"Prudent Paschal", un Irlandais à la tête de l’Eurogroupe

Choisi pour présider l'Eurogroupe, l'Irlandais Paschal Donohoe s'était présenté comme le candidat du juste milieu. ©BELGAIMAGE

Avec Paschal Donohoe, les ministres des Finances ont opté pour un candidat de compromis, replaçant l'Eurogroupe entre les mains d'un chrétien-démocrate.

C’est un candidat insulaire, un peu à l’écart des clivages traditionnels entre pays du Nord et du Sud sur les questions de gouvernance économique, qui l’a finalement emporté. L’Irlandais Paschal Donohoe a obtenu le suffrage d’une majorité des dix-neuf ministres des Finances de la zone euro lors d'un second tour de vote électronique jeudi soir. Il succédera donc au Portugais Paolo Centeno à la tête de l'Eurogroupe dès le 13 juillet. Au grand dam de ses deux adversaires malheureux, le Luxembourgeois Pierre Gramegna et l'Espagnole Nadia Caviño.

Cette dernière était pourtant donnée favorite, et avait notamment le soutien déclaré de Paris et Berlin. Mais face aux résistances de plusieurs des ministres devant la candidate d’un gouvernement socialiste, une majorité s’est constituée autour de celui qui se présentait comme le candidat du juste milieu.

Candidat du compromis

Le Dublinois de 45 ans, membre du parti conservateur irlandais Fine Gael, était et soutenu par le Parti populaire européen (PPE) – qui regroupe la droite pro-européenne, dont le parti d'Angela Merkel. Il apparaissait plus acceptable pour les tenants d’une certaine orthodoxie budgétaire, dont les représentants des pays "frugaux".

Mais issu d'un pays qui a bénéficié d'un plan d'aide pendant la crise de la zone euro – et qui a dû appliquer comme la Grèce ou l’Espagne les mémorandums des "men in black" qui allaient avec – il fait aussi partie d’un club sensible aux impacts sociaux de politiques budgétaires rigoureuses.

"J'agirai comme un bâtisseur de ponts", entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest, les petits et les grands pays, promettait-il. En guise de programme, il a plaidé en termes consensuels pour assurer une reprise qui soit "durable et inclusive" avec un agenda "pro-croissance" fondé sur les transitions verte et numérique. Il entend aussi poursuivre le travail sur l'Union bancaire et l'Union des marchés des capitaux, deux projets inachevés de la zone euro.

Après avoir travaillé pendant dix ans chez Procter & Gamble en Irlande et au Royaume-Uni, il avait été élu au Parlement irlandais en 2011. Il occupera plusieurs postes ministériels avant de devenir grand argentier en 2017. Il sera rapidement surnommé "Prudent Pascal" par la presse locale: rejetant les demandes d'augmentation de dépenses et de réduction d'impôts, il a présenté en 2018 le premier budget irlandais en surplus depuis l’éclatement de la crise des subprimes.

Ses détracteurs lui reprochent notamment son opposition constante à une taxe européenne sur les géants du numérique, ou encore à toute forme d'harmonisation européenne de l'impôt des sociétés.

Un poste stratégique

Le président anime les réunions mensuelles au cours desquelles les ministres des Finances de la zone euro coordonnent leurs politiques. Le cénacle est informel, ce qui ne l’empêche pas de prendre des décisions majeures – un déficit de légitimation démocratique qui lui vaut, particulièrement depuis la crise grecque, de nombreuses critiques.

La principale difficulté de la fonction, qui demande expertise et doigté, est de concilier les approches parfois très différentes entre ministres du nord et du sud de l'Europe – sur le degré d'intégration de la zone euro et de rigueur budgétaire notamment. Paschal Donohoe endosse ce poste stratégique alors que les perspectives économiques se dégradent pour l'union monétaire et que les écarts entre ses membres posant un risque existentiel pour le marché unique.

Un Français à la tête de l'autorité bancaire

Après une levée de boucliers contre la nomination d'un homme à la tête de l'Autorité bancaire européenne, le Français François-Louis Michaud, superviseur à la Banque centrale européenne, a finalement été confirmé par le Parlement européen, mercredi. Une large majorité de députés a voté en sa faveur lors d'un vote en séance plénière, alors qu'une majorité s'était dégagée contre lui le 2 juillet lors du vote en commission des Affaires économiques. Des élus avaient exprimé leur désapprobation sur le fait que la liste de candidats élaborée par le Conseil des superviseurs ne respecte pas l'équilibre des genres et avaient plaidé en faveur d'une candidature féminine Française, Isabelle Vaillant, directrice à l'Agence bancaire. Le nouveau directeur exécutif, qui entame un mandat de cinq ans, a déclaré à l'annonce de sa confirmation: "Une de mes priorités clés comme directeur exécutif sera d'assurer un équilibre des genres à tous les niveaux de l'organisation".

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