume-Uni de l’UE, aucun progrès substantiel n’a été réalisé. Conformément aux Traités, il ne reste que dix-huit mois de négociations avant que la sortie du Royaume-Uni de l’UE soit effective.

Campant sur leurs positions, ni les Européens ni les Britanniques ne semblent déterminés à progresser.

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