L'histoire intime d'une démission spectaculaire

©AFP

Accumulant rancoeurs, déceptions et frustrations, Nicolas Hulot a fini par jeter l'éponge malgré quelques réussites indéniables.

Lundi soir il n'était question que de chasse à l'Élysée lors d'une réunion où Nicolas Hulot avait été convié par Emmanuel Macron. Mais en pénétrant sous les ors du palais, le ministre de la Transition écologique et solidaire tombe des nues. Il y a là Thierry Coste, le lobbyiste des chasseurs. Le ministre lui dit qu'il n'a rien à faire en ces lieux. Et Nicolas Hulot, grand défenseur de la biodiversité, des loups, des ours ou des oiseaux, apprend ce soir-là que le coût du permis de chasse sera divisé par deux. Une couleuvre de plus que de toute évidence le ministre a décidé de ne pas avaler. Dès le lendemain mardi, sur l'antenne de France Inter, il décide de démissionner en direct sans avoir prévenu personne, peinant à articuler les mots fatals en raison d'une émotion difficile à contenir et que beaucoup de Français ont pu voir, soit en direct soit en replay.

Rarissime dans la forme, la déclaration du numéro trois du gouvernement stupéfait les deux journalistes qui l'interrogent. Nicolas Hulot dit qu'il ne veut plus se "résigner", pas davantage "tricher" ou "se mentir", qu'il ne comprend pas devoir assister à la "gestation" d'une "tragédie" écologique "bien annoncée" et que l'on puisse enfin "s'évertuer à réanimer un modèle économique" étant "la cause de tous les désordres". Le ministre vide son sac, chargé des rancoeurs de 15 mois passés au gouvernement. Et de poursuivre: "Avons-nous commencé à réduire nos émissions de gaz à effet de serre? Non. Avons-nous commencé à réduire l'utilisation des pesticides? Non. Ou à enrayer l'érosion de la biodiversité? Non." C'est à la suite de ces trois questions qu'il annonce sa décision. Déjà connue pour avoir demandé à François Hollande en 2016 s'il plaisantait en lui répondant sur la question migratoire, la journaliste Léa Salamé récidive alors devant Hulot en lui disant: "Vous êtes sérieux là?"

Ne pas abdiquer son "seuil d'exigence"

Pourtant, la feuille de route de Nicolas Hulot n'est pas jalonnée d'échecs. Le ministre peut s'enorgueillir entre autres de l'abandon de la construction de l'aéroport Notre Dame des Landes, de la fin de la production des hydrocarbures et l'inscription à venir de l'impératif environnemental dans l'article premier de la constitution. Bien de ses prédécesseurs s'en seraient largement satisfaits. Mais le ministre avait beaucoup plus d'ambition et d'espoirs, peut-être trompé en cela par un Emmanuel Macron qui n'avait pas ménagé ses efforts pour le faire entrer au gouvernement après son élection.

Car le passif s'avère aussi bien lourd pour celui qui s'interrogeait honnêtement sur sa capacité à être ministre et qui ne voulait pas se voir amoindrir constamment son "seuil d'exigence". Avec l'accord sur l'échéancier trop éloigné de l'interdiction du glyphosate, la réduction toujours pas traduite dans les faits de la proportion du nucléaire dans la production d'électricité et plus globalement face à une inertie générale sur les enjeux climatiques, Nicolas Hulot se voyait constamment bridé par les lobbys et déplorait de ne pas se sentir suffisamment épaulé par ses collègues, notamment par celui de l'Agriculture qui gagnait des arbitrages importants et avec lequel le démissionnaire reconnaît n'avoir pas su créer une "complicité de vision".

S'il reconnaît avoir fait avec son départ une "mauvaise manière" à Emmanuel Macron et Edouard Philippe, c'est parce qu'il savait, a-t-il expliqué, que les deux hommes (pourtant ouvertement pronucléaire) auraient su le convaincre de rester. C'est donc pour préserver son "honnêteté" et exprimer son sens des "responsabilités" qu'il a choisi de ne pas les tenir au courant de sa décision tout en les assurant de son amitié. Nicolas Hulot a fini par prendre la mesure d'un métier qui n'était pas le sien, dont il n'avait peut-être pas les "codes" et toute la pugnacité requise.



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