interview

"L'union ne tombe pas du ciel, elle se travaille", affirme Charles Michel

Pour Charles Michel, à la tête du Conseil européen, des obstacles demeurent, à commencer par le Brexit et les négociations budgétaires. ©REUTERS

Un an après son entrée en fonction, c'est l'heure d'un premier bilan pour le président du Conseil européen, Charles Michel. Une année marquée par une crise sanitaire inattendue, le Brexit, des tensions budgétaires et des défis géopolitiques pour une Europe en quête d'union.

"L’unité ne tombe pas du ciel, elle se travaille." Cette formule de Charles Michel résume sa première année à la présidence du Conseil européen. Entré en fonction le 1er décembre 2019, l'ancien Premier ministre belge se doutait peu de la tournure que prendraient ses premiers mois à la tête de l'institution réunissant les chefs d'État et de gouvernement européens. Il y avait les défis attendus, la sortie du Royaume-Uni, l'adoption du budget pluriannuel et les changements climatiques. Puis l'imprévu, la pandémie de coronavirus, qui allait mettre l'Union à genou.

Le mandat présidentiel débute sur une note positive, avec l'adoption d'un accord sur l'objectif de neutralité carbone d'ici 2050 lors du conseil de décembre. Une fissure dans le dispositif laisse présager de difficultés futures, le "oui, mais" de la Pologne qui impose une négociation parallèle avec Varsovie.

"(Sur le budget pluriannuel) J’ai compris (...) que nous aurions besoin de plus de temps pour faire l’unité entre nous."
Charles Michel
Président du Conseil européen

Le Conseil européen de février signe un premier revers. Pressé d'en découdre avec le budget pluriannuel encore en souffrance, Charles Michel veut forcer un accord des Vingt-Sept. C'est l'échec. Les États frugaux, Pays-Bas en tête, jugent le montant trop élevé. En face, les pays de l'Est et du Sud veulent plus. "J’avais convoqué cette réunion extraordinaire pour tenter de boucler le budget 2021-2027, car je pensais que les défis à venir nous obligeaient à clôturer ce dossier déjà retardé", dit Charles Michel, "j’ai compris ensuite que nous aurions besoin de plus de temps pour faire l’unité entre nous".

Le président entame des consultations. Il se fait discret, certains s'interrogent. Puis une crise foudroyante vient rebattre les cartes. La pandémie de Covid-19.

L'épreuve de la pandémie

Lors des premières semaines, c'est la débâcle. Au lieu de s'accorder face à la crise sanitaire, les Vingt-Sept prennent des décisions en ordre dispersé. Fermeture des frontières, blocage des exportations d'équipements médicaux. Les sommets physiques étant devenus impossibles, Charles Michel initie des sommets par vidéoconférence, précédés par des réunions en petit groupes. L'initiative traduit une nouvelle méthodologie.

L'Union se ressaisit. Des mesures d'urgence sont adoptées pour sauver l'économie, comme la facilitation des aides d'État et l'intervention de la BCE. L'UE déclenche sa stratégie vaccins, en finançant en priorité la recherche scientifique.

En juillet, après un sommet marathon de cinq jours, les dirigeants européens s'accordent sur un budget pluriannuel de 1.074 milliards d'euros et un plan de relance post-Covid de 750 milliards. Le versement des dépenses est liée à une clause de conditionnalité sur le respect de l'Etat de droit. La Hongrie et la Pologne acceptent avec réticence.

Un "président exécutif"

Charles Michel sort renforcé du sommet d'été. Sa carrure s'étoffe. "Il se comporte en président exécutif, et non en gestionnaire de réunions", résume une source. Le changement se ressent sur le front diplomatique.

Mi-août, le président du Conseil convoque un sommet extraordinaire sur la révolte en cours en Biélorussie, qui se conclut par un avertissement au dictateur Alexandre Loukachenko. Quelques semaines plus tard, l'UE sanctionne une cinquantaine de proches du régime et prépare des sanctions économiques.

La relation avec Pékin devient plus assertive lors d'un sommet avec la Chine en septembre.

Les tensions provoquées par la Turquie en Méditerranée sont un nouveau défi. Le Conseil européen offre deux voies au président Erdogan, le dialogue ou les sanctions. Face à l'inertie d'Ankara, Charles Michel durcit le ton. "Le jeu du chat et de la souris doit cesser", a-t-il déclaré vendredi, "nous sommes prêts à utiliser tous les moyens disponibles". La question sera à l'ordre du jour du prochain conseil.

Après l'élection de Joe Biden à la présidence des Etats-Unis, le président du Conseil prépare une nouvelle stratégie pour rétablir le lien avec Washington.

Le Brexit et le budget

Deux défis majeurs continuent à éreinter l'Union. La relation future avec le Royaume-Uni est toujours en cours de négociation, alors que l'échéance du 1er janvier approche. "Nous allons tenir bon jusqu'au dernier moment, la dernière seconde de ce processus, pour garantir l'unité entre nous", dit Charles Michel.

"Nous allons tenir bon jusqu'au dernier moment, la dernière seconde de ce processus (de Brexit), pour garantir l'unité entre nous."
Charles Michel
Président du Conseil européen

Le budget pluriannuel est un autre écueil, la Pologne et la Hongrie ayant fini par imposer leur veto à son adoption, en raison de la clause sur l'Etat de droit. Le président du Conseil reste inflexible. "La question de l'Etat de droit est essentielle car elle touche l'ADN européen", dit-il. Les jours à venir, marqués par le sommet des 10-11 décembre, promettent à l'Union des heures chaudes.

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