L'Europe veut criminaliser toute violence contre les femmes

La vice-présidente de la Commission européenne, Vera Jourova, figure de proue de la lutte pour l'égalité des genres. ©EPA

Les violences faites aux femmes et les inégalités salariales sont encore bien présentes en Europe. La Commission européenne a proposé jeudi une nouvelle stratégie pour l'égalité des genres. L'Europe veut criminaliser les violences faites aux femmes et imposer des quotas au sein des conseils d'administration.

"Je suis née dans un pays communiste, où la femme était programmée pour travailler très dur sans se plaindre. J'ai porté cet algorithme pendant vingt-cinq ans". Vera Jourova, la vice-présidente de la Commission européenne en charge des Valeurs et de la Transparence. Elle est aujourd'hui au plus haut de l'appareil législatif européen, chargée de combattre les inégalités hommes-femmes.

Plus de la moitié des femmes européennes ont été victimes de harcèlement sexuel.
55%
de victimes de harcèlement sexuel

L'Europe a progressé, mais "il reste beaucoup à faire", dit-elle. Un tiers des femmes européennes sont victimes de violences, plus de la moitié ont été victimes de harcèlement sexuel. À peine 8% des femmes dirigent une entreprise. Les femmes gagnent en moyenne 16% de moins que les hommes. Elles ont en moyenne une pension inférieure de 30%.

L'Europe patine dans ce domaine depuis des années. La proposition de directive sur les quotas de genres dans les conseils d'administration est gelée depuis 2013. La ratification de la convention d'Istanbul contre les violences faites aux femmes est bloquée par six pays de l'Est (Bulgarie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Slovaquie et Tchéquie). 

L'exécutif européen, présidé pour la première fois par une femme, Ursula von der Leyen, a dévoilé jeudi sa stratégie en faveur de l'égalité des genres. Elle sera portée par Vera Jourova et la commissaire à l'Égalité des genres, Helena Dalli.

Violence faite aux femmes

La Commission va batailler pour que les États européens ratifient la convention d'Istanbul. Mais elle n'attendra plus les six réfractaires. Dans un an, elle proposera des mesures pour atteindre les mêmes objectifs.

L'Union ajoutera la violence faite aux femmes dans l'arsenal pénal des États, les "eurocrimes". La proposition comprendra une définition commune des violences et des sanctions pénales minimales.

"Seule une femme sur quatre ayant subi des violences ose porter plainte. Les autres ont peur."
Vera Jourova
Vice-présidente de la Commission européenne

Des mesures seront prises pour combattre les violences sexistes, le harcèlement, la maltraitance, les mutilations génitales, les mariages forcés, les avortements et les stérilisations forcées.  

"La violence contre les femmes est un crime", dit Vera Jourova, "il faut dépasser cette perception des choses comme quoi ce serait normal. Ce n'est pas normal. Seule une femme sur quatre ayant subi des violences ose porter plainte. Les autres ont peur."

L'UE clarifiera la responsabilité des plateformes internet pour qu'elles mettent fin aux contenus illégaux en ligne.

D'autres initiatives sont prévues, comme la création d'un réseau entre États pour partager les bonnes pratiques. La collecte des données statistiques sera améliorée, des campagnes contre les stéréotypes sexistes seront lancées. 

Parité hommes-femmes

Des mesures seront prises pour garantir l'égalité de chance sur le marché du travail, y compris l'égalité salariale, et atteindre un équilibre dans la prise de décision politique.

L'exécutif européen va relancer sa proposition sur l'équilibre des genres dans les conseils d'administration, qui fixe un objectif de 40% du sexe sous-représenté pour les postes non exécutifs. Le texte a été adopté par le Parlement européen. Mais, ici aussi, il faudra convaincre les pays récalcitrants.

Une législation sur la transparence des salaires sera proposée en 2021. "Nous devons d'abord avoir ces mesures sur la transparence des salaires pour pouvoir ensuite nous attaquer aux inégalités de salaires et de retraites", dit Helena Dalli.

Comme l'exemple vaut mieux que la leçon, la Commission s'engage à atteindre l'équilibre hommes-femmes de 50% à tous les niveaux de sa hiérarchie d'ici 2025. Elle en est à 41%.

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