La Cour suprême espagnole autorise l'exhumation de Franco

©REUTERS

La plus haute instance judiciaire d'Espagne a tranché: le corps de l'ancien dictateur Francisco Franco sera bel et bien exhumé.

Le premier ministre socialiste Pedro Sanchez l’avait promis en arrivant au pouvoir en juin 2018. Il l’avait répété après avoir remporté les élections en avril dernier. Hier, la Cour Suprême espagnole a finalement tranché: la dépouille du dictateur Francisco Franco (1892-1975) pourra être exhumée de son mausolée du Valle de los Caidos (" la vallée de ceux qui sont tombés "), quarante-quatre ans après sa mort. 

Franco devrait être enterré près de sa veuve, Carmen Polo, au très discret cimetière d’El Pardo, lieu de son ancienne résidence, au nord de Madrid.

Pour le gouvernement socialiste,  le sort de l’ancien chef d’Etat qui a gouverné l’Espagne d’une main de fer après la guerre civile (1936-1939) était une question de principes. "Une démocratie n’est pas compatible avec le fait d’avoir Franco dans un mausolée", a martelé hier à la radio, la numéro deux du gouvernement, Carmen Calvo. "Nous allons exhumer (la dépouille) le plus vite possible" a-t-elle précisé.

Un pays partagé

Les conservateurs du Parti Populaire n’ont pas réagi. Les centristes de Ciudadanos, favorables à l’exhumation, ont tout de même critiqué " la gestion improvisée " du gouvernement Sanchez. Quant aux Espagnols, ils ont toujours été très partagés sur la question. D’après les sondages un peu plus de 40% soutiennent l’exhumation, 38% la critiquent et 20% n’en pensent rien.

Une démocratie n'est pas compatible avec le fait d'avoir Franco dans un mausolée.
Carmen Calvo
Numéro deux du gouvernement espagnol

La décision de la Cour Suprême intervient en pleine campagne pré-électorale, à un mois et demi des législatives du 10 novembre, les deuxièmes cette année. Nul doute que le sort de Franco alimentera un affrontement qui s’annonce particulièrement dur entre la gauche et la droite.

Il aura fallu un an et demi de rebondissements, depuis la décision annoncée par Pedro Sanchez, pour clore ce chapitre quelque peu embarrassant de l’histoire espagnole. En octobre 2018, le gouvernement espagnol s’était assuré du soutien du Vatican (indispensable puisque la tombe de Franco se trouve dans la basilique de Cuelgamuros, au sein du mausolée), qui avait laissé comprendre qu’il ne s’opposerait pas à l’exhumation si la justice espagnole donnait son feu vert.

La famille de Franco a lutté avec acharnement contre les intentions du gouvernement socialiste. Elle a demandé à enterrer la dépouille du dictateur dans le caveau familial de la cathédrale de la Almudena, où repose déjà sa fille, tout près de la Place d’Orient, où le généralissime prononçait ses discours et où quelques nostalgiques du régime se réunissent toujours pour commémorer sa mort, tous les 20 novembre. Cela aurait supposé un énorme échec pour Pedro Sanchez.

Ultime recours de la famille Franco

En mars 2019, le gouvernement socialiste a décidé de procéder à l’exhumation en juin. La Cour Suprême a tout arrêté afin d’examiner les recours de la Fondation Francisco Franco et des Bénédictins de la Basilique de Cuelgamuros qui ont aussi fait appel. Les Franco, eux, ont déjà annoncé qu’ils vont présenter une dernière demande auprès du Tribunal Constitutionnel, qui a très peu de chances d’aboutir. 

Situé à 50 kilomètres de Madrid, dans un parage très boisé de la petite municipalité de l’Escurial, le Valle de los Caidos est en général assez désert.

Franco est actuellement enterré sur le site du monument aux combattant franquistes à San Lorenzo de Escorial, à 50 km de Madrid. ©AFP

Complexe monumental, tout en granite, surplombé para une croix  de 150 mètres de haut, le mausolée abrite aussi les restes de 27 000 combattants franquistes et d’environ 10 000 opposants républicains. Seuls 21 000 ont été identifiés. En dehors de l’inscription "Morts pour Dieu et pour l’Espagne 1936-1939", aucune plaque n’offre d’informations sur les victimes.

Le précédent chef de gouvernement socialiste, Jose Luis Rodriguez Zapatero (2004-2011), avait lui aussi essayé de résoudre le problème de la tombe de Franco. Une commission d’experts avait conclu en 2011 qu’il valait mieux ne pas toucher au monument "construit dans la souffrance" ni d’ "essayer de le remplacer par un autre qui symboliserait l’Etat de droit". 

Elle conseillait plutôt d’expliquer en détail les circonstances de sa construction, par des milliers de prisonniers républicains pendant dix-huit ans (1941-1959) dans une Espagne profondément traumatisée par la guerre civile.


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