La famille Benetton forcée de se retirer des autoroutes italiennes

C'est le drame lié à l'effondrement du pont de Gênes, ici en 2018, qui a tout déclenché. ©Photo News

Deux ans après l’effondrement du Pont Morandi à Gênes, un difficile et douloureux accord entre le gouvernement italien et Aspi (Autostrade per l’Italia), la société gestionnaire du viaduc écroulé, a enfin été ébauché.

Suite à un orageux conseil des ministres nocturne, qui a duré près de six heures, l’exécutif de Giuseppe Conte a réussi à concevoir, ce mercredi, une sortie de crise qui satisfait à la fois la soif justicialiste de l’opinion publique nationale et les partenaires internationaux d'Atlantia , le groupe de la famille Benetton qui détient actuellement 88% des parts de la société autoroutière Aspi.

L'ouverture à une nationalisation

Face aux innombrables ultimatums lancés par l’exécutif et, surtout, à la menace d’une révocation radicale et définitive de la concession autoroutière, la grande famille d’entrepreneurs vénitiens a accepté de renoncer à la gestion de près de trois mille kilomètres d’autoroutes de la péninsule.

Selon les accords conclus pendant la nuit, Atlantia devra céder dans les prochains mois toutes ses parts à un organisme public, la Caisse des dépôts et prêts (CDP), ainsi qu’à d’autres éventuels nouveaux investisseurs institutionnels. Cette transaction, qui ouvre de facto la voie à une nationalisation de la société gestionnaire, permet à la Caisse des dépôts et prêts d’acquérir 51% du capital d’Aspi. Elle verra ainsi la progressive disparition de la famille Benetton dans la gouvernance de la société. Avec la vente de leurs parts, les Benetton ne pourront plus, à terme, siéger au conseil d’administration. Et, suite à la cotation en bourse d’Aspi, envisagée également par le gouvernement Conte, la famille Benetton renoncera définitivement à cette aventure entrepreneuriale.

Un épilogue final qui, selon les représentants du Mouvement 5 étoiles (M5S) rend, au moins partiellement, justice aux familles des quarante-trois personnes décédées avec l’effondrement de l’infrastructure. Ce parti antisystème ainsi qu’une partie majoritaire de l’opinion publique nationale, ont toujours demandé la tête des gestionnaires du pont de Gênes. Accusé de manquements criminels dans l’entretien du viaduc, le groupe Atlantia a été, à maintes reprises, menacé par l’exécutif d’une brutale révocation de la concession autoroutière. Ces derniers jours, le Premier ministre Conte n’a cessé d’évoquer cette hypothèse. Malgré les appels à la modération des partis de centre-gauche, qui ont évoqué le poids de la colossale indemnisation que l’État aurait été contraint de verser à Aspi, l’aile radicale du gouvernement ne semblait pas vouloir entendre raison.

"La famille Benetton se moque des proches des victimes ainsi que de tous les Italiens."
Giuseppe Conte
Premier ministre italien

" Nous avons toujours déclaré qu’il fallait retirer la concession à la famille Benetton. La douleur des familles des quarante-trois victimes est gravée dans nos esprits et nous ne pourrons jamais l’oublier ", a écrit, sur Facebook, le ministre des Affaires étrangères et visage emblématique du M5S, Luigi Di Maio, peu avant ce dernier conseil des ministres.

" La famille Benetton se moque des proches des victimes ainsi que de tous les Italiens ", avait déclaré Giuseppe Conte, peu après avoir reçu, ce lundi, la dernière proposition formulée par les administrateurs d’Aspi, essayant de mettre ainsi fin au contentieux avec l’exécutif.

Un petit cataclysme évité

Ce bras de fer semblait appeler une violente conclusion. Ce sont les réactions des investisseurs internationaux, partenaires de Atlantia, qui ont changé, en toute dernière instance, le cours des événements. Inquiets des inévitables soubresauts d’une éventuelle révocation de la concession, Berlin et Pékin ont exercé, ouvertement ou de façon officieuse, des pressions sur l’exécutif italien, pour sauvegarder les intérêts du groupe d’assurance allemand Allianz et du fonds d’investissement chinois Silk Road, partenaires de la famille Benetton.

La décision finalement adoptée par Rome sauve les marchés bancaires et obligataires des contrecoups dévastateusr d'une éventuelle faillite d’Aspi.

Un rappel adroit des délicats équilibres d’un univers économique et financier qui ne connait plus de frontières. La décision finalement adoptée par Rome sauve aussi les marchés bancaires et obligataires italien et européen des contrecoups dévastateurs d’une éventuelle faillite d'Aspi.

Les dirigeants de Atlantia n’ont, en effet, jamais caché que, dans l’éventualité d’une révocation de la concession, le groupe aurait été dans l’impossibilité de rembourser des prêts contractés pour un montant de 19 milliards d’euros. Un petit cataclysme financier qui aurait, à la fois, déstabilisé de grands établissements bancaires et des milliers de petits épargnants.

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