La Commission s'interroge sur les budgets espagnol et portugais

Le commissaire Olli Rehn met en garde les pays européens contre un exc&eagrave;s d'optimisme.

Dans ses prévisions d’automne, l’exécutif européen épingle l’optimisme excessif de certains pays. La Belgique ne convainc qu’à moitié.

Dans ses traditionnelles "prévisions d’automne", la Commission européenne a mis en doute la capacité de certains Etats à tenir leurs engagements budgétaires. C’est le cas pour le Portugal et l’Espagne, deux pays qui sont pointés par les marchés comme les prochains à devoir solliciter une assistance financière, après la Grèce au printemps et l’Irlande aujourd’hui. Même la France et l’Italie, deux poids lourds de la zone euro, sont épinglées pour des prévisions budgétaires un peu trop optimistes. Quant à la Belgique, difficile pour les instances européennes de lui faire ce genre de procès, étant donné que le budget 2011 n’a pas encore été confectionné, faute d’un gouvernement de plein exercice.

Voici pour chaque pays jugé "à risque" le détail de l’appréciation fournie lundi par la Commission européenne.

EPortugal. Epinglé comme la prochaine cible des marchés financiers, le Portugal aura fort à faire pour rassurer les investisseurs. La Commission européenne prévoit un déficit de 4,9% du PIB l’an prochain (après -7,3% en 2010). C'est plus que les 4,6% prévus dans le projet de budget du gouvernement. En cause, une croissance qui bat de l’aile. Elle sera franchement négative (-1%) l’an prochain, avant un timide retour dans le vert (+0,75%) en 2012. En attendant, la dette portugaise devrait grimper de 83% en 2010 à 92% en 2012, se rapprochant dangereusement de la barre des 100% du PIB.

EEspagne. La Commission table sur un déficit budgétaire espagnol légèrement inférieur à 6,5% du PIB. Or le gouvernement Zapatero s’est engagé à limiter son déficit à 6% maximum l’an prochain. Ce différentiel est dû principalement à une croissance faiblarde: 0,75% en 2011, ce qui est moitié moins que le 1,3% avancé par Madrid. Zapatero s’est toutefois engagé à prendre des mesures d’ajustement supplémentaires si l’objectif ne devait pas être atteint. Le gouvernement central espagnol compte également surveiller de près les entités fédérées, dont on connaît l’important degré d’autonomie, afin qu’elles se tiennent strictement à leurs engagements budgétaires.

EIrlande. Même diagnostic pour l’Irlande pour laquelle la Commission évalue le déficit l'an prochain à 10,3% du PIB contre une prévision gouvernementale de 9,1%. A nouveau, l’hypothèse de croissance retenue par le gouvernement est jugée trop optimiste. Ce qui n’empêche l’effort d’ajustement exigé par le gouvernement auprès de la population irlandaise d’être qualifié par la Commission d’"ambitieux mais réaliste".

ELa Grèce. Premier pays de la zone euro à être sauvé du désastre au printemps dernier, la Grèce connaîtra encore deux années difficiles en 2011 et 2012. Après l’adoption au mois de mai d’un plan de rigueur étalé sur 3 ans, le déficit devrait diminuer de 15,4% en 2009 à 9,3% en 2010 et 7,4% en 2011. Cet effort est entièrement supporté par des réductions de dépenses, étant donné que la croissance restera largement négative l’an prochain (-3%), avant de renouer avec des valeurs légèrement positives en 2012 (1,1%). Le déficit devrait repartir légèrement à la hausse en 2012 (-7,6%). La dette grecque, elle, va exploser, passant de 126% du PIB en 2009 à 156% en 2012.

EFrance. La Commission estime que la France, deuxième économie de la zone euro, devrait ramener l'an prochain son déficit à seulement 6,3% du PIB, contre 7,7% cette année, alors que le Premier ministre François Fillon s'était engagé la semaine dernière à redescendre à 6% de déficit. La ministre française de l’Economie, Christine Lagarde, a pour sa part répliqué que les créations d’emplois plus importantes que prévues devraient contribuer à améliorer les performances budgétaires de la France.

EItalie. Pour ce pays également, les instances européennes sont plus pessimistes que le gouvernement concernant le déficit 2011, qu'elles attendent à 4,3% du PIB contre 3,9% promis par Rome.

EBelgique. Pour notre pays, la Commission s’attend à un déficit de 4,8% du PIB cette année, en ligne avec les prévisions du printemps dernier. Ce qui signifie que la croissance meilleure que prévue ne sera pas d’un grand secours pour réduire le déficit.

Si aucun gouvernement ne voit le jour avant la fin de l’année, le budget 2011 devrait être exécuté sur le mode des "douzièmes provisoires". Dans ces conditions, la Commission entrevoit un solde net de -4,6% du PIB. En 2012, une nouvelle détérioration du déficit est anticipée (-4,7%), principalement en raison du relèvement probable des taux d’intérêt. Pendant ce temps, la dette globale devrait franchir le seuil de 100% du PIB en 2011 et atteindre 102% en 2012.

l’austérité payante

Au total, l’exécutif européen observe néanmoins que les programmes d'austérité décidés dans beaucoup de pays commencent à porter leurs fruits: le déficit public de l'ensemble de la zone euro devrait baisser plus vite que prévu, à 4,6% du PIB l'an prochain contre 6,3% cette année et 6,1% encore attendus au printemps. Par contre, l’attitude des marchés financiers est toujours jugée "inquiétante" par la Commission. Inquiet, on le serait à moins.

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