La Commission et Merkel derrière Athènes

Nikolaos Michaloliakos, leader du parti d'extrême droite "Aube Dorée", lors d'une conférence de presse ce dimanche à Athènes. ©AFP ©AFP

La Commission européenne a rappelé sa volonté d'aider la Grèce, tandis que la chancelière allemande Angela Merkel a souligné l'importance des réformes pour Athènes.

Le leader des conservateurs grecs Antonis Samaras a jeté l'éponge lundi soir pour la formation d'un gouvernement de coalition, au lendemain d'une défaite historique des deux piliers du système politique grec dont les conséquences inquiètent l'Europe et les marchés.

Apaisement de l'Union européenne

Inquiétudes? La Commission européenne est prête à aider la Grèce à se réformer suivant les modalités de son deuxième programme de renflouement, a assuré une porte-parole de la Comission lundi.   "Nous sommes disposés à continuer d'aider la Grèce avec son ordre du jour réformiste en cours, dans le cadre du deuxième programme d'ajustement économique", a dit Pia Ahrenkilde-Hansen.    "Nous n'avons pas encore de nouveau gouvernement en Grèce." "La Commission espère et s'attend à ce que le futur gouvernement grec respecte les engagements pris par la Grèce".     

La chancelière allemande Angela Merkel elle-même a estimé lundi que la poursuite des réformes en Grèce était d'une "importance essentielle" après la défaite des partis pro-austérité au pouvoir dans ce pays. "Il est bien sûr d'une importance essentielle que les programmes (de réforme) continuent en Grèce", a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse à Berlin.

"Un vote anti-Merkel" 

Antonis Samaras a annoncé qu'il était "prêt à assumer la responsabilité de former un gouvernement de salut national poursuivant deux objectifs: maintenir la Grèce au sein de la zone euro et peaufiner la politique de renflouement afin de créer de la croissance et de soulager la société grecque".  
 
Le président Karolos Papoulias devrait lui confier lundi la difficile mission de négocier un accord de gouvernement et former dans les trois jours un gouvernement de coalition avec d'autres partis.
    
S'il échouait, la Coalition de la gauche radicale puis le Pasok seraient amenés à tenter leur chance. Un nouvel échec conduirait le président à nommer un gouvernement intégrant toutes les forces politiques parlementaires chargé d'expédier les affaires courantes et d'organiser de nouvelles élections.    

Conservateurs et socialistes, qui dirigent alternativement le pays le retour de la démocratie, ont payé leur soutien à la cure d'austérité draconienne suivie depuis début 2010 en échange d'une aide financière internationale.    

Cette politique, présentée comme nécessaire pour éviter la faillite à la Grèce, s'est traduite par une profonde récession, une explosion du chômage, et des salaires et des retraites rabotés.  "Je ne peux plus accepter que nous vivions comme des mendiants dans notre propre pays. La Coalition de la gauche peut les secouer et les réveiller", déclare Kate Savidou, retraité de 65 ans qui votait jusque là pour le Pasok.   
 
Reconnaissant que son parti avait payé le prix fort de la crise économique, le chef de file du Pasok, Evangelos Venizelos, a lancé un appel à un gouvernement d'unité nationale composé de formations soutenant le plan de renflouement qui a évité à la Grèce la faillite.    

"Même si les deux grands partis parviennent au final à obtenir une majorité, le grand enseignement est plus important: c'est un vote anti-Merkel", avance Riccardo Designori, analyste financier chez Brown Editore, à Milan.   "Les peuples d'Europe en ont assez des sévères mesures d'austérité imposées par les dirigeants allemands, et cela pourrait marquer un tournant", ajoute-t-il.     

"Remplacer les mesures barbares par des plans de renflouement"     

Grand vainqueur de ce scrutin, Alexis Tsipras, le plus jeune chef d'un parti politique grec - il a 37 ans - a appelé à la formation d'une coalition hostile aux conditions fixées par les bailleurs de fonds de la Grèce - Union européenne, FMI et Banque centrale européenne -  en échange de leur aide financière.   "Angela Merkel doit comprendre que la politique d'austérité vient de subir une immense défaite", a-t-il dit.     "Par leur vote, les électeurs grecs ont donné un mandat pour une nouvelle aube pour notre pays, où la solidarité et la justice remplacerait les mesures barbares des plans de renflouement", a-t-il poursuivi.     

Mais le Parti communiste grec (KKE), arrivé en cinquième place avec 8,5% des voix, a décliné l'offre et des analystes estiment extrêmement improbable que les partis hostiles au plan d'aide, situés aux extrêmes de l'échiquier politique grec, joignent leurs forces. 

Par leur vote, les électeurs grecs ont donné un mandat pour une nouvelle aube pour notre pays


  
Quant à l'extrême droite d'Aube dorée, qui promet de "nettoyer" la Grèce en expulsant les immigrés, quelle que soit leur situation, et que les autres partis grecs considèrent comme une formation néo-nazie, elle exultait dimanche soir.    

La formation ultranationaliste qui n'avait obtenu que 0,23% des voix aux précédentes législatives, fin 2009, est créditée cette fois de près de 7% des voix et va faire son entrée au Parlement, où elle pourrait obtenir une vingtaine de sièges.     

"La Grèce n'est que le début", a lancé Nikolaos Mihaloliakos à ses partisans réunis dans les rues d'Athènes.    

La consultation de dimanche risque donc de replonger la Grèce dans le chaos politique et, par là, de relancer les turbulences dans la zone euro, voire d'amorcer un processus pouvant s'achever sur une sortie de l'euro.    

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés