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L'UE accuse Loukachenko de faire entrer des terroristes en Europe

Le vice-président de la Commission européenne Margaritis Schinas et la commissaire aux Affaires intérieures, Ylva Johansson. ©EPA

La Commission européenne veut suspendre un accord sur les visas avec la Biélorussie en représailles d'un trafic de migrants mené par Minsk pour tenter de "déstabiliser" l'UE.

Depuis plusieurs mois, la Lituanie, la Lettonie et la Pologne sont confrontées à des arrivées anormales de migrants originaires du Moyen-Orient, poussés à leur frontière par les services du dictateur biélorusse Alexandre Loukachenko. La semaine dernière, la situation a encore empiré avec la mort d'un sixième migrant à la frontière polonaise. Pour l'Europe, la coupe est pleine. La Commission européenne a décidé de monter d'un cran et durcit le ton avec Minsk en proposant, ce mercredi, de suspendre partiellement l'accord UE-Biélorussie sur les visas.

"Face aux exactions du régime biélorusse, nous devons agir en parlant à l'unisson."
Margaritis Schinas
Vice-président de la Commission européenne

"Ceux qui veulent mettre à l'épreuve l'unité européenne en instrumentalisant la souffrance humaine et la migration seront déçus", avertit Margaritis Schinas, le vice-président de la Commission. "Face aux exactions du régime biélorusse, nous devons agir en parlant à l'unisson".

Concrètement, il sera plus compliqué pour les représentants des institutions biélorusses d'obtenir des visas pour entrer sur le territoire de l'UE. Cette nouvelle sanction, qui doit encore être avalisée par le Conseil, s'ajoute à un régime de sanctions décidées contre Minsk à la suite de la répression de l'opposition biélorusse.

Le trafic de Loukachenko

"C'est aussi un moyen pour Loukachenko de gagner de l'argent. Il invite des gens qui paient 10.000 euros pour tout le voyage. Il les trompe."
Ylva Johansson
Commissaire européenne aux Affaires intérieures

La Commission cible désormais "le trafic de migrants parrainé par des États".

"Loukachenko est désespéré, il est blessé par les sanctions européennes, il tente de déstabiliser l'UE en faisant passer des migrants", explique la commissaire aux Affaires intérieures, Ylva Johansson. "C'est aussi un moyen pour Loukachenko de gagner de l'argent. Il invite des gens qui paient 10.000 euros pour le voyage. Il les trompe. Ils restent dans un bel hôtel à Minsk, puis il les emmène à la frontière et ils se trouvent piégés. Ils ne peuvent plus faire marche arrière".

Les accusations sont sérieuses. "Il ne faut pas être naïf. Ce que Loukachenko fait, c'est essayer d'ouvrir la voie à des terroristes ou à des criminels pour qu'ils arrivent en Europe", affirme Ylva Johansson. La commissaire se base sur les témoignages recueillis récemment à la frontière lituanienne par Frontex auprès de migrants arrivés de Biélorussie.

Une centaine d'agents de Frontex ont été déployés à la frontière lituanienne et une dizaine en Lettonie. Par contre, le gouvernement polonais a décrété l'état d'urgence à sa frontière et y a imposé un "black out".

"Attaques hybrides"

11.000
migrants
Depuis mars, plus de 11.000 migrants originaires pour la plupart de Syrie et d'Irak ont franchi la frontière biélorusse vers la Lituanie, la Lettonie et la Pologne.

Les pays Baltes et la Pologne dénoncent des "attaques hybrides" menées par Minsk aux frontières de l'UE. "La Biélorussie importe des migrants de Syrie, d'Irak et de Turquie. Ils sont amenés en bus à la frontière par les services biélorusses, sans uniforme ni signes distinctifs", nous confie une source européenne bien informée.

Depuis mars, plus de 11.000 migrants sont arrivés de la sorte. "Ce sont des actes de représailles de Loukachenko contre les Etats Baltes pour s'être opposés à sa réélection".

Face à une hausse anormale des vols en provenance de Bagdad, Damas et Istanbul vers Minsk, la Lituanie tente de négocier avec les pays concernés une réduction des vols civils. "L'Irak a bien répondu. Mais ces derniers jours, nous avons assisté à la reprise de vols à partir de la Syrie", ajoute cette source.

"Je pense définitivement que la Russie est derrière cela."
Une source européenne

Plus de 4.000 migrants sont arrivés en Lituanie ces trois derniers mois, contre 74 en 2020."La plupart veulent se diriger vers l'Allemagne", dit-elle. "Il leur faut trois ou quatre jours à peine pour arriver en Europe de cette manière. En temps normal, il leur faut 30 jours par la route des Balkans."

La Biélorussie serait appuyée par la Russie. "Je pense définitivement que la Russie est derrière cela. Les liens structurels entre les armées biélorusse et russe sont clairs".

Le résumé

  • La Commission européenne propose de suspendre un accord entre l'UE et la Biélorussie sur des visas pour sanctionner le trafic de migrants organisé par le dictateur Alexandre Loukachenko à la frontière des pays baltes et de la Pologne.
  • Selon la Commission européenne, les services de Loukachenko font venir des migrants du Moyen Orient, leur font payer le voyage jusqu'à 10.000 euros, les mènent à la frontière biélorusse puis les poussent vers l'UE d'où ils ne peuvent plus faire marche arrière.

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