L'Irlande contrainte de jouer cartes sur table

Dublin doit laisser filer son déficit 2010 à 32 % pour sauver la banque Anglo Irish. Un scénario à la grecque n’est toutefois pas à craindre.

"Il faut écrire tous les zéros sur un papier pour comprendre ce que cela représente." Bill Kelly, un comptable irlandais à la retraite interrogé par l’AFP, avait encore du mal, hier, à réaliser l’ampleur de la facture que représente le sauvetage par le gouvernement de Dublin de la banque AngloIrish: 30 milliards d’euros. Conséquence de cette "opération vérité": le déficit public, qui aurait dû diminuer à 11,6 % du Produit intérieur brut (PIB) cette année, après 14,3 % l’an dernier, va s’envoler à environ 32 % du PIB, un niveau jamais atteint par un pays de la zone euro depuis la création de celle-ci en 1999. Parallèlement, la dette publique va gonfler de façon tout aussi spectaculaire, passant de 64 % du PIB fin 2009 à 98,6 % fin 2010.

Crédibilité intacte

Faut-il pour autant redouter un scénario à la grecque? Pour Oscar Bernal, économiste chez ING, l’analogie ne tient pas: "Très tôt, les autorités irlandaises sont venues au secours du secteur bancaire tout en ayant recours à de sévères mesures d’austérité, comme en témoigne la réduction de 15 % des salaires dans la fonction publique. Et ce sans provoquer des remous sociaux comparables à ce qui s’est vu à Athènes. Ceci a permis à l’Irlande de maintenir sa crédibilité."

En Grèce, par contre, on se souvient que les mesures d’austérité n’ont été adoptées qu’une fois que le gouvernement d’Athènes s’est retrouvé dans l’impossibilité de se refinancer sur les marchés. À Dublin au contraire, on a d’emblée affiché sa volonté de ne pas faire appel à de l’aide extérieure.

De son côté, le chef de file des ministres des Finances de la zone euro Jean-Claude Juncker a déclaré hier qu’il n’avait "pas l’impression que l’Irlande aura besoin de se réfugier sous le parapluie européen". L’Union a mis en place au printemps dernier un "Fonds de stabilisation" pour parer à tout risque de contagion de la crise grecque au reste de la zone euro. Ce fonds est doté d’un montant de 440 milliards d’euros apportés par les pays de l’Union monétaire, le FMI apportant un complément de 310 milliards d’euros.

Preuve supplémentaire de la crédibilité préservée de Dublin aux yeux des marchés: l’État irlandais n’émettra aucun emprunt à long terme avant le début de l’année prochaine, son budget étant financé jusqu’à la mi-2011 grâce à de précédents emprunts. Concrètement, cela signifie que les besoins de financement de l’Irlande sont couverts.

Ne pas tuer la croissance

Reste à voir cependant si le nouveau train de mesures d’austérité qui sera annoncé prochainement ne va pas saboter tout espoir de retour rapide à la croissance.

Car le gouvernement promet toujours de ramener son déficit public sous les 3 % du PIB en 2014. Ce qui correspond au seuil maximal toléré par le Pacte de stabilité européen. "L’Irlande est retombée dans une croissance négative au deuxième trimestre et devrait clôturer l’année 2010 par une nouvelle contraction de son PIB", prévoit Oscar Bernal. "De plus, ajoute-t-il, vu la taille disproportionnée du secteur bancaire en Irlande par rapport à la taille somme toute modeste de son économie, des doutes pourraient subsister quant à la soutenabilité de la dette irlandaise à long terme."

Le grand défi pour Dublin, estime l’économiste d’ING, sera de restaurer la compétitivité de l’économie irlandaise afin de renouer rapidement avec la croissance. "Or cela demandera du temps, alors que les marchés, eux, sont par définition pressés. De ce point de vue, le défi est assez semblable à celui qui se pose à Athènes: le gouvernement de Dublin a-t-il les reins assez solides pour affronter la contestation de plus en plus vive de l’opinion publique?"

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