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L'Europe se met sur pause en attendant Berlin

S'il entre dans une coalition, Christian Lindner, le président des libéraux allemands (FDP), voudra renforcer la rigueur budgétaire en Europe. ©AFP

La future coalition allemande aura un poids considérable sur les affaires européennes, en particulier sur le dossier climatique et la rigueur budgétaire. En attendant sa formation, l'Europe se met sur pause.

Au cours des prochaines semaines, les affaires européennes devraient tourner au ralenti, le temps qu'un gouvernement allemand soit formé et que le Bundestag désigne un chancelier. La future coalition aura une influence déterminante sur la manière dont l'Union européenne (UE) relèvera ses grands défis, comme la relance économique, la pandémie de Covid-19, le réchauffement climatique et la place des Européens dans le monde. Sans l'Allemagne, la première économie du continent, l'UE ne peut prendre de grandes orientations sur ces dossiers.

"On a un intérêt français d'avoir vite un gouvernement allemand fort en place."
Clément Beaune
Secrétaire d'État français aux Affaires européennes

Plus la future coalition se fera attendre, plus l'Europe se trouvera affaiblie face à ses adversaires systémiques, la Russie et la Chine, avec à ses côtés un allié américain des plus versatiles comme l'a illustré la récente affaire des sous-marins.

La France, en attente d'un partenaire solide pour activer le moteur européen, a d'ailleurs appelé l'Allemagne à presser le pas. "On a un intérêt français d'avoir vite un gouvernement allemand fort en place", a déclaré lundi le secrétaire d'État français aux Affaires européennes, Clément Beaune, lors d'une interview à France 2. C'est d'autant plus urgent que Paris s'apprête à relâcher la bride européenne pendant la présidentielle d'avril 2022.

Bonne nouvelle pour les Européens, quelle que soit la future coalition, elle sera europhile, aucun parti europhobe n'ayant remporté les élections. Le parti d'extrême droite AfD a même reculé.

"Cette période de latence, c'est une perte de temps pour l'Europe car les grandes orientations du prochain gouvernement allemand sont connues."
Benjamin Bodson
Spécialiste en affaires européennes à l'Institut Egmont

Pour Benjamin Bodson, spécialiste en affaires européennes à l'Institut Egmont, ce ralentissement de l'UE n'est pas une bonne chose. "Cette période de latence, c'est une perte de temps pour l'Europe, car les grandes orientations du prochain gouvernement allemand sont connues. Ce sont d'ailleurs les grandes tendances de notre époque, comme la lutte contre les changements climatiques", résume-t-il.

Écologie et discipline budgétaire

La victoire des sociaux-démocrates du SPD laisse présager l'arrivée à la chancellerie d'Olaf Scholz, à la tête d'une tripartite formée par son parti, les écologistes (Die Grünen) et les libéraux (FDP). C'est, du moins, le scénario le plus évoqué.

Les écologistes allemands devraient donner une forte impulsion au Pacte vert européen, à la transition écologique et à la lutte contre les changements climatiques. Le paquet climatique "Fit for 55", porté par le commissaire européen Franz Timmermans (S&D), devrait être conforté.

L'arrivée au pouvoir du FDP, présidé par Christian Lindner, pourrait signer le retour à une discipline budgétaire plus stricte en Europe, après plusieurs mois de relâche durant la pandémie de covid-19. Les libéraux allemands, adeptes de l'orthodoxie budgétaire, ne devraient pas faire de cadeaux aux pays du sud. Christian Lindner revendique d'ailleurs le ministère des Finances. À ce poste, il aurait la main sur l'Eurogroupe et pourrait imposer plus facilement ses vues.

Le FPD pourrait contrecarrer le projet d'Union budgétaire cher à la France. En juin dernier, pour la première fois de leur histoire, les Européens ont contracté une dette commune pour relancer leur économie. Certains États européens pourraient être tentés de renouveler l'expérience, par exemple, pour alimenter la transition verte, ce qui serait impossible sans l'accord de l'Allemagne. Un beau débat en perspective entre les Grünen et le FDP.

Le remplacement d'Angela Merkel par Olaf Scholz pourrait aussi compliquer le travail de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Cette proche d'Angela Merkel, habituée à obtenir le soutien de Berlin, devra désormais composer avec un rival politique.

Le résumé

  • L'Union européenne devrait tourner au ralenti, le temps que le prochain gouvernement allemand soit formé.
  • Les écologistes (Grünen) et les libéraux (FDP) ont de grandes chances d'arriver au pouvoir. Les premiers renforceront la transition verte en Europe, tandis que les seconds pourraient signer le retour à l'orthodoxie budgétaire.
  • L'arrivée d'Olaf Scholz (S&D, SPD) à la chancellerie pourrait compliquer la tâche de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen (PPE, CDU).

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