interview

"La Commission européenne devra démontrer qu'elle mérite la confiance"

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Didier Reynders, Commissaire européen à la Justice et à l'État de droit, est satisfait de la large majorité obtenue par la Commission von der Leyen auprès du Parlement européen. Il attend maintenant que "cette majorité parlementaire se stabilise". Le travail de conviction auprès des États sur les dossiers les plus chauds sera difficile.

Didier Reynders (Renew Europe, MR) était en première ligne dans l’hémicycle européen, mercredi lors du vote sur la Commission von der Leyen. Il en deviendra dimanche le commissaire à la Justice et à l’État de droit.

Nous devrons tout faire pour tenter de convaincre les États de bouger.
Didier Reynders
Commissaire à la Justice et à l’Etat de droit

"C’est un long parcours qui démarre. Je suis heureux qu’on ait pu convaincre une large majorité du Parlement européen, dit-il, lors des auditions parfois un peu compliquées, beaucoup craignaient de ne pas y arriver. À la Commission de démontrer qu’elle mérite cette confiance".

La majorité tripartite sera suffisante pour soutenir les priorités de la Commission. "Mais cela ne change rien au fait que la discussion sera compliquée au sein du Conseil. Par exemple, une des ambitions est de moderniser le budget de l’Union. Le Conseil fera de la résistance", explique-t-il, "nous devrons tout faire pour tenter de convaincre les États de bouger. Je connais bien le fonctionnement du Conseil, je viens d’y passer vingt ans"

Maintenant, il faut que cette majorité parlementaire se stabilise.
Didier Reynders
Commissaire à la Justice et à l'Etat de droit

La résistance des gouvernements nationaux pourrait bloquer des initiatives. "Il y a des ambitions qui ne pourront pas toutes être réalisées. Mais j’espère que le soutien du Parlement nous aidera à négocier avec le Conseil", affirme-t-il, et maintenant, il faut que cette majorité parlementaire se stabilise".

Sur le climat, Didier Reynders espère que "les Verts apporteront leur concours" en dépit de leur abstention lors du vote sur la Commission, "je vois mal comment ils pourraient être absents sur un tel sujet".

Etat de droit

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La surveillance du respect de l’État de droit par les États sera un de ses dossiers les plus chauds. Un bras de fer l’attend avec la Hongrie et la Pologne, accusées par la Commission Juncker de brider la liberté d’expression et la justice. Or, la nouvelle Commission compte un membre issu directement du gouvernement hongrois. "Il n’y a pas de surprise de savoir que des membres de la Commission sont proches des gouvernements, le tout est de tester leur ambition et leur indépendance. Encore une fois, la confiance n’est pas un blanc-seing", indique Didier Reynders.

Le commissaire belge compte beaucoup sur un nouvel outil, "le rapport annuel sur l’État de droit où la situation de chaque État membre sera analysée", précise-t-il, "cela fait quatre ans que je défends cette idée".

Climat et numérique

Dans le numérique, je dois m’occuper des aspects humains et éthiques, assurer le respect des droits fondamentaux dans l’utilisation de l’intelligence artificielle.
Didier Reynders
Commissaire européen à la Justice et à l'Etat de droit

Didier Reynders assumera un rôle dans les deux grandes priorités, le climat et le numérique. "Dans le numérique, je dois m’occuper des aspects humains et éthiques, assurer le respect des droits fondamentaux dans l’utilisation de l’intelligence artificielle. Par exemple, déterminer qui est responsable en cas d’accident avec une voiture intelligente". Dans le portefeuille "green deal", "il y a là aussi des éléments en matière de protection des consommateurs".

En justice, Didier Reynders entend "renforcer la coopération judiciaire entre États" en mettant en place le nouveau parquet européen. "L’échange des preuves digitales sera aussi un dossier important", dit-il.

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