analyse

La bataille pour le budget européen ne fait que commencer

Le président du Conseil européen Charles Michel et la chancelière allemande Angela Merkel lors du sommet européen sur le budget à long terme de l'UE.

Les dirigeants européens entreront dans le vif des négociations budgétaires lors d'un prochain sommet prévu en mars. Charles Michel devrait revenir avec une proposition ajustée. Paris et Berlin devront accorder leurs violons.

"On savait dès le début que ce serait difficile de trouver un accord". C'est par ces mots que la chancelière allemande Angela Merkel (PPE, CDU) a conclu vendredi le sommet sur le budget à long terme de l'Union européenne (2021-2027). Une rencontre marathon, où l'on attendait des avancées, voire un accord au bout de la nuit. Mais où aucun pays n'a lâché de lest. Trois grandes leçons sont à tirer de l'exercice. 

La première leçon est qu'il ne suffit pas de deux ou trois jours de négociations pour forger une unanimité entre 27 États sur un budget de plus de mille milliards d'euros dans une Europe post-Brexit.

Le président du Conseil européen Charles Michel (RE, MR) avait préparé cette rencontre par des bilatérales durant trois semaines. Quelques jours avant, il avait annoncé qu'il négocierait au "finish", laissant entendre qu'il pourrait débloquer une situation qui s'éternise depuis deux ans. Tous les commentateurs n'ont pas été tendres avec lui.

Certains sont déçus."On attendait que le président du Conseil amène les États à faire des concessions, mais il n'en fut rien", dit un diplomate européen, "trop pressé, trop sûr de lui". D'autres relativisent. "La critique est facile", réplique un autre diplomate, "il faut comprendre l'ampleur de la tâche."

Ceci n'est pas un échec

Non, ce n'est pas un échec. Un tel sommet ne mène pas à une décision blanche ou noire.
Benjamin Bodson
Spécialiste des Affaires européennes, Institut royal Egmont

Peut-on, pour autant, parler d'échec? "Non, ce n'est pas un échec. Un tel sommet ne mène pas à une décision blanche ou noire. Le budget à long terme définit les dépenses de sept années à venir, l'exercice est complexe et doit être bien mené", résume Benjamin Bodson, spécialiste des Affaires européennes à l'Institut royal Egmont.

Deuxième leçon, peu de positions ont bougé durant le sommet. Les quatre États "frugaux" (Autriche, Pays-Bas, Suède et Danemark) ont été intraitables. Cette attitude reflète les contraintes budgétaires de ces États et la nécessité pour leurs dirigeants de rentrer au pays en vendant la défense des intérêts nationaux. "Tout ça manque d'ambition européenne, mais cela traduit aussi la réalité. En Autriche, au pays, il n'y a pas que des pro-européens au gouvernement", tranche Benjamin Bodson. 

Prochain sommet

Charles Michel remettra l'ouvrage sur le métier lors d'un prochain sommet, qui pourrait avoir lieu le 5 mars selon certaines rumeurs. Le président du Conseil devrait revenir avec sa proposition de budget, moyennant de sérieux ajustements tirés des enseignements des dizaines de réunions bilatérales qu'il a menées de jeudi à vendredi.

1.095 milliards
d'euros
Charles Michel a proposé un budget de 1.095 milliards d'euros pour la période 2021-2027.

"Ce que Charles Michel a mis sur la table reste un bon compromis", poursuit Benjamin Bodson, "sauf sur la question des rabais dégressifs, qui a été immédiatement balayée par Angela Merkel". Pour rappel, l'ancien Premier ministre belge a proposé un budget de 1.095 milliards d'euros, soit 1,074% du revenu national brut de l'UE. 

La Commission européenne a formulé à la fin du sommet une série d'amendements à la proposition Michel. Ils ont été rejetés en bloc. Les pays de l'est et du sud, réunis dans le groupe des "amis de la cohésion", n'ont pas voulu de cette nouvelle proposition réduisant le budget de 10 milliards à 1,069% du RNB. 

La prochaine proposition  doit-elle céder aux quatre "frugaux", qui réclament un budget à 1% du RNB? Si c'est le cas, l'Union européenne devra sacrifier des nouvelles politiques. L'espace, la défense et une partie de la recherche scientifique risquent d'être les perdants. 

Une affaire franco-allemande

Troisième leçon, la décision finale ne peut se prendre que là où circule le pouvoir européen, entre Berlin et Paris.

En 2014, il avait fallu deux sommets au président du Conseil européen Herman Van Rompuy (PPE, CD&V) pour parvenir à un accord. Il avait organisé les bilatérales au premier sommet et emporté une décision au second. En réalité, la décision avait été prise entre le président français François Hollande et Angela Merkel dans une loge du Parc des Princes, en marge d'un match de football amical France-Allemagne.

Il est probable que l'affaire se règle à nouveau entre Angela Merkel et le président français, en l'occurrence Emmanuel Macron (RE, LRM). Les deux pays, apparus divisés lors du sommet, devront accorder leurs violons. Jeudi, alors que Charles Michel orchestrait des bilatérales, Angela Merkel est partie se coucher vers 22 heures. Emmanuel Macron est allé prendre un verre.

Le temps n'était pas à la décision, mais le président du Conseil a dégrossi l'ouvrage. "C'était une réunion utile et nécessaire" a-t-il dit à la fin du sommet. Une déclaration réaliste.

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