L'Europe veut muscler sa politique de défense

Le président du Conseil européen, Charles Michel, face au secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg. ©AFP

L'Europe veut accroître depuis un certain temps son autonomie face aux nouvelles menaces. Mais la question fait débat entre les 27 États, certains craignant un affaiblissement de l'Otan.

Les dirigeants de l'Union européenne (UE) ont abordé vendredi, au deuxième jour de leur sommet virtuel, le renforcement de la défense européenne face aux nouvelles menaces, qu'il s'agisse d'une pandémie ou des "conflits hybrides" avec certaines grandes puissances. Un défi complexe, en raison du désengagement des États-Unis de l'Otan sous les années Trump, et de la crainte de certains pays de voir l'organisation politico-militaire déforcée par une plus grande autonomie de la défense européenne.

"Une Union européenne plus forte, c'est une alliance transatlantique plus forte", a affirmé le président du Conseil européen, Charles Michel. "Il y a une double démarche. D'une part, la volonté de renforcer la capacité européenne, mais de le faire en prenant en considération le souhait d'être un partenaire loyal dans le cadre du partenariat avec l'Otan."

"Il y a une série de scénarios où l'Otan n'est pas engagée et où l'UE est appelée à agir."
Ursula von der Leyen
Présidente de la Commission européenne

Coopération au sein de l'Otan

Les débats ont débuté par un échange de vues avec le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, qui a rappelé que 90% de la population européenne vit dans un pays membre de l'alliance. "Nous partageons donc en grande partie la même population, les mêmes États membres, le même voisinage, les mêmes défis. Il est plus qu'évident que nous devons coopérer", a-t-il indiqué.

Le changement de ton de l'administration américaine devrait rendre du souffle à l'alliance. Lors du dernier conseil des ministres européens des Affaires étrangères, le secrétaire d'État américain Antony Blinken a confirmé cette conception selon laquelle une Europe plus forte signifiait aussi une Otan plus forte.

"Une bonne coopération UE/Otan reste la première des priorités", a reconnu la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors d'une conférence de presse après le sommet. Pour autant, "il y a une série de scénarios où l'Otan n'est pas engagée et où l'UE est appelée à agir, prenez par exemple les missions de l'UE ou de l'ONU. Par conséquent, l'Europe doit développer ses propres ressources capacitaires et mettre un terme à la fragmentation que nous observons aujourd'hui et développer des systèmes interopérables", a précisé l'ancienne ministre allemande de la Défense.

L'une des priorités de la Commission est de développer des capacités militaires à travers le Fonds européen de la Défense doté de 8 milliards d'euros. Le commissaire chargé de la Défense, Thierry Breton, a présenté lundi dernier un plan d'un milliard d'euros pour accroître les synergies entre le civil, l'espace et la défense.

Une "boussole stratégique"

"Cela cache des travaux énormes, et parfois des vues différentes, car tous les États de l'UE ne sont pas membres de l'Otan."
Un diplomate européen

Pour donner corps à cette plus grande autonomie européenne, les Vingt-Sept ont convenu vendredi d'adopter une "boussole stratégique" en mars 2022, sous présidence française de l'UE. Ce nouvel instrument résumera toutes les menaces auxquelles l'Europe devra faire face dans les cinq ou dix ans à venir. Parmi celles-ci, la désinformation, les cyberattaques et les menaces hybrides.

Le contenu du document, classé "ultraconfidentiel", n'est pas connu. Il servira de base à des décisions opérationnelles. "Cela cache des travaux énormes, et parfois des vues différentes, car tous les États de l'UE ne sont pas membres de l'Otan", confie un diplomate européen. "Il y a des échanges assez vifs entre les États de l'UE plus jeunes au sein de l'Otan, soucieux d'approfondir au maximum la coopération avec l'alliance, et d'autres États, plus anciens, qui n'ont pas besoin de langage supplémentaire pour mettre en exergue son rôle central."

Les anciens États du bloc soviétique, en première ligne face à une Russie de plus en plus agressive, redoutent une plus grande autonomie européenne qui affaiblirait l'Otan. La France, quant à elle, juge nécessaire une réforme de l'alliance.

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