La Commission européenne rejette la fusion entre Alstom et Siemens

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La Commission européenne a rejeté ce mercredi la fusion entre les activités ferroviaires des géants français Alstom et allemand Siemens. Contrairement à ce que laisse entendre la France, tous les Etats de l'UE ont soutenu cette décision de la commissaire à la Concurrence, Margrethe Vestager.

Le conglomérat allemand Siemens ne rachètera pas les activités ferroviaires d'Alstom. En tout cas, pas aujourd'hui. La fusion à 15 milliards d'euros, proposée en septembre 2017, ne verra pas le jour. 

La décision, prise ce mercredi par le collège des commissaires européens, a été annoncée ce mercredi matin par la commissaire européenne à la Concurrence Margrethe Vestager: "Cette fusion aurait été problématique en termes de concurrence pour les autres acteurs du secteur", a expliqué la commissaire lors d'une conférence de presse, ajoutant que "la Commission a interdit la concentration parce que les entreprises n'étaient pas disposées à remédier aux importants problèmes de concurrence que nous avons relevés".

"En l'absence de mesures compensatoires suffisantes, cette concentration aurait entraîné une hausse des prix pour les systèmes de signalisation qui assurent la sécurité des passagers et pour les futures générations de trains à très grande vitesse", a-t-elle aussi indiqué.

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"Tous les Etats de l'UE ont approuvé cette décision, jeudi, lors d'une réunion du comité consultatif."
Une source européenne

Ce rejet, pressenti depuis plusieurs semaines, a été approuvé à l'unanimité par les États européens. Selon une source proche du dossier, "tous les États de l'UE ont approuvé cette décision, jeudi dernier, lors d'une réunion du Comité consultatif de la Concurrence"

La puissante DG Concurrence s'est très vite opposée à cette opération, pourtant souhaitée par la France et l'Allemagne. Alstom et Siemens avaient proposé des remèdes en décembre dernier portant sur 4% du chiffre d'affaires de la nouvelle entité. Mais ils s'avèrent insuffisants. 

Assurer les règles du jeu

La Commission européenne redoute la création d'une entité monopolistique sur le marché européen qui briderait la concurrence et les autres opérateurs. Conformément à sa compétence exclusive de gendarme européen de la concurrence, elle a le pouvoir de s'opposer seule à cette opération.

"Nous ne ferons jamais de politique ou de favoritisme quand il s'agit d'assurer des règles du jeu équitables."
Jean-Claude Juncker
président de la Commission européenne

Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, est lui-même intervenu mardi pour défendre la décision de rejet prise par la commissaire danoise. "Nous ne ferons jamais de politique ou de favoritisme quand il s'agit d'assurer des règles du jeu équitables", a-t-il dit lors d'un discours à Bruxelles.

Infrabel et d'autres gestionnaires de réseaux européens s'y étaient opposés. Les syndicats ont également fait valoir leur opposition, la fusion étant susceptible d'entraîner des milliers de licenciements. Les sites non français d'Alstom étaient les premiers visés. Le groupe français emploie plus de mille personnes en Belgique. 

Pour justifier cette mega-fusion, Siemens mettait en avant la nécessité d'opposer un géant européen au Chinois CRRC, le numéro un ferroviaire mondial. Mais l'argument ne suffit pas aux yeux de l'exécutif européen. "Siemens et Alstom sont chacun des leaders mondiaux dans leur secteur, en Europe CRRC n'a pratiquement aucune part du marché", dit une source européenne.

Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, a confirmé le rejet du projet de fusion. Pour lui, il s'agit d'"une erreur" qui "va servir les intérêts" de la Chine. Mais, au-delà de cette opposition de principe, la France ne s'est pas opposée au sein du Comité consultatif de la Concurrence au veto de la Commission.

Dans le chef du gouvernement allemand, le ministre de l'Economie Peter Altmaier affirme que cette décision est la preuve de la nécessité de modifier les règles européennes sur la concurrence. "N'y a-t-il pas des domaines tels que l'aviation, les chemins de fer, les banques où vous devez prendre le marché mondial comme référence plutôt que l'européen?"

 Peter Altmaier avait déjà plaidé pour une politique favorisant des regroupements à l'échelle européenne, afin de jouer "à égalité" sur la scène internationale.

"Une Europe pas au niveau face à la Chine"

Le patron de Siemens a, dans la foulée, dénoncé le veto européen, appelant à une refonte "structurelle" de la politique industrielle européenne face à la concurrence chinoise ou américaine. "Protéger les intérêts des clients localement ne signifie pas se priver d'être sur un pied d'égalité avec des pays leaders comme la Chine et les Etats-Unis", a déclaré Joe Kaeser, estimant que "les élections européennes à venir constituent une opportunité unique de bâtir l'Europe du futur, y compris dans le champ de la politique industrielle".

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