L'UE veut un "accord de Paris" pour sauver la biodiversité

©REUTERS

Pour lutter contre la disparition de la biodiversité, le monde doit se doter d’un accord contraignant, sur le modèle de l’accord de Paris sur le climat, estime le Parlement européen.

Quatre ans après l’adoption de l’accord de Paris sur le climat, le traité a encore tout à prouver. Mais les députés européens en sont convaincus: la formule doit être dupliquée pour combattre l’érosion accélérée de la diversité du vivant. Dans une résolution adoptée à une majorité écrasante (60 pour, zéro contre, 9 abstentions), les élus de la commission de l’Environnement du Parlement européen ont demandé à l’Union et ses États membres de défendre l’adoption d’un cadre international juridiquement contraignant pour la biodiversité.

À l’image de la COP25, qui réunit en ce moment les pays adhérant à la convention-cadre de l’ONU sur le climat, une "COP15" sur la biodiversité réunira à l’automne les États du monde dans la ville chinoise de Kunming. Ils devront y tracer le chemin de l’après-2020, dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique (CDB). À cette occasion, les eurodéputés veulent frapper fort.

Objectif 30%

Les députés plaident donc pour des objectifs contraignants au niveau européen comme au niveau mondial. Ils veulent en particulier fixer à 30% les espaces naturels conservés pour 2030 et plaident pour qu’à la même échéance, 30% des écosystèmes dégradés soient restaurés.

En matière de climat, l’accord de Paris est contraignant au sens où il s’agit d’un cadre de travail que les États parties sont tenus de suivre, mais pas au sens où il contraindrait les États à des réductions d’émissions prédéfinies. Il s’agit de limiter la hausse de température à +2°C d’ici 2100, avec un idéal à +1,5°C vers lequel tendre, et chaque État est prié de faire connaître sa contribution à l’effort global au travers des "Nationally Determined Contributions" (NDC). Contributions librement déterminées donc, et que les États sont priés de mettre à jour tous les cinq ans pour progresser vers l’objectif commun.

"Il faut un cadre international sous forme d’un accord contraignant pour protéger la biodiversité."
commission ENVIronnement du parlement européen

C’est donc cette dynamique qu’il faut répliquer pour la biodiversité, plaide le Parlement européen. Le cadre "devrait être basé sur des objectifs spécifiques, mesurables et ambitieux, réalistes et assortis de délais précis". Ils devraient aussi comprendre les fameuses NDC, ainsi qu’un système de monitoring et de révision quinquennal pour tracer un trajectoire.

Un budget biodiversité

Les députés européens plaident par ailleurs pour que 10% au moins de la prochaine programmation budgétaire de l’UE serve à soutenir les efforts en matière de biodiversité. Pour l’heure, la Commission européenne espère seulement porter de 20 à 25% la part du budget consacrée à la lutte contre le réchauffement climatique. Mais l’équipe d’Ursula von der Leyen doit présenter la semaine prochaine son "Pacte vert européen", dont une stratégie pour la biodiversité pour 2030.

La résolution parlementaire doit encore être votée en plénière en janvier, ce qui enverrait un signal officiel du Parlement aux négociateurs.

La convention des Nations unies sur la biodiversité est entrée en vigueur en 1993. Selon un premier état des lieux mondial publié cette année par la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité IPBES, un quart des espèces étudiées sont menacées d’extinction et 80% des contributions matérielles de la nature aux populations humaines sont en déclin.

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