La Belgique face à l'opportunité d'investissement risquée de Juncker

©REUTERS

La Commission européenne fermera les yeux sur les dérapages budgétaires qui résulteraient d’un versement à son fonds pour les investissements stratégiques. La Belgique se laissera-t-elle tenter par l’offre ?

Il faut savoir ce que l’on veut. Jean-Claude Juncker sait. Il a placé une boîte vide au milieu de la table en annonçant qu’elle se remplirait d’au moins 315 milliards d’euros, et que cet argent, ce sont les lendemains qui chantent de l’Europe.

Bien. Il a vendu du rêve, à présent il doit montrer la couleur des billets: la Commission a déjà annoncé que les premiers investissements "stratégiques" auraient lieu à la mi-2015... L’une des façons d’amorcer la pompe – de remplir la boîte – est d’appâter les États membres eux-mêmes.

Mardi soir, à Strasbourg, la Commission européenne leur a fait une proposition originale: "Les contributions des États membres à l’EFSI (la boîte en question, NDLR) ne seront pas prises en compte dans la définition des ajustements budgétaires [...]. Dans les cas où la valeur de référence de 3 % (de déficit public) ne sera pas respectée, la Commission n'engagera pas de procédure concernant les déficits excessifs", dit-elle.

En d’autres termes, si votre budget dérape à cause de l’argent que vous aurez mis dans la boîte, on fermera les yeux. Sans préjuger de ce que la Belgique pourrait faire de cette offre, on peut déjà l’affirmer: c’est la seule marge d’action dont elle dispose. 

 

Timide intérêt

Avec une prévision de déficit de 2,9% pour 2015, la Belgique est à un "millipoil" du dérapage budgétaire. Liés au pacte de stabilité et de croissance, les pouvoirs publics n’ont pas la moindre marge de manœuvre pour embrayer au nouveau mot d’ordre européen de l’investissement. Or alimenter le nouveau Fonds européen pour les investissements stratégiques (EFSI) lancé par la Commission et la Banque européenne d’investissement pourrait être le seul moyen pour les Belges d’espérer peser sur sa stratégie d’investissement et maximiser l’impact du plan Juncker sur son territoire.

En novembre dernier, la Flandre s’était fendue d’un "position paper" dans lequel elle constatait l’impasse: en vertu des nouvelles règles comptables d’Eurostat (SEC 2010), ses projets d’investissements dans des partenariats public-privé sont intégralement placées au passif du budget flamand. Impossible dans ces conditions de budgeter les 3 milliards d’euros que devrait coûter l’Oosterweel, pharaonique projet de bouclage du ring d’Anvers...

"Dans le contexte budgétaire belge, le seul espoir, ce serait de convaincre ceux qui vont décider des projets financés par le Fonds pour les investissements stratégiques de sélectionner celui-là", estime une source à la Commission européenne. Les décisions au sein du Conseil de direction du EFSI seront ventilées proportionnellement à la taille de la contribution des membres. Même si ce sont les "experts indépendants" du Comité d’investissement qui auront la responsabilité d’élire les projets, investir et placer des pions au sein du Fonds pourrait avoir une incidence.

A priori, la Flandre n’est pas preneuse. Sans préjuger d’une éventuelle décision, il "semble difficile pour le gouvernement flamand, vu le contexte budgétaire, de contribuer au nouveau fonds européen", nous indique-t-on au cabinet du ministre-président flamand. La Commission promet de faire preuve d’indulgence pour les dépenses d’investissements auxquels participera le futur fonds, la Flandre n’a plus qu’à croiser les doigts pour que l’Oosterveld soit dans la liste finale.  

Côté wallon, on ne balaye pas l’option de participer au nouveau Fonds. "Nous n’avons pas encore fait une analyse fine des mesures annoncées mardi par la Commission, mais rien n’est exclu", indique-t-on au cabinet du ministre-président Paul Magnette – où l’on précise que le point n’est pas à l’ordre du jour du gouvernement.

Quant à l’échelon fédéral, il réfléchit à la chose. Il y a un intérêt à participer à un fonds pour relancer l’économie, entend-on au cabinet du ministre du Budget. Et ce d’autant plus si cela permet à la Belgique d’être mieux considérée par la Commission européenne...

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