L'Europe se prépare à un choc similaire à la crise économique de 2008

La Chancelière allemande Angela Merkel estime que l'épidémie de coronavirus pourrait toucher "entre 60% et 70% de la population mondiale". ©Michael Kappeler/dpa

La BCE redoute une crise économique et financière comparable à celle de 2008. L'Allemagne annonce un assouplissement de sa rigueur budgétaire, après que les dirigeants européens aient convenu d'une série de mesures pour lutter contre l'épidémie et son incidence sur l'économie.

L'épidémie de coronavirus devrait provoquer un choc aussi grave que celui de la crise économique et financière de 2008. C'est ce qu'ont annoncé la Chancelière allemande Angela Merkel et la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, au lendemain d'une vidéoconférence entre les dirigeants européens sur l'épidémie de coronavirus.

"L'Europe va se retrouver dans un scénario qui rappellera à beaucoup la grande crise financière de 2008."
Christine Lagarde
Présidente de la Banque centrale européenne

Lors de ce sommet convoqué d'urgence, la présidente de la BCE a averti les Vingt-Sept que, sans réaction appropriée, l'Europe "va se retrouver dans un scénario qui rappellera à beaucoup la grande crise financière de 2008", selon une source européenne citée par l'agence Bloomberg.

Christine Lagarde a indiqué que la BCE prendrait des mesures de soutien, jeudi, lors de sa réunion sur les taux d'intérêt. Beaucoup attendent une baisse des taux d'intérêt. Elle a également invité les dirigeants européens à prendre des mesures fiscales pour soutenir l'économie. 

Peu après que cette nouvelle est tombée, Angela Merkel partageait l'avertissement de la présidente de la BCE lors d'une conférence de presse à Berlin, estimant que la situation "doit être prise très au sérieux". C'est la première fois qu'elle prenait la parole sur la crise sanitaire. 

"Entre 60% et 70% de la population infectée"

60-70%
de la population
Entre 60% et 70% de la population mondiale pourrait être atteinte du coronavirus si aucun vaccin n'est trouvé.

Lors de la vidéoconférence entre les Vingt-Sept, les scientifiques européens ont fourni des prévisions alarmistes sur la propagation du coronavirus.

Selon la Chancelière allemande "entre 60% et 70% de la population mondiale" pourrait être infectés par le coronavirus.

"Nous devons comprendre que le virus est déjà là, et tant que nous n'avons pas d'immunité contre lui, tant qu'il n'y a ni vaccin ni traitement, la proportion de population infectée sera élevée", a insisté Angela Merkel. 

Dans un autre registre, le Premier ministre bulgare Boiko Borissov évoquait une contamination de "70% de la population européenne", sur son compte Facebook.

Assouplissement des règles budgétaires

L'Union européenne a annoncé mardi, après le sommet, une première série de mesures pour contrer les effets économiques de l'épidémie.

En premier lieu, les règles budgétaires sur les déficits publics, contenues dans le pacte de stabilité, seront assouplies. 

"C'est une situation spéciale. Nous ferons ce qui est nécessaire."
Angela Merkel
Chancelière allemande

L'Allemagne, accrochée au dogme du zéro déficit, devrait elle-même y déroger pour soutenir son économie. Pour rappel, il est inscrit dans la constitution allemande que le pays ne peut contracter de dette supérieure à 0,35% du PIB.

"Nous n'allons pas nous demander ce que cela signifie pour notre déficit", a dit Angela Merkel, estimant que "c'est une situation spéciale. Nous ferons ce qui est nécessaire".

Cet assouplissement de la limite des 3% de déficit public par an devrait donner de l'oxygène à l'Italie, souvent rappelée à l'ordre par l'Europe et, aujourd'hui, frappée de plein fouet par l'épidémie. 

L'application des règles européennes de concurrence, celles qui permettent de sanctionner les aides d'État illégales, fera également l'objet d'une plus grande flexibilité. L'Allemagne a annoncé son intention de puiser dans ses importantes réserves financières pour soutenir ses entreprises.

Cette flexibilité ne se fera pas sans limites. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, précisera la mise en œuvre de ces mesures lors de l'Eurogroupe de lundi prochain. "Nous clarifierons très rapidement les règles du jeu pour les États membres", a-t-elle résumé.

"25 milliards d'investissements"

La Commission européenne a détaillé mercredi la manière dont elle comptait mettre en place son fonds de réponse au coronavirus de 25 milliards d'euros d'investissements pour les systèmes de santé, les PME et les secteurs vulnérables de l'économie.

L'Union devrait débloquer cette semaine un montant de 7,5 milliards d'euros de fonds non utilisés permettant de constituer le fonds par un effet de levier.

En pratique, la Commission renoncera cette année à son option de demander le remboursement de l'argent versé aux États européens au titre d'aides régionales. Cela permettra "la mobilisation de 17,5 à 18 milliards d'euros de financements structurels", prévoit l'exécutif européen. En Belgique, l'opération devrait surtout bénéficier au sud du pays.

"Il ne s'agit pas de magie, il s'agit de l'utilisation de fonds disponibles", a précisé un porte-parole de la Commission, prévenant les critiques sur l'effet de levier. 

La Commission a également mobilisé 140 millions d'euros de fonds publics et privés pour les recherches sur les vaccins, le diagnostic et le traitement contre le coronavirus.

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