La BEI compensera-t-elle un budget européen trop serré?

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La Banque européenne d’investissement pourrait être utilisée pour compenser un budget européen trop éloigné des ambitions de la Commission européenne. Elle aurait alors besoin de capital frais. C’est ce qu’a indiqué son président Werner Hoyer en présentant les résultats de son institution pour 2019, bons malgré le Brexit.

Formellement, la Banque européenne d’investissement (BEI) ne demande pas d’augmentation de son capital: il revient à ses actionnaires, les États membres de l’Union, de juger de l’utilité d’une telle opération. Mais le président de la banque de l’Union, Werner Hoyer, anticipe l’idée que les Vingt-Sept soient amenés à renforcer leur banque commune. Alors que la BEI se positionne comme la "banque du climat" de l’Union européenne au moment où la commission d’Ursula von der Leyen fait du Pacte vert pour la transition climatique sa priorité numéro un, Hoyer estime que l’augmentation de capital se posera si le budget européen n’augmente pas dans les proportions qu’espère la Commission.

Cette dernière espère pour les sept années qui viennent obtenir 1,11% du revenu national brut des États membres, mais ceux-ci négocient sur la base d’une hypothèse inférieure: 1,07%. Le président du Conseil, Charles Michel, a convoqué une réunion des chefs d’État et de gouvernement fin février pour arrêter leur position. Si un budget insuffisant pour la Commission se confirme, "la question se posera, estime Hoyer: la BEI peut-elle intervenir avec des instruments financiers pour compenser cela?. Si tel était le cas, nous devrions demander une injection en capital".

31%
L’an dernier, près du tiers du volume de financement de la banque de l’Union européenne a visé des projets liés à la lutte contre le réchauffement climatique.

La banque n’a plus eu d’augmentation de capital depuis 7 ans, mais les Vingt-Sept ont consenti l’an dernier à y augmenter leur capital exigible pour compenser le départ du Royaume-Uni, qui y détenait une part de 16%. Sans cette décision, "on aurait dû réduire le plafond de nos prêts de 100 milliards d’euros, ça aurait été un désastre", a encore indiqué Hoyer. La Roumanie et la Pologne ont déjà souhaité augmenter leur participation en cash, d’autres envisagent des "ajustements" dans leur participation.

Le gaz est trop risqué

L’incertitude liée au Brexit n’aura pas empêché le groupe BEI, soit la banque et le fonds européen d’investissement (spécialisé dans le soutien aux jeunes pousses), d’augmenter ses financements de 13% l’an dernier, les portant à plus de 72,2 milliards d’euros. En Belgique, la BEI aura investi l’an dernier 1,85 milliard d’euros, soit 0,39% du produit intérieur brut du pays.

La BEI qui se présente désormais comme "la banque du climat" indique que 31% du volume total de financements accordés étaient destinés à des projets consacrés au climat. La banque de l’Union s’est donnée comme objectif d’atteindre 50% pour 2025. Alors que les financements de la BEI permettent, par effet de levier, d’attirer du capital privé dans des projets, elle ambitionne de mobiliser d’ici 2030 "plus de 1.000 milliards d’euros de financements verts". Et ses autres investissements ne devront pas grever l’effort: la Banque a décidé l’arrêt de tout investissement dans les énergies fossiles à partir de 2021. Interrogé sur le bannissement du gaz, Hoyer a expliqué pourquoi il n’est plus avisé d’y investir: "Nous avons des partenaires qui attendent de nous d’investir dans des projets qui pourraient faire sens pour les quelques années à venir parce qu’ils apportent des énergies plus propres que le charbon par exemple. Mais nous avons la sensation très claire que dans dix à quinze ans, nous devrons les déclarer irrécouvrables."

Pour autant, a-t-il ajouté, faire du climat une boussole pour les financements "ne signifie pas se retrancher dans un état d’esprit fermé". Ni prendre le risque de perdre des points aux yeux des agences de notation. La BEI entend conserver son triple A.

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