L'extrême droite européenne échoue à s'unir

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L’extrême droite européenne a lancé jeudi dans un certain chaos son nouveau groupe au Parlement européen, "Identité et Démocratie". Deux fois plus fort que le précédent, ce parti de 73 députés reste en deçà de la grande formation populiste et europhobe dont rêvait Matteo Salvini.

Chaotique et irrespectueuse. Telle est, en deux mots, la teneur de la conférence de presse, donnée jeudi par les partis d’extrême droite à l’occasion de la présentation de leur nouveau groupe politique au Parlement européen, "Identité et Démocratie".

Des dizaines de députés d’extrême droite étaient venus avec leurs collaborateurs se mêler aux journalistes et applaudir à tout rompre chaque intervention. Que ce soit lors de la prise de parole de leur nouveau président, l’Italien Marco Zani (La Ligue), ou de la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen. Une pratique contraire au règlement des lieux.

La scène, surréaliste, avait lieu dans la salle de presse "Anna Politkovskaïa", du nom de la journaliste russe assassinée pour son opposition au président Poutine.

À un journaliste réclamant un peu de calme, un organisateur lui cria avec autorité de décliner son identité, avant que les huées des "aficionados" couvrent sa réponse. Du jamais vu. L’affaire a été suivie par une plainte de l’Association de la Presse internationale auprès des autorités européennes.

Vague brune

Enivré par la "vague brune", le leader de la Ligue, Matteo Salvini, a tenté de construire un nouveau groupe politique afin de remplacer l’Europe des Nations et des Libertés (ENL).

Les résultats des élections, il faut le reconnaître, ont de quoi réjouir les partis populistes et d’extrême droite européens. Avec 175 sièges, ils voient leur représentation au Parlement européen bondir de 20%. Les europhobes profitent de l’effondrement historique des démocrates chrétiens (PPE) et des socialistes (S&D), érodés par le pouvoir et perdant la majorité.

Enivré par la "vague brune", le leader de la Ligue, Matteo Salvini, a tenté de construire un nouveau groupe politique afin de remplacer l’Europe des Nations et des Libertés (ENL). Ce super-groupe aurait pu dépasser les socialistes et devenir le deuxième d’Europe, constituant un danger immédiat pour le projet européen. Mais il ne verra pas le jour.

Un groupe plus modeste

"Identité et Démocratie", créé après plusieurs semaines de tractations, compte 73 députés, c’est moins que prévu. Mais cela en fait, tout de même, le cinquième groupe de l’hémicycle européen. En cas de Brexit, il dépassera le groupe des Verts, avec 76 élus.

Le groupe, composé de partis d’extrême droite, représente 10% du Parlement, contre 5% lors de la précédente législature. Il bénéficie du succès de la Ligue (28 sièges), du RN français (22), de l’apport de l’AfD allemand (11), des trois élus du Vlaams Belang, du FPÖ autrichien (3), des élus tchèques (2) et finlandais (2), d’Estonie (1) et du Danemark (1).

La désunion dans l’ADN

L’échec de Matteo Salvini s’explique par l’incapacité de ces partis à se rapprocher au-delà d’un certain seuil, leur propre nature nationaliste les rendant allergiques à toute idée d’union. Incarnant les divisions historiques de l’Europe, la plupart de ces partis préfèrent avancer seuls.

Les Espagnols de Vox, nostalgiques de Franco, pourraient apporter leur soutien à Salvini. Mais ils trouvent imbuvable de siéger aux côtés du Vlaams Belang, un parti sympathisant avec les indépendantistes catalans.

Les Espagnols de Vox, nostalgiques de Franco, pourraient apporter leur soutien à Salvini. Mais ils trouvent imbuvable de siéger aux côtés du Vlaams Belang, un parti sympathisant avec les indépendantistes catalans.

Le parti du Brexit de Nigel Farage, résolument allergique aux continentaux, a refusé la semaine dernière d’apporter ses 29 élus au groupe europhobe.

Le PiS (droit et justice) de Jaroslaw Kaczynski, au pouvoir en Pologne, serait bien de la partie. Mais il est hors de question de fréquenter les "russophiles" que sont Marine Le Pen et Matteo Salvini.

Fidesz, le parti du Premier ministre hongrois Viktor Orban, a, lui aussi, été abordé par Matteo Salvini. Mais l’enfant terrible de la démocratie chrétienne ne quittera pas son groupe, resté, après tout, le premier du Parlement.

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