La France et l'Allemagne lancent Gaia-X, un projet de "cloud" européen

Les ministres français et allemand de l'Économie, Bruno Le Maire (à droite) et Peter Altmaier ont lancé ce jeudi Gaia-X, le projet de "cloud" européen. ©REUTERS

La France et l'Allemagne ont lancé ce jeudi Gaia-X, un écosystème de "cloud" européen alternatif aux géants américains et chinois. Gaia-X sera basé à Bruxelles. 22 grandes entreprises européennes en font déjà partie.

L'Europe, consciente de sa dépendance numérique à l'égard des géants du net américains et chinois, ambitionne de créer son propre service de "cloud computing" (informatique dématérialisée) depuis près de dix ans. Jusqu'ici, la volonté politique des gouvernements européens semblait faire défaut, malgré les projets de la Commission européenne amorcés depuis 2012. Ce n'est plus le cas. 

Les ministres français et allemands de l'Économie, Bruno Le Maire et Peter Altmaier, ont lancé ce jeudi lors d'une visioconférence le projet Gaia-X, un écosystème de "cloud" européen offrant aux entreprises une alternative aux opérateurs dominants.

"L'objectif est de créer un écosystème numérique en Europe qui promeut les innovations."
Peter Altmaier
Ministre allemand de l'Économie

Cette initiative franco-allemande est destinée à attirer d'autres États européens. Elle part de l'idée d'un "Airbus de l'intelligence artificielle", lancée en octobre dernier par Peter Altmaier, que la France a désormais rejoint.

"L'objectif est de créer un écosystème numérique en Europe qui promeut les innovations", a déclaré Peter Altmaier lors d'une conférence de presse. "Nous invitons tous les partenaires européens et internationaux qui partagent nos principes fondamentaux d'ouverture et de transparence, de confiance, de souveraineté et d'autodétermination, à coopérer avec nous."

La Commission européenne appuie ce projet, en particulier Thierry Breton, le commissaire en charge du Marché intérieur.

Une structure de droit belge

La première étape consistera à créer une structure de droit belge sans but lucratif, basée à Bruxelles et agissant comme une place de marché. Gaia-X devrait proposer à partir du premier semestre 2021 une série d'offres de services pour stocker et échanger des données selon les normes européennes.

22
grandes entreprises européennes
Gaia-X rassemblera au départ 22 grandes entreprises européennes, 11 françaises (Atos, OVH, Dassault System...) et autant d'allemandes (Deutsche Telekom, SAP, Siemens...).

Cette plateforme rassemblera au départ 22 grandes entreprises européennes, 11 françaises (Atos, OVH, Dassault System...) et autant d'allemandes (Deutsche Telekom, SAP, Siemens...) détenant la technologie suffisante pour créer une infrastructure indépendante. Ces membres fondateurs s'acquitteront d'un droit d'entrée de 75.000 euros. Les acteurs non européens pourront aussi faire partie du projet. 

Parmi les grands principes gouvernant Gaia-X figurera la "réversibilité", la possibilité pour une entreprise de quitter facilement un "cloud" pour un autre.

Souveraineté numérique

Les trois géants américains Amazon, Microsoft, Google et le chinois Alibaba détiennent le monopole mondial du "cloud". Difficile de se passer d'eux pour stocker des données informatiques parfois très sensibles. Une fois le contrat conclu avec l'un d'eux, le manque d'alternative empêche le plus souvent de s'en libérer. Cette situation place les entreprises européennes dans une dépendance technologique envers des opérateurs étrangers.

La question est de plus en plus importante dans un climat géopolitique tendu. Les États-Unis, sous l'administration Trump, ont pris leurs distances avec l'Europe et mènent une guerre commerciale à la Chine. De son côté, Pékin se veut de plus en plus incontournable sur la scène internationale.

À cela s'ajoute le "Cloud Act" américain (Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act) signé en 2018, qui permet à Washington de demander aux fournisseurs de stockage l'accès aux informations contenues dans leurs serveurs, même si celles-ci se trouvent à l'étranger. Or, ces entreprises américaines dominent le marché européen. Depuis son investiture, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen plaide en faveur d'une souveraineté numérique européenne.

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