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La Belgique monte au front pour défendre les "écosystèmes" industriels européens

Le ministre wallon Willy Borsus (ici en avril) souhaite présenter la vision stratégique belge pour l'industrie lors de la prochaine réunion ministérielle européenne, vendredi. ©BELGA

La Belgique s’unit pour défendre une stratégie industrielle qui soit moins axée sur les seuls gros poissons que sur les bancs de petites entreprises et l’"écosystème" dans lequel elles évoluent.

On aurait pu croire la Belgique ankylosée par ses divisions, incapable de toute démarche proactive sur le front européen: elle prouve le contraire. Régions et Fédéral forgent un document commun pour défendre une vision belge pour la stratégie industrielle de l'Union. Jusqu'ici, aucun autre État membre ne s'est lancé dans une telle démarche depuis que la nouvelle Commission a esquissé sa propre stratégie industrielle, en mars.

Les Régions convergent donc et finalisent avec le Fédéral un "position paper" – vision politique à l'intention des autres États membres et parties prenantes européennes –, que le ministre wallon de l’Économie Willy Borsus (MR) espère présenter lors d’une réunion par visioconférence avec ses pairs européens vendredi.

"Il y a des grands arbres dans une forêt, l’ambition est qu’il y en ait plus. Mais la forêt industrielle c’est aussi tout un foisonnement de petites et moyennes entreprises: c’est l’équilibre entre ces deux éléments qui nous paraît important."
Willy Borsus
Ministre wallon de l'Economie (MR)

Le document, en tractation depuis l'été dernier, suit une trame défendue depuis une dizaine d'années par la Belgique: une approche collaborative qui prenne appui sur les écosystèmes régionaux, à l'image des pôles de compétitivité wallons. "Jusqu'ici on avait l'impression de prêcher dans le vide, mais on voit avec la nouvelle Commission qu'on a une oreille", se félicite une source proche du dossier. En mars, la Commission avait proposé une nouvelle stratégie pour une industrie axée autour de cette notion "d’écosystèmes", rassemblant instituts de recherche, PME, grandes entreprises.

La troisième voie

La Belgique évite de se prononcer sur le débat qui oppose d'une part des pays nordiques qui défendent une politique européenne de concurrence très stricte et d'autre part des grands États membres qui défendent un référentiel axé autour des "champions" quitte à vider de leur substance les règles de concurrence. "Il y a des grands arbres dans une forêt, l’ambition est qu’il y en ait plus. Mais la forêt industrielle c’est aussi tout un foisonnement de petites et moyennes entreprises: c’est l’équilibre entre ces deux éléments qui nous paraît important", explique Willy Borsus.

Plutôt que de se concentrer sur les "grands arbres", la Belgique plaide donc pour une approche par chaînes de valeurs, qui mette en concordance tous les acteurs de la chaîne pour former des clusters en position de concurrencer des grandes entreprises au niveau global – le banc de sardines ne craint pas le grand requin blanc.

Dans une version non définitive du texte, la Belgique plaide en particulier pour une modernisation de la politique des aides d'État de manière à stimuler davantage l'innovation ; pour une réforme des règles budgétaires qui libérerait des investissements publics ; ou encore pour une plus grande implication des régions dans la gouvernance de cette politique industrielle. Elle s'érige ainsi en porte-drapeau d'une approche défendue par une trentaine de régions européennes au sein de la "Vanguard Initiative".

"Les Belges savent le plus souvent se retrouver lorsque les moments sont importants: c’est un moment où l’on discute du futur de l’économie, de l’emploi, le pire serait d’être silencieux."
Willy Borsus

"Ceci est extrêmement important pour notre économie belge, mais c'est aussi approuvé entre autres par la France et l'Allemagne", souligne-t-on au cabinet de la ministre fédérale de l’Économie Nathalie Muylle (CD&V). Où l'on ajoute que la pierre belge à l’édifice industriel n'est qu'un élément du débat plus large sur la façon de préparer la période post-corona, alors que la Commission doit proposer un plan de relance pour l’Union.

C'était devenu assez rare pour le souligner: la Belgique se montre donc proactive malgré ses divisions. Willy Borsus s'en félicite: "Les Belges savent le plus souvent se retrouver lorsque les moments sont importants: c’est un moment où l’on discute du futur de l’économie, de l’emploi, le pire serait d’être silencieux."

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