L'initiative néerlandaise dans Air France-KLM passe mal à Paris

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Le président français Emmanuel Macron a demandé à La Haye de "clarifier ses intentions" après l'entrée des Pays-Bas au capital d'Air France-KLM.

La nouvelle ne passe pas à Paris. L'Etat néerlandais a annoncé mardi soir avoir acquis une participation de 12,68% dans Air France-KLM pour 680 millions d'euros. L'objectif? Obtenir une part identique à celle de l'Etat français qui détient 14,3% du groupe.

Cette entrée au capital embarrasse le gouvernement français jusqu'à Emmanuel Macron, qui a demandé à La Haye de "clarifier ses intentions". Paris "n'a pas été informé de cette décision et de sa mise en oeuvre", indique le président français, qui estime toutefois que "ce qui importe c'est que l'intérêt de la société soit préservé". Mais, selon le quotidien De Volskrant, le Premier ministre Mark Rutte a personnellement averti Emmanuel Macron tandis que le ministre des Finances néerlandais a appelé son homologue français Bruno Le Maire, mais une fois l'opération terminée.

"Paris n'a pas été informé de cette décision et de sa mise en oeuvre."
Emmanuel Macron
président français

Opération "inamicale"

Le ministère de l'Economie français a qualifié cette opération d"inamicale", estimant que la démarche rappelait des "techniques de trader plutôt que d'un Etat actionnaire". Il a dit "récuser absolument" un manque de coopération de Paris sur la gouvernance d'Air France-KLM, faisant état d'"un dialogue nourri avec La Haye sur la prise en compte des intérêts néerlandais" depuis plusieurs mois. Pour clarifier la situation, Bruno Le Maire recevra Wopke Hoekstra "en fin de semaine" afin d'engager une discussion "franche et amicale" sur cette prise de participation dont il n'avait pas été informé. 

Paris juge la pilule d'autant plus amère que, selon une source gouvernementale citée par les principaux médias français, il avait été proposé l'année dernière à Pieter Elbers (le patron de KLM) de devenir le directeur général du groupe. Une façon de souligner que la France avait cherché à être accommodante avant de désigner finalement le Canadien Ben Smith. Lequel s'était justement déplacé aux Pays-Bas il y a un peu plus de 10 jours pour discuter de l'alliance des deux compagnies avec deux ministres néerlandais. La réponse batave n'a pas tardé.

Pour De Volkskrant, le gouvernement néerlandais s'est senti contraint d'investir dans Air France-KLM, jugeant son influence insuffisante pour protéger les intérêts nationaux, à savoir la bonne santé financière de l'aéroport d'Amsterdam-Schiphol. La Haye craint en effet qu'à terme, une grande partie des vols de KLM ne soit transférée à Paris, ce qui ferait perdre à l'aéroport de Schiphol sa fonction de hub, selon la ministre de l'Infrastructure néerlandaise Cora van Nieuwenhuizen. Avec pour effet des pertes d'emplois et un impact négatif sur les investissements étrangers, selon la ministre.

Conseil d'administration vigilent

Le conseil d'administration d'Air France-KLM "sera très vigilant sur les conséquences" de la prise de participation de l'Etat néerlandais "sans aucune concertation" au capital du groupe, a indiqué le groupe mercredi dans un communiqué à l'issue d'une réunion extraordinaire du conseil. "Il fera en sorte que celle-ci n'affecte pas la nouvelle dynamique du groupe et de ses compagnies, impulsée par le directeur général du groupe" Benjamin Smith, poursuit le texte en appelant "l'ensemble des dirigeants et des équipes à se concentrer sur le développement des activités commerciales et l'amélioration opérationnelle, pour qu'Air France-KLM reprenne sa place de leader du transport aérien européen".

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