analyse

L'extrême droite effraye l'Allemagne

Des manifestants dénoncent les violences de l’extrême droite, à Hambourg et ailleurs. ©BELGAIMAGE

Un assassinat politique, des menaces de mort contre des élus, tous connus pour leurs positions généreuses envers l’accueil des réfugiés… L’Allemagne s’inquiète d’un regain de l’extrême droite violente.

Walter Lübcke, préfet de Kassel, 65 ans, un membre de la CDU connu pour avoir soutenu les positions d’Angela Merkel au sujet des réfugiés, a été assassiné début juin d’une balle tirée à bout portant sur sa terrasse. Selon les premiers éléments de l’enquête, l’assassin, dont l’ADN a été retrouvé sur les lieux du crime, serait un sympathisant de l’extrême droite. Arrêté le week-end dernier, Stephan E., 45 ans, a derrière lui un lourd passé criminel, toujours en rapport avec l’extrême droite, et plusieurs condamnations pour des faits violents, notamment la tentative d’incendie d’un foyer de réfugiés et l’agression d’un défilé syndical du 1er mai.

"Les 12-18 mois à venir vont être particulièrement dangereux."
Gideon Botsch
Spécialiste de l’extrême droite

Au moins 169 personnes, pour la plupart des réfugiés, sont mortes depuis 1990 dans des attaques imputées à l’extrême droite. Mais si les soupçons se confirmaient, l’assassinat de Walter Lübcke serait le premier meurtre d’un élu par un sympathisant de l’extrême droite depuis 1945. Le meurtre de Lübcke, dont s’est saisi le procureur de Karlsruhe compétent pour les affaires de terrorisme, inquiète d’autant plus en Allemagne que ce jeudi, la police reconnaissait qu’au moins deux autres élus de l’ouest du pays – la maire de Cologne Henriette Reker, victime d’une agression au couteau par un sympathisant de l’extrême droite en 2015, et le maire d’Altena, Andreas Hollstein, agressé lui en 2017 – ont reçu au cours des derniers jours de nouvelles menaces de mort.

"Les 12-18 mois à venir vont être particulièrement dangereux, estime le spécialiste de l’extrême droite Gideon Botsch. Jusqu’à la mi-2018, les groupes néo-nazis ont propagé l’idée d’une fin proche du régime. Leur objectif était de renverser Merkel, grâce à la progression du parti d’extrême droite AfD. Cela n’a pas marché. L’AfD a même reculé aux élections européennes par rapport aux dernières législatives. La frustration qui en résulte peut conduire à ranimer un certain nombre de cellules prêtes à recourir à la violence."

"Les extrémistes de droite sont convaincus d’agir au nom de la majorité, surtout depuis que l’AfD a banalisé le discours anti-migrants. C’est ce qui les rend particulièrement dangereux."
Timo Reinfrank
Président de la Fondation Amadeo Antonio

"De leur point de vue, ajoute Timo Reinfrank, président de la Fondation Amadeo Antonio, du nom d’une des premières victimes de la vague d’assassinats racistes des années 90 en Allemagne, les extrémistes de droite ont une mission à accomplir, et ils sont convaincus d’agir au nom de la majorité, surtout depuis que l’AfD a banalisé le discours anti-migrants. C’est ce qui les rend particulièrement dangereux."

Négligence

Plus de 12.700 extrémistes de droite jugés dangereux sont recensés par les autorités. "De notre point de vue, le danger émanant des milieux d’extrême droite est toujours sous-estimé, déplore Timo Reinfrank. Prenez le cas de la NSU (cellule terroriste responsable de l’assassinat de 9 petits commerçants turcs et grec à travers tout le pays au début des années 2000, NDLR). L’enquête s’est concentrée uniquement sur les trois acteurs connus de cette cellule terroriste, et a totalement négligé leur entourage. Or il semble que le meurtrier présumé de Walter Lübcke ait fait partie de près ou de loin de cet entourage."

Les accusations de négligence à l’égard des services de renseignement ou des forces de l’ordre sont récurrentes dans le pays, même après la destitution de Hans-Georg Maassen, l’ancien patron des renseignements intérieurs BfV, accusé de collusion avec l’extrême droite. La liste des doléances est longue: priorité donnée à la lutte contre le terrorisme islamique, racisme rampant chez les fonctionnaires, structures inadaptées, négligences face au risque de radicalisation sur internet, déficits en termes de prévention...

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