La France à nouveau frappée en plein cœur par le terrorisme islamiste

Éric Dupond-Moretti, ministre de la Justice, Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, le président Emmanuel Macron, et Christian Estrosi, maire de Nice, à la basilique Notre-Dame de Nice. ©Photo News

Depuis la nouvelle publication des caricatures de Mahomet, début septembre, la France a subi trois attentats liés au radicalisme islamiste dans un contexte de tension internationale attisée par la Turquie.

Des heures toujours plus sombres. A peine remise du choc de l'assassinat du professeur Samuel Paty, décapité en pleine rue le 16 octobre, la France a de nouveau été meurtrie ce jeudi 29 octobre par le terrorisme. Cette fois, c'est la communauté chrétienne qui a été prise pour cible avant les fêtes de la Toussaint. Trois personnes ont été sauvagement assassinées au couteau dans le quartier de la basilique Notre-Dame, en plein cœur de Nice, une ville déjà traumatisée par le sanglant 14 juillet 2016. Deux fidèles ont été tués dans l'église : une femme de 70 ans que l'on a retrouvée égorgée et un sacristain, père de deux enfants. Une autre femme, qui avait trouvé refuge dans un bar en face du lieu de culte, est morte lacérée de coups. Grièvement blessé, l'assaillant a été opéré en urgence à l'hôpital après avoir répété en boucle "Allah Akbar" pendant le trajet, d'après le maire de Nice. A priori, l'homme de 21 ans serait un Tunisien arrivé début octobre en France via l'île italienne de Lampedusa. Mais son identité demande à être vérifiée.

"C'est la France qui est attaquée."
Emmanuel Macron
Président français

"C'est la France qui est attaquée", a déclaré avec émotion mais fermeté Emmanuel Macron qui s'est rendu sur place. A cette occasion, il a annoncé que les effectifs déployés dans le cadre de l'opération Sentinelle passeraient de 3.000 à 7.000 militaires. Objectif : protéger les lieux de culte et les écoles qui accueilleront dès lundi enfants et enseignants de retour de vacances. "Les chrétiens, pour les terroristes qui nous attaquent, sont une représentation de l'Occident. On ne tue pas au nom de Dieu, quelle que soit la foi que nous avons", a affirmé le porte-parole adjoint de la Conférence des évêques.

Vigipirate sur tout le territoire

A l'origine de cette flambée de violence, un contexte très particulier. Alors que s'est ouvert le 2 septembre le procès des attentats de 2015, et que Charlie Hebdo a publié une seconde fois les caricatures du prophète Mahomet dans la foulée, la menace terroriste, toujours présente depuis 2013 et 2015, est montée d'un cran. En témoignent l'attaque au hachoir qui a frappé deux personnes, fin septembre, devant les anciens locaux du journal satirique, par un jeune Pakistanais, puis la décapitation en octobre d'un professeur par un réfugié tchétchène.

Des actes funestes au travers desquels transparaît un nouveau visage du terrorisme, comme on le voit lorsqu'on examine le profil des auteurs des deux premiers attentats, des fanatiques de tous horizons dont le parcours va bien au-delà de la seule sphère djihadiste. A l'opposé des attaques massives et organisées, comme celle qui avait ensanglanté la salle de concert du Bataclan en novembre 2015, on assiste à des actions diffuses, plus difficiles à combattre. Une forme d'"Uber terrorisme" comme le qualifient parfois les policiers en référence à des actes qui peuvent intervenir en tout lieu et être réalisés avec les moyens les plus frustes. Il n'en reste pas moins qu'Al-Qaïda a publié plusieurs communiqués appelant à frapper la France depuis l'ouverture du procès.

Attaque à Djeddah

Plus inquiétant encore, la France n'est pas attaquée que sur son propre sol. Elle l'est aussi depuis plusieurs jours verbalement par plusieurs pays arabes qui, menés par Recep Erdogan, le président turc, se sont dits choqués par les propos d'Emmanuel Macron en faveur des caricatures de Mahomet. A l'occasion de l'hommage au professeur Samuel Paty, le président français avait déclaré : "Nous ne renoncerons pas aux caricatures, aux dessins." Cette phrase lui a valu d'être insulté par le chef de l'Etat turc, ce dernier ayant mis en cause sa santé mentale avant d'encourager les musulmans à boycotter les produits français. Plusieurs pays comme le Koweït ou le Qatar ont mis cette menace à exécution en faisant disparaître des rayons de leurs supermarchés les marques hexagonales. Des effigies du président Macron ont également été brûlées. 

Une forme d'"Uber terrorisme" comme le qualifient parfois les policiers en référence à des actes qui peuvent intervenir en tout lieu et être réalisés avec les moyens les plus frustes.

Au-delà des mots, cette poussée de fièvre pourrait bien s'être aussi muée en une première agression sur le sol saoudien cette fois, où ce jeudi, dans la foulée de l'attentat de Nice, un Saoudien a blessé au couteau un vigile du consulat français de Djeddah. La victime a été transférée à l'hôpital et ses jours ne seraient pas en danger, et des éclaircissements sont attendus sur les mobiles de cette attaque. Face à cette spirale, le risque de nouveaux meurtres de ce type reste plus qu'élevé. Abasourdie, la classe politique a réagi entre appels à l'unité et à l'action. Au travers notamment d'une guerre administrative et juridique musclée. "Il est temps que la France s'exonère des règles de la paix pour éradiquer l'islamo-fascisme de notre territoire", a réagi Christian Estrosi, le maire de Nice.

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