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La folle inflation du ballon rond

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Le foot ne tourne plus rond. Cet été, les clubs des cinq grands championnats européens ont à nouveau dépensé sans compter sur le marché des transferts. A lui seul, le PSG a claqué 10% du total.

Un mercato de tous les records. L’expression a beau être galvaudée, elle n’a jamais été aussi appropriée qu’à l’issue de cette période de transferts estivale qui s’est terminée jeudi à minuit (sauf en Espagne où le marché était encore ouvert vendredi). Selon les données de Transfermarkt.com, le montant des transactions dans les clubs des 5 grands championnats européens a ainsi grimpé de plus de 26% par rapport au précédent été.

Vous avez dit bulle? "Je ne le crois pas, répond l’économiste du sport Bastien Drut, "cette inflation des montants de transferts et des salaires ne fait que suivre la hausse des revenus des grands clubs." Une hausse qui vient essentiellement des droits télévisés – les clubs de la Premier League anglaise se partagent désormais 2,3 milliards d’euros par saison! – engendrant une sorte de cercle "vertueux" car plus de visibilité télévisée attire plus de sponsors. "Prenez un club comme Manchester United, poursuit Bastien Drut, s’il a multiplié les contrats de sponsoring, c’est parce que la Premier League est diffusée partout dans le monde."

Kylian Mbappé ©Photo News

Toujours plus riches, les clubs anglais ont dépensé sans compter. Selon Deloitte, ils ont claqué plus de 1,5 milliard d’euros. Avec le Diable Rouge Romelu Lukaku en tête de gondole, passé d’Everton à Manchester United pour 85 millions d’euros, détrônant ainsi Kevin De Bruyne au palmarès des Diables les plus bankables. Cette folie dépensière de la Permier League a plongé sa balance des transferts dans le rouge avec un solde négatif de près de 725 millions d’euros.

Notez que les Anglais ne sont pas les seuls dans le cas. Les clubs de quatre des cinq grands championnats ont dépensé plus qu’ils n’ont gagné sur le marché des transferts, seule l’Espagne s’étant montrée "raisonnable". Même la très sage Allemagne affiche un solde négatif, le pompon revenant à la France, ou plutôt au Paris Saint-Germain.

Le club qatari – pardon, français….– a injecté 400 millions d’euros pour acquérir le duo Neymar-Mbappé. Après avoir flirté avec la ligne rouge des principes du fair-play financier (le fonds souverain du Qatar, propriétaire-sponsor du club, a payé à Barcelone la clause libératoire de 222 millions d’euros de Neymar), il a remis le couvert avec la jeune star monégasque, "prêtée" pour un an au PSG en attendant que celui-ci ne signe mi-2018 le chèque de 180 millions d’euros promis à Monaco afin de rester, cette saison, dans les clous du fair-play financier.

"Si le PSG ne gagne pas enfin la prochaine Ligue des Champions, il essaiera d’acheter Messi ou Ronaldo pour y parvenir."
bastien drut
économiste du sport

"Ce n’est sans doute pas fini", pronostique Bastien Drut, "si le PSG ne gagne pas enfin la prochaine Ligue des Champions, il essaiera d’acheter Lionel Messi ou Cristiano Ronaldo pour y parvenir. Je prends les paris. Car gagner la Ligue des Champions doit servir de carte de visite pour le Qatar qui va organiser la Coupe du Monde dans moins de cinq ans. C’est stratégique pour lui. Mais il n’y a plus de temps à perdre." La boulimie des Parisiens apparaît ainsi sans limite flirtant allègrement avec les limites de l’éthique sportive.

©mediafin

Examiner les comptes

Dans ce contexte, le fair-play financier, dont le but est d’éviter que les clubs ne dépensent plus que ce qu’ils gagnent, semble avoir bon dos. Déjà sanctionné en 2014, le PSG joue a priori très gros, risquant même d’être privé de participation en Coupe d’Europe.

"Nous allons examiner dans les prochaines semaines les comptes d’une dizaine de clubs dont ceux du PSG."
Yves Leterme

"Nous allons examiner dans les prochaines semaines les comptes d’une dizaine de clubs dont ceux du PSG", a indiqué au Tijd, l’ancien Premier ministre belge Yves Leterme, aujourd’hui contrôleur financier des clubs de l’UEFA (poste naguère occupé par Jean-Luc Dehaene).

S’il y a des dérapages, il y aura des sanctions qui peuvent aller jusqu’à l’exclusion de jouer en coupe d’Europe, voire un renforcement des règles du fair-play financier." A l’heure actuelle, les clubs peuvent se permettre un déficit de maximum 30 millions étalés sur trois ans. "Imagine-t-on le PSG exclu de la Ligue des Champions?", se demande ironiquement Bastien Drut. "L’UEFA n’a aucun intérêt à se priver de pareille vitrine. En réalité, le fair-play financier vise plutôt à préserver les petits clubs pour qu’ils restent à l’équilibre."

76 millions
Les 16 clubs de première division belge ont dépensé 76 millions d’euros cet été, soit trois fois moins que la "valeur" du seul Neymar.

Les petits clubs, parlons-en. Le fossé entre les grands championnats et les plus petits comme notre brave Jupiler Pro League n’en finit plus de croître. Les 16 clubs de première division belge ont dépensé 76 millions d’euros cet été, soit trois fois moins que la "valeur" du seul Neymar.

Et ils ont une fois de plus vu filer plusieurs de leurs plus belles perles, ce qui leur permet d’afficher une balance de transferts positive de 56 millions d’euros. On peut se demander, vu cette inflation galopante, si Anderlecht ne s’est pas fait rouler dans la farine en vendant à Monaco sa pépite, Youri Tielemans, pour "seulement" 25 millions d’euros…

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