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La Biélorussie balaye les critiques européennes après l'arrestation d'un opposant

Le Boeing 737-8AS de Ryanair dans lequel se trouvait l'activiste Roman Protasevich a été intercepté par la Biélorussie alors qu'il reliait la Grèce à la Lituanie. ©AFP

Minsk a détourné un avion de Ryanair afin d'arrêter un opposant biélorusse qui se trouvait à bord. L'Otan et l'UE réclament une enquête internationale s'accompagnant de sanctions.

Les autorités biélorusses ont ordonné dimanche l'atterrissage à Minsk d'un avion de ligne Ryanair reliant la Grèce à la Lituanie. Le vol transportait notamment l'activiste Roman Protasevich, opposant au régime autoritaire d'Alexandre Loukachenko, qui a été immédiatement arrêté, selon des sources d'opposition.

Selon l'agence d'État Belta, l'avion a été dévié de sa trajectoire en raison d'une "alerte à la bombe". Les rapports sur la présence d'explosifs dans l'avion étaient faux, a affirmé un conseiller de la présidence lituanienne à l'agence Reuters.

Le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, a qualifié l'atterrissage forcé "d'incident grave et dangereux qui nécessite une enquête internationale".

Le Boeing 737-8AS de la compagnie irlandaise devait relier Athènes à Vilnius. L'avion survolait la Biélorussie et avait presque atteint la Lituanie quand il a été contraint de changer de cap par un avion de chasse MiG-29 de l'armée biélorusse qui l'a ensuite escorté jusqu'à l'aéroport de Minsk.

La compagne du militant, Sofia Sapéga, a été arrêtée avec lui à bord de l'avion, a annoncé lundi l'université où elle suit ses cours.

Des agents des services de sécurité bélarusses à bord?

L'appareil transportait 171 personnes de douze nationalités, selon une source lituanienne. En soirée, la commissaire européenne au Transport, Adina Valean, a annoncé que l'avion était reparti pour Vilnius, sans préciser avec combien de passagers à son bord.

Selon le patron de la compagnie aérienne Ryanair, Michael O'Leary, des agents des services de sécurité bélarusses (KGB) sont soupçonnés de s'être trouvés dans l'avion. Comme le gouvernement irlandais, Michael O'Leary a dénoncé un acte de "piraterie" soutenu par le Bélarus

"Il apparaît que l'intention des autorités était de faire sortir un journaliste et la personne qui voyageait avec lui", a-t-il expliqué sur la radio irlandaise Newstalk.  "Nous pensons que des agents du KGB ont été débarqués à l'aéroport également", a-t-il ajouté, évoquant un incident "très effrayant" pour les passagers et l'équipage. "Je pense que c'est la première fois que cela arrive à une compagnie aérienne européenne".

La Lituanie a annoncé ce lundi qu'elle n'autoriserait aucun vol, ni vers ni depuis son territoire, traversant l'espace aérien bélarusse, et ce, à compter de mardi.

Appels aux sanctions

Ce déroutement forcé d'un avion de ligne entre deux capitales européennes a provoqué de nombreuses réactions et demandes de clarifications de pays et dirigeants européens. À commencer par celles de la Lituanie et du gouvernement grec, qui a dénoncé un "détournement d'État", mais aussi de l'Allemagne et de la France.

Roman Protasevich avait été inscrit par le KGB sur la liste des personnes recherchées pour "terrorisme" suite aux manifestations pro-démocratie de l'an dernier.

Dimanche, le président du Conseil européen, Charles Michel, a appelé les autorités biélorusses "à libérer immédiatement l'avion et tous ses passagers". La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen a prévenu que "toute violation des règles du transport aérien international doit avoir des conséquences".

L'UE réclame une enquête internationale

Le Premier ministre Alexander De Croo a plaidé pour que les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne, qui se réunissent ce lundi soir en sommet à Bruxelles, prennent des sanctions à l'égard de la Biélorussie. "Nous devons envisager des sanctions, y compris interdire à Belavia d'atterrir dans les aéroports de l'Union européenne", a tweeté le chef du gouvernement belge, tard dans la soirée de dimanche. L'ambassadeur du Bélarus en Belgique a par ailleurs été convoqué, a annoncé ce lundi à la mi-journée la ministre des Affaires étrangères Sopie Wilmès.

"Les actes injustifiables et inacceptables commis ces dernières heures ne resteront pas sans conséquences. M. Protassevitch doit être libéré immédiatement. Notre soutien aux aspirations démocratiques des Biélorusses a aussi été rappelé", a commenté la cheffe de la diplomatie belge.

