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reportage

La Grèce brûle toujours

©Bloomberg

Dans la chaleur et d'épaisses fumées étouffantes, les pompiers livraient lundi pour le septième jour consécutif une bataille acharnée contre le brasier de l'île d'Eubée, à 200 km à l'est d'Athènes, le plus destructeur des incendies qui touchent encore la Grèce et la Turquie.

Au Nord de l’île d’Eubée, à 3 heures de route d’Athènes, comme en Arcadie, dans le Péloponnèse, la lutte contre les incendies est titanesque. Impossible de voir le bout du tunnel tant les flammes sont importantes, les vents violents et les départs ou reprises de feu imprévisibles. Des dizaines de villages ont été évacués, des milliers de personnes transférées dans des hôtels ou des villages voisins. Si la plupart des feux en cours depuis près de deux semaines étaient stabilisés ou en rémission lundi, le nord d'Eubée, la deuxième plus grande île de Grèce, présentait toujours un panorama apocalyptique.

"C’est la maison familiale, nous y avons mis toutes nos économies..."
Giannis
Un habitant d'Artémisio, à Eubée.

L’eau et l’électricité ont été coupées, et dans un énorme nuage de fumée, certains tentent de sauver leur maison, comme Giannis, du village d’Artémisio à Eubée. "C’est la maison familiale, nous y avons mis toutes nos économies, pourquoi ne pas la sauver? J’ai trouvé le moyen de l’arroser, pour que les flammes ne l’engloutissent pas. Je n’ai nulle part où aller avec ma famille, nous n’avons pas d’autre choix" lance-t-il.

Deux heures plus tard, il sera contraint d’évacuer son village et donc sa maison, pour embarquer vers le continent dans des ferry affrétés spécialement pour les sinistrés. Depuis, il suit l’évolution depuis une chambre d’hôtel sur la rive opposée. Désespéré, il refuse de croire au changement climatique. "Nous savons que le gouvernement veut installer des éoliennes dans ces montagnes. C’est peut-être un hasard, mais ça tombe drôlement bien de ravager la forêt quand on a de tels projets. D’autant que nos montages brûlent depuis une semaine et nous n’avons vu que très rarement des avions ou des hélicoptères. Pourquoi? À qui profite ce crime?" dit-il.  Sa détresse est palpable, alors que nombre de voix s’élèvent sur l’île pointant du doigt l’inertie des autorités. 

Gouvernement sur la défensive

Le gouvernement réfute ces accusations et affirme que les moyens aériens ont été empêchés par les vents violents, soufflant dans toutes les directions, par les fumées et par une visibilité limitée. Il pointe aussi l'austérité imposée au pays. La Grèce, sort, en effet, de dix ans de crise économique et budgétaire avec des coupes sévères dans son budget. La modernisation des moyens et l’embauche de pompiers n’étaient pas une priorité ces dernières années. "Le résultat est dramatique" renchérit Giannis. La Grèce a fait appel au mécanisme européen de protection civile pour recevoir de l’aide. La France, Chypre, la Suède, l’Espagne, puis l’Allemagne ont répondu en envoyant des soldats du feu comme des véhicules et avions bombardiers à eau ou Canadairs. D’autres pays ont aussi apporté leur aide comme le Qatar, les Émirats, le Koweït, l’Ukraine, la Suisse, la Serbie ou la Moldavie. Plusieurs États (France, Allemagne, Pologne, Autriche et Slovaquie) ont indiqué au cours du week-end se préparer à envoyer des équipes supplémentaires de pompiers en Grèce.

À Athènes même, l’incendie qui a sévi sur le nord de la capitale a été maîtrisé, mais l’odeur continue de peser et 10.000 foyers sont toujours privés d’électricité.

Kyriakos Mitsotakis a donc fait des remerciements un rituel, tous les soirs. Mais pour le Premier ministre conservateur, cela ne suffit pas. Dimanche, lors d’un entretien avec son homologue russe, Mikhaïl Michoustine, il a demandé à Moscou de lui louer un deuxième avion de type Beriev 200, prisé pour sa capacité à transporter beaucoup d’eau de manière à maîtriser les feux. Car le cauchemar est sans fin. Les flammes ravagent entièrement nombre de villages, laissant derrière elles des paysages apocalyptiques, une pluie de cendres et une odeur toxique irrespirable. À Athènes même, l’incendie qui a sévi sur le nord de la capitale a été maîtrisé, mais l’odeur continue de peser et 10.000 foyers sont toujours privés d’électricité.

Aides financières aux sinistrés 

Le ministre grec des Finances Christos Staikouras a annoncé sur la chaîne publique ERT TV que des aides d'un maximum de 6.000 euros par foyer seraient allouées aux habitants dont les maisons ont subi des dégâts, ainsi qu'une somme de 4.500 euros pour les blessés. Le ministre des Finances Christos Staikouras a ajouté lundi que le budget de la protection civile serait boosté de 1,76 milliard d'euros et que 224 millions d'euros seraient alloués à la reforestation.

Dans la capitale aussi, des voix s’élèvent, dont celle de Giorgos Patoulis, préfet de l’Attique, sur l’origine de ces feux. Ce dernier n’exclut pas "une main humaine dans cette catastrophe". Les forces de l’ordre ont déjà procédé à l’arrestation de huit personnes à travers le pays et la Cour Suprême a diligenté une enquête pour une éventuelle origine criminelle de ces feux. Cette annonce a monopolisé les médias hellènes, qui ont interrompu leurs programmes depuis une semaine pour des éditions spéciales, mais certains experts estiment qu’il ne faut pas s’en arrêter au "crime". 

"Oui, le changement climatique rend les choses plus difficiles: canicules, sécheresse, etc. Mais il n’est pas responsable des départs de feux. L’origine peut être inconsciente: une cigarette, un barbecue, les colonnes de l’électricité de Grèce dont les étincelles sont fréquentes. On utilise beaucoup le feu au quotidien, pour tout et on pense en avoir le contrôle. Mais ce n’est pas le cas. Il n’y a pas de réelle prise de conscience sociale ni assez de prévention" déplore Konstantinos Liarikos de WWF Hellas.

Le résumé

  • Réchauffement climatique, origines criminelles: d’énormes incendies ravagent la Grèce depuis plus de sept jours.
  • Au Nord de l’île d’Eubée, à 3 heures de route d’Athènes, la situation reste apocalyptique.
  • Les habitants mettent en cause la faiblesse des moyens déployés pour lutter contre les flammes. Le gouvernement réfute les accusations.

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