La France se prépare à un samedi noir

Des lycéens arrêtés ce 7 décembre à Paris, Place de la République. ©AFP

Pour cette quatrième journée d’action des gilets jaunes, promise aux violences, des moyens très importants ont été mobilisés.

Des grands magasins fermés, des enseignes protégées par des palissades de protection, des musées fermés, un doublement des forces de sécurité, des journalistes priés de mettre des protections, le déploiement de 12 blindés de la gendarmerie, Paris se préparait ce vendredi à une nouvelle journée d’action multiforme. Car l’on ne savait pas encore vendredi qui exactement viendrait manifester aujourd’hui entre les gilets jaunes, les casseurs infiltrés, les marcheurs pour le climat ou encore les lycéens exaspérés par les méthodes de la police. Et encore moins où: les Champs- Elysées restaient vendredi dans le collimateur avec d’autres quartiers comme la Bastille, mais le périphérique pourrait aussi constituer une cible de choix. Toute excursion dans la capitale est fortement déconseillée ce week-end dans une ville qui ne compte plus ses nuitées hôtelières annulées.

Cette équation de fin de semaine à plusieurs inconnues valait également pour l’ensemble du territoire avec des dizaines de milliers de policiers et gendarmes mobilisés. Sans compter qu’en raison de 6 matchs de Ligue 1 reportés, les éléments violents parmi des supporters ainsi désœuvrés pourraient aussi trouver dans cette journée d’action matière à défoulement. Une atmosphère veille de crise était perceptible chez le Premier ministre qui réunissait ses ministres vendredi après-midi. Une épreuve particulière pour Christophe Castaner qui, en tant que ministre de l’Intérieur, sera en première ligne.

Conséquences politiques

La disparité des gilets jaunes traduit un mouvement spontané souffrant d’un manque d’organisation et de coordination.

Message qui a d’ailleurs été reçu cinq sur cinq par certains gilets jaunes qui ont vu cette journée de samedi comme un piège à éviter, soupçonnant le ministre de l’Intérieur de vouloir confondre petit à petit et dans un même sac, violence et contestation.

Dans les rangs des gilets jaunes du reste, tout le monde n’a pas les mêmes revendications, certains se cantonnent à la question du pouvoir d’achat et d’autres réclamant pêle-mêle le départ d’Emmanuel Macron, un référendum ou la dissolution de l’Assemblée nationale. Cette disparité traduit la caractéristique d’un mouvement spontané souffrant d’un manque d’organisation et de coordination.

Du déroulement de cette journée à hauts risques découlera forcément un réglage du curseur politique et en premier lieu pour Emmanuel Macron. Le Président de la république devrait prendre la parole la semaine prochaine. Édouard Philippe sera lui aussi concerné alors que l’on a prêté des dissensions entre les deux hommes tout au long de la semaine qui vient de s’écouler. Si la journée d’aujourd’hui n’est pas aussi catastrophique que prévue, il y aura au moins une pause des réformes au cours du premier semestre 2019. Ne serait-ce que pour limiter les dégâts aux élections européennes du printemps qui s’annoncent déjà en berne pour le parti présidentiel. Avec l’avantage sémantique que l’inflexion n’est pas exactement un changement de cap. Dans le cas d’un samedi noir en revanche, avec trop de dégâts et trop de blessés de part et d’autre, une réponse bien plus forte sera attendue, voire réclamée.

Arrestation humiliante de lycéens, la France sous le choc

Voilà des images qui ne vont pas faire baisser la tension à la veille d’un samedi de tous les dangers. La vidéo de lycéens à genoux et mains sur la tête ou entravées derrière le dos, encadrés par des policiers en tenue et matraque à la main, ont très vite pris d’assaut les réseaux sociaux et les médias.

Cette scène s’est déroulée le jeudi 6 décembre. Les arrestations ont eu lieu après des incidents à proximité du lycée Saint-Exupéry de Mantes la Jolie (Yvelines) où deux voitures ont été incendiées le jour même et après que des heurts se sont produits avec la police. 150 jeunes, dont de nombreux lycéens, ont alors été interpellés. Le plus jeune avait 12 ans. Selon le commissaire de la ville, ils ont été ainsi regroupés pour "participation à un attroupement armé". Il s’agissait en les maîtrisant de la sorte d’interrompre "un processus incontrôlé". Mais la posture unanimement jugée humiliante a choqué, d’autant que sur la vidéo on entend ce commentaire teinté d’ironie: "Voilà une classe qui se tient sage…". Ils ont ensuite été répartis vers les différents commissariats de la région. Le ministère de l’Intérieur a officiellement réagi à ces images en rapportant, selon le journal Libération, que "37 des présents, la plupart encagoulés, étaient trouvés porteurs de bâtons, battes de base-ball et conteneurs de gaz lacrymogène." Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a reconnu que les images diffusées étaient "dures" mais qu’il y avait un "contexte" pouvant le justifier. Le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, a également réagi en évoquant lui aussi une logique de "contexte" mais en concédant que les images pouvaient être "choquantes".

Les réactions d’indignation se sont d’ailleurs multipliées. Les images diffusées ne peuvent qu’accroître la crainte des autorités à l’égard des manifestations de samedi puisque les lycéens ont depuis peu emboîté le pas aux gilets jaunes. Différentes enquêtes seront lancées, dont une visant à connaître l’auteur du film. Selon le préfet du département, "la réaction des policiers a été proportionnée". Il a aussi estimé "lamentable" le fait d’avoir enregistré la scène.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content