La flambée de violence en Irlande du Nord inquiète l’Europe

Un bus a été incendié au cours d'émeutes dans un quartier loyaliste de Belfast, mercredi. ©REUTERS

La région britannique vit les pires violences sectaires depuis des années. La classe politique fait front uni pour tenter de chasser le spectre d’un retour des troubles.

Après une semaine de violences quotidiennes, les affrontements qui ont eu lieu à Belfast dans la nuit de mercredi à jeudi "ont atteint un niveau que nous n'avions plus vu à Belfast ou ailleurs en Irlande du Nord depuis plusieurs années", selon le chef adjoint de la police de la province britannique, Jonathan Roberts. Elles ont provoqué de vives réactions politiques, en Irlande et au-delà, alors que la crainte d'un retour des troubles est latente depuis le référendum sur le Brexit.

"[Les violences] ont atteint un niveau que nous n'avions plus vu depuis plusieurs années."
Jonathan Roberts
Chef adjoint de la police d'Irlande du Nord

De part et d’autre de barrières de métal séparant le secteur catholique d'un quartier protestant de Belfast - la "ligne de paix" -, des centaines de personnes ont lancé des cocktails Molotov, avant de s’en prendre à la police dépêchée sur les lieux à coup de pierres. Un bus à impériale a été incendié et huit officiers de police ont été blessés.

La classe politique nord-irlandaise a lancé un appel uni au calme. À l'issue d'une réunion extraordinaire de l'exécutif, qui réunit unionistes et républicains, les ministres ont affiché leur "unité dans [leur] soutien à la loi et l'ordre" et qualifié les violences de "complètement inacceptables et injustifiables, quelles que soient les inquiétudes qui pourraient exister au sein des communautés".

Des appels au calme ont également été lancés depuis Londres et Dublin, ainsi que par la Commission européenne qui a condamné les violences "dans les termes les plus forts possibles". Michel Barnier, qui a négocié le protocole irlandais mais n'a plus de fonction politique européenne, a également fait une sortie du même registre. En début de soirée, c'est la Maison Blanche qui a exprimé à son tour son inquiétude, appelant au calme.

Malaise

Ce regain de violence entre éléments de communautés est apparu dans des quartiers protestants après une décision de justice à portée très politique. La semaine dernière, les autorités judiciaires ont décidé de ne pas poursuivre les participants aux funérailles de Bobby Storey, ancien cadre de l’armée républicaine irlandaise (IRA). Malgré les restrictions sanitaires, les obsèques avaient réuni en juin dernier quelque 2.000 personnes, dont des hauts responsables du parti républicain Sinn Féin comme la vice-Première ministre Michelle O'Neill et le leader historique Gerry Adams. Critiquant la manière dont la manifestation avait été gérée par les forces de l'ordre, la Première ministre nord-irlandaise Arlene Foster (parti unioniste démocrate, DUP) avait réclamé la démission du chef de la police.

La police d'Irlande du Nord juge "probable" que des organisations paramilitaires aient contribué à encourager les émeutes.

Cet épisode intervient dans un climat électrique, alors que le Brexit a laissé une partie de la communauté unioniste passablement frustrée du sort réservé à l’Irlande du Nord: pour éviter le retour d’une frontière physique entre la République et l’Ulster, les contrôles douaniers se font dans les ports et aéroports, créant de facto une frontière en mer d’Irlande, et partant, pour la province, un statut à part du reste du Royaume-Uni.

Troisième facteur évoqué: la police d'Irlande du Nord juge "probable" que des organisations paramilitaires aient contribué à encourager les émeutes. Celles-ci ont été visées par une série de raids policiers et d'arrestations ces derniers jours.

Ces violences n'ont pas fait de victime, mais le pays garde en mémoire la mort en 2019 de la journaliste Lyra McKee, tuée par balle par un membre de l'organisation paramilitaire New IRA alors qu'elle couvrait une émeute à Londonderry (Derry). C'était la première fois que le spectre d'un retour des "troubles" se matérialisait. Entre 1968 et 1998, le conflit nord-irlandais a tué près de 2.000 civils.

Le résumé

  • Belfast a connu les plus graves violences communautaires depuis des années.
  • La classe politique nord-irlandaise affiche un front uni pour les condamner.
  • Les frustrations liées au Brexit au sein de la communauté unioniste sont un des facteurs avancés pour expliquer ces tensions.

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