L'Irlande du Nord s'enfonce dans la crise

Paul Givan, le Premier ministre nord-irlandais (à gauche), et Edwin Poots, patron démissionnaire du DUP, le parti unioniste (à droite). ©REUTERS

La démission du chef du principal parti unioniste place l'exécutif nord-irlandais au bord de l'implosion, en plein regain de tensions communautaires dues au Brexit.

L'introduction d'un statut douanier particulier pour l'Irlande du Nord depuis le 1er janvier provoque la colère des partisans de l'union avec la Grande-Bretagne et laisse éclater les divisions au sein du Democratic Unionist Party (DUP), censé partager la gouvernance avec les républicains du Sinn Fein.

La crise politique pourrait conduire à des élections anticipées dangereuses ou à la fin d'un gouvernement local à Belfast.

En place depuis à peine trois semaines, le chef de la formation aux racines protestantes, Edwin Poots, partisan d'une ligne dure unioniste et ultraconservatrice, a démissionné jeudi soir à la suite d'une fronde interne, comme celle qui avait visé sa prédécesseure Arlene Foster. Cette dernière avait démissionné en avril dernier, accusée d'avoir permis la mise en place de contrôles douaniers pour les approvisionnements de marchandises venant de Grande-Bretagne, de l'autre côté de la mer d'Irlande. Autrement dit: une frontière au sein du Royaume-Uni.

Le Premier ministre remis en cause

Edwin Poots avait promis une approche sans concession contre le protocole nord-irlandais, négocié âprement entre Londres et Bruxelles dans le cadre du Brexit. Il avait nommé un fidèle, Paul Givan, pour occuper le poste de Premier ministre de la province d'Irlande du Nord. Celui-ci est entré en fonction jeudi, mais les concessions de dernière minute accordées au Sinn Fein pour s'entendre sur un nouveau gouvernement partagé ont provoqué la colère de son camp.

Un sommet entre Paul Givan et les dirigeants de la République d'Irlande vendredi a été annulé et sa nomination semble désormais remise en cause. S'il doit quitter son poste, cela pourrait provoquer des élections anticipées très dangereuses pour le DUP, en perte de vitesse, ou la fin du gouvernement local à Belfast, rétabli dans la douleur en 2020 après trois ans de vide du pouvoir comblé par Londres.

Les unionistes ont traditionnellement la majorité, mais les sondages donnent désormais le DUP dépassé par le Sinn Fein.

Le contexte est pourtant explosif dans la province de 1,9 million d'habitants depuis le Brexit. Début avril, des heurts qui se sont propagés depuis les zones unionistes ont fait des dizaines de blessés parmi les forces de l'ordre. Les "murs de la paix" entre quartiers unionistes et républicains se sont enflammés. On craint depuis le retour des violences lors des marches traditionnellement organisées en juillet par les unionistes orangistes.

Les unionistes en perte de souffle

Trois décennies de "Troubles" ont opposé républicains, surtout catholiques, et unionistes en majorité protestants. Ces conflits impliquant l'armée britannique ont fait quelque 3.500 morts jusqu'à l'accord du Vendredi Saint en 1998. Cet accord de paix a instauré le partage du gouvernement entre unionistes et républicains, aujourd'hui menacé.

Les unionistes ont traditionnellement la majorité, mais les sondages donnent désormais le DUP dépassé par le Sinn Fein. En pleine crise existentielle, les unionistes voient comme une concession inacceptable le protocole nord-irlandais, qui remet en cause selon eux la place de la province au sein du Royaume-Uni au même rang que l'Angleterre, l'Écosse ou le Pays de Galles.

Ce protocole vise à éviter le retour d'une frontière physique avec la République d'Irlande. Pour cela, il maintient l'Irlande du Nord dans le marché unique et l'union douanière européens pour les marchandises. Londres souhaite revenir sur certaines mesures et reporter l'entrée en vigueur de restrictions sur les approvisionnements en viande réfrigérée comme les saucisses, réclamant à l'Union européenne du pragmatisme vu les tensions actuelles. Mais l'UE l'accuse de revenir sur sa parole et a prévenu qu'elle n'hésiterait pas à prendre des mesures de rétorsion, comme des droits de douanes ciblés, en cas de tentatives britanniques d'assouplir unilatéralement les règles.

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