Une centaine de responsables biélorusses, dont le président Alexandre Loukachenko, sont déjà sous sanctions européennes en raison des atteintes aux droits humains dans cette ex-république soviétique.

L'Union européenne (UE) a également demandé, ce lundi matin, une enquête internationale. "En effectuant cet acte coercitif, les autorités biélorusses ont mis en péril la sécurité des passagers et de l'équipage", a déclaré Josep Borrell, le haut représentant de l’UE, dans un communiqué.

Le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, a pour sa part qualifié l'atterrissage forcé "d'incident grave et dangereux qui nécessite une enquête internationale". Les États-Unis condamnent également "fermement" la Biélorussie pour ses agissements.

Réaction de Moscou

De leur côté, les autorités biélorusses ont assuré, ce lundi, avoir agi "en conformité avec les règles internationales" en déroutant ce vol commercial entre la Grèce et la Lituanie. Pour le ministère biélorusse des Affaires étrangères, les Européens sont coupables de formuler des "accusations sans fondement" et de "politiser" l'incident en estimant que Minsk a orchestré ou instrumentalisé la fausse alerte à la bombe.

"Les uns réclament des sanctions, les autres disent que tout est en règle. Nous n'allons pas participer à cette course."
Dmitri Peskov
Porte-parole du Kremlin

Face à l'avalanche de critiques, la Biélorussie a reçu le soutien de la diplomatie russe, dont celui de la porte-parole Maria Zakharova qui s'est dit "choquée", sur Facebook, par la réaction des Occidentaux. Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a lui jugé "raisonnable" l'approche du Bélarus face aux critiques. Le ministère bélarusse des Affaires étrangères a fait part lundi de sa "volonté de suivre toutes les règles internationales, de garantir une transparence totale, y compris d'accueillir, si nécessaire, des experts internationaux", a déclaré Sergueï Lavrov. "C'est une approche tout à fait raisonnable", a-t-il souligné, lors d'une conférence de presse avec son homologue grec Nikos Dendias à Sotchi, dans le sud de la Russie. "Nous soutenons une évaluation de cette situation non pas à la hâte, mais en se basant sur toutes les informations disponibles", a-t-il ajouté, jugeant "important" d'agir en gardant son "sang-froid".

De son côté, la présidence russe a également jugé nécessaire d'attendre que des instances compétentes analysent l'incident. "Ce sont les instances aériennes internationales qui doivent donner une évaluation", a estimé Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin. "Les uns réclament des sanctions, les autres disent que tout est en règle", a-t-il ajouté, "nous n'allons pas participer à cette course".

Ce lundi soir, la Biélorussie annonçait expulser tous les diplomates lettons du pays. Il accuse Riga d'avoir remplacé le drapeau bélarusse par celui de l'opposition en marge du Mondial de hockey sur glace. "L'ambassadeur letton a été prié de quitter le pays dans les 24 heures. L'ensemble du personnel diplomatique, administratif et technique de l'ambassade est aussi invité à quitter le Bélarus, dans les 48 heures", a déclaré le ministre des Affaires étrangères Vladimir Makeï, cité par l'agence de presse officielle Belta.

Qui est Roman Protasevich?

Roman Protasevich, 26 ans, avait été inscrit par le KGB sur la liste des personnes recherchées pour "terrorisme" suite aux manifestations pro-démocratie de l'an dernier. Il est un ancien rédacteur en chef du service d'information Nexta, une des principales sources documentant la répression des manifestations d'opposition. Il risque la peine de mort en Biélorussie.

"Le personnel se comporte avec moi de façon tout à fait adéquate et en respectant la loi, je continue de collaborer avec les enquêteurs et suis passé aux aveux concernant l'organisation de troubles massifs", a-t-il affirmé dans une vidéo diffusée à la télévision publique dans laquelle il s'exprime assis à une table, face caméra.

"Nous exigeons la libération immédiate de Roman, une enquête de l'Organisation de l'aviation civile internationale et des sanctions contre la Biélorussie", a réagi sur Twitter la cheffe de file de l'opposition, Sveltlana Tikhanovskaïa.

Alexander Loukachenko, qui dirige la Biélorussie depuis 1994, a violemment réprimé les manifestations de 2020, quelque 35.000 personnes ont été mises en détention depuis août dernier, selon des organisations de défense des droits humains.

Soutenu par Moscou, il n'a, jusqu'ici, donné aucun signe sérieux de compromis face au mouvement de contestation, renforçant au contraire la répression.

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