La Catalogne paralysée par la mobilisation des indépendantistes

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Un demi-million de personnes ont manifesté ce vendredi à Barcelone contre la condamnation des dirigeants indépendantistes catalans à de longues peines de prison. Cette manifestation est le point culminant d’une semaine de mobilisation, entachée de violences.

La Catalogne paralysée. Par une grève générale convoquée par les formations indépendantistes et qui a réuni des centaines de milliers de personnes. Par une crise politique qui s’enracine, une fois de plus. Au cœur de ce nouveau bras de fer entre Madrid et Barcelone, il y a le mystérieux "Tsunami Démocratique", le mouvement radical à l’origine des débordements violents de ces derniers jours qui a pris de court les responsables séparatistes.

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C’est lui qui a organisé l’occupation de l’aéroport de Barcelone, dans la nuit du lundi 14 octobre, pour protester contre les lourdes peines de prison décrétées par la Cour Suprême espagnole contre les principaux responsables de la tentative de sécession de 2017. C’est lui qui serait à l’origine des épisodes de violence qui ont eu lieu dans le centre-ville.

Pour essayer d’endiguer ces scènes de guérilla urbaine, la justice espagnole a décidé de bloquer le site web du "Tsunami" qui servait, avec les réseaux sociaux et la messagerie Telegram, à transmettre des consignes à ses sympathisants. Le ministère de l’Intérieur espagnol enquête sur l’identité de ses responsables et sur ses liens éventuels avec les grandes organisations indépendantistes.

Barricades

Son responsable, Manuel Grande-Marlaska, parlant d’une violence "minoritaire mais très organisée", n’a pas écarté hier que des "groupes radicaux provenant du Pays Basque et de l’étranger" puissent se mêler aux manifestants.

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Après une nouvelle nuit de barricades, la quatrième, des colonnes de milliers d’indépendantistes, partis de cinq villes catalanes, ont convergé à Barcelone pour participer à un énorme rassemblement exigeant la "liberté des prisonniers politiques". La grève générale a paralysé une grande partie de la région et bloqué les grands axes routiers, notamment ceux vers la France. La célèbre basilique de la Sagrada Familia a dû fermer ses portes.

L’ambiance était tranquille, mais les discours très revendicatifs. "Il faut finir ce que nous avons commencé le 1er octobre" (2017, date du référendum raté) a déclaré Elisenda Paluzie, présidente de l’Assemblée Nationale Catalane (ANC), l’un des piliers de l’indépendantisme. "Préparez-vous à défendre et soutenir une déclaration d’indépendance", a-t-elle lancé sous les ovations des manifestants.

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Malgré le caractère pacifique de ses marches, certains rassemblements, notamment ceux des étudiants, ont tourné à l’affrontement avec la police. Les journalistes ont également été victimes d’agressions. Certains ont choisi de porter des casques pour faire leur travail, du jamais vu en deux ans de crise en Catalogne.

Selon la police, plus de 110 personnes ont été interpellées depuis le début de la semaine, une cinquantaine ont été blessées dans toute la région. La mairie de Barcelone a évalué à plus de 1,5 million d’euros les dégâts directs des manifestations, (700 conteneurs à ordures brûlés, pavés arrachés, feux de signalisation abîmés…).

L’État ne peut "pas se laisser entraîner à une réaction excessive".
Pedro sanchez
premier ministre espagnol

De Bruxelles, où il assistait au Conseil européen, le Premier ministre Pedro Sanchez a critiqué le président catalan Quim Torra pour avoir "banalisé" la violence, le responsable indépendantiste ne s’étant prononcé que timidement contre les débordements. Afin de "calmer les esprits" et préférant une "réponse mesurée", le socialiste espagnol a de nouveau déclaré qu’il ne pensait pas déployer de mesures exceptionnelles pour maintenir l’ordre en Catalogne. La tension risque de ne pas retomber de sitôt. Vox, le parti d’extrême droite violemment anti-indépendantiste qui demande la mise en place de l’état d’urgence, a annoncé qu’il célébrerait son premier meeting de campagne en vue des législatives du 10 novembre à Barcelone.

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