La BEI, le discret bras financier de l'Union européenne

La Banque européenne d’investissement a toujours évolué. Certains rêvent d’une mutation plus fondamentale. 

Un peu plus de 79 milliards d’euros, contre 57 milliards pour l’exercice précédent: c’est le total des prêts que la Banque européenne d’investissement a accordé en 2009. Une forte hausse qui s’explique par la demande des Vingt-sept de faire monter la BEI au front dans le cadre de leur stratégie de lutte contre la crise.

Souvent surnommée "le bras financier de l’Union européenne", l’institution présidée depuis 2000 par Philippe Maystadt a de la sorte conforté sa place de premier bailleur de fonds public international. Loin devant la BERD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement) ou la Banque mondiale (BM), deux institutions qui ont paradoxalement plus souvent droit aux honneurs de la presse. Pourquoi une telle différence de traitement? La BEI n’a pas d’attribution politique… Elle est certes prise à partie régulièrement par quelques ONG qui lui reprochent de financer des projets peu écologiques. Mais ces critiques ne sont souvent guère prises au sérieux, surtout que la banque est elle aussi montée dans le train environnemental depuis belle lurette.

Étrange institution que la BEI. Créée dès la constitution de la CEE, elle vit depuis lors avec une ambivalence chronique, "étant à la fois une institution européenne et une banque", explique Philippe Maystadt dans un ouvrage historique (1) publié en 2009. Une ambiguïté existentielle voulue par les pères fondateurs de l’Europe et qui n’a jamais été démentie au fil du temps.

Du fonds à la banque

La proposition de créer une banque européenne d’investissement est antérieure à la CEE. Le concept d’un tel instrument avait été formulé et quelque peu développé notamment dans le cadre de l’Organisation européenne de coopération économique (OECE). Le projet avorta, mais rapidement, le principe de la création d’un "fonds européen d’investissement" fut repris dans le cadre de la relance européenne de la conférence de Messine. À l’époque, il s’agissait surtout de répondre aux préoccupations italiennes visant au développement du sud de la Péninsule, mais aussi de prendre en compte le souci de mettre sur pied une politique régionale au sein de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA). Lors de la rédaction des traités qui devaient porter la CEE sur les fonts baptismaux, le fonds fut définitivement transformé en une banque d’investissement.

Une fusion avec la BERD?

Partagée entre ses fonctions d'institution européenne et son rôle d'intermédiaire financier, la  BEI connaît d’autres ambiguïtés. Alors que les dirigeants de l’époque envisageaient de limiter le périmètre d’activité aux États membres, cette restriction est vite apparue comme un non-sens, puisque la CEE s’est continuellement élargie et que les prêts de la BEI pouvaient faciliter l’intégration des pays candidats. La question d’interventions dans d’autres régions du monde s’est aussi posée rapidement.

La fonction de la banque a évolué durant son histoire: son rôle clé n’est aujourd’hui plus tant de mobiliser un large volume d’épargne pour assurer les financements à long terme, mais plutôt de fournir des crédits pour l’innovation, la recherche ou l’éducation.

Ces dernières années, la question d’une mutation beaucoup plus fondamentale a été posée. Certains se sont demandés si l’heure n’était pas venue d’en faire un véritable compétiteur dans le secteur commercial. Des voix très sérieuses se sont élevées pour réclamer une fusion avec la Berd et certaines aides en provenance du  budget européen. Ceci afin de donner plus de visibilité à l’action financière extérieure de l’UE. D’autres enfin ont suggéré de faire de la BEI un authentique instrument de relance conjoncturel, par exemple en la dotant d’un fonds de sauvetage  d’urgence pour les situations exceptionnelles. Un ministre italien de l’Economie a même rêvé de la transformer en un fonds souverain. On peut parier que les discussions actuelles sur la gouvernance économique européenne stimuleront à nouveau l’imagination des responsables de l’UE…

(1) La banque de l’Union européenne. Edité par l’Imprimerie Centrale, Luxembourg.

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