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La guerre de la pêche fait rage entre la France et le Royaume-Uni

Un pêcheur britannique de retour de la Manche. ©Bloomberg

Paris et Londres sont entrés dans un cycle de menaces de représailles, alors que les négociations sur l'octroi des licences de pêche sont dans l'impasse. Les pêcheurs français s'estiment lésés depuis le Brexit.

"Les Français et les Anglais sont de si bons ennemis qu'ils ne peuvent s'empêcher d'être des amis", a dit Peter Ustinov. Depuis le Brexit, les deux puissances voisines se lancent dans des confrontations musclées suivies de réconciliations. En témoignent les menaces de représailles qui déferlent ces jours-ci entre Paris et Londres sur la question des licences de pêche. Cette fois, la bataille atteint des sommets, sans que l'on sache quand elle retombera.

98%
des Licences
Selon Paris, les Européens ont demandé 2.127 licences et les Britanniques en ont donné 1.913, soit 90%. Par contre, Londres affirme que 98% des licences ont été octroyées.

La France a arraisonné jeudi deux navires de pêche anglais et dérouté l'un d'eux vers le port du Havre au motif qu'ils pêchaient sans licence dans ses eaux territoriales. Cette opération est intervenue après que le Royaume-Uni ait menacé la France de représailles si elle appliquait mardi prochain des mesures de contrôles supplémentaires sur les navires et les camions britanniques.

En cause, les droits des pêcheurs européens au large des côtes britanniques et des îles anglo-normandes. En vertu des accords du Brexit, les pêcheurs européens ont perdu 25% de leurs quotas de pêche dans ces eaux très poissonneuses. Beaucoup tentent de conserver, au moins, leurs acquis. Mais plus de 200 navires français et quelques belges n'auraient pas reçu de licence.

Contrôles renforcés

"Ce n'est pas la guerre, c'est un combat. Les pêcheurs français ont des droits."
Annick Girardin
Ministre française de la Mer

La France a prévenu mercredi qu'elle appliquerait à partir du 2 novembre des mesures de rétorsion contre Londres si le nombre de licences de pêche octroyées aux chalutiers français restait insuffisant. Les navires britanniques seront interdits de débarquer leurs marchandises dans certains ports. Les contrôles douaniers sur les navires britanniques seront renforcés, ainsi que ceux portant sur les camions entrant et sortant du Royaume-Uni à Calais.

Pour corser le tout, l'Elysée annonce un deuxième train de mesures pouvant affecter les exportations d'électricité vers l'île.

Ces mesures affaibliraient le Royaume-Uni juste avant Noël, alors que le pays est confronté à une pénurie de main-d'œuvre et des difficultés d'approvisionnement qui ralentissent sa reprise post-covid.

De représailles en représailles

Mercredi, Londres menaçait de représailles. "Les mesures annoncées ne semblent pas compatibles avec l'Accord de commerce et de coopération et le droit international au sens large, et, si elles sont appliquées, elles feront l'objet d'une réponse appropriée et calibrée", lançait un porte-parole.

Jeudi, la ministre française de la Mer Annick Girardin donnait la réplique sur RTL: "Ce n'est pas la guerre, c'est un combat. Les pêcheurs français ont des droits."

"Il est important de rester calme et d'aller vers une désescalade."
George Eustice
Ministre britannique de l'Environnement

Après l'arraisonnement de leurs navires, les Britanniques appelaient à la désescalade. "Il est important de rester calme et d'aller vers une désescalade", a dit le ministre de l'Environnement George Eustice. Tout en prenant la défense de ses pêcheurs. "Ils figuraient sur la liste fournie par le MMO (Marine Management Organisation) à l'Union européenne. L'UE a donc accordé une licence", mais "pour une raison quelconque, ils ont par la suite été retirés de la liste".

Guerre des chiffres

"Tous ceux qui n'ont pas de licence, ce sont des Français, à part un ou deux Belges."
Annick Girardin
Ministre française de la Mer

L'accord sur le Brexit prévoit que les navires de l'UE pourront continuer à pêcher dans les eaux britanniques s'il est prouvé qu'ils le faisaient avant. Le principe n'est pas contesté. Par contre, Londres et Paris sont en désaccord sur les modalités et les négociations n'avancent plus.

Le Royaume-Uni affirme qu'il a octroyé 98% des licences demandées. La France rétorque que les Européens en ont demandé 2.127 et qu'ils en ont reçu 1.913 (90%). "Tous ceux qui n'ont pas de licence, ce sont des Français, à part un ou deux Belges", a dit Annick Girardin.

Le résumé

  • La France et le Royaume-Uni se livrent à un cycle de menaces de représailles autour des licences de pêche en eaux britanniques. Paris affirme que plus de 200 pêcheurs n'ont pas reçu les licences demandées. Londres prétend que 98% de ces licences ont été octroyées.
  • Si la France n'obtient pas satisfaction, elle imposera des contrôles douaniers supplémentaires aux navires britanniques et aux camions entrant et sortant de l'île à Calais.
  • Londres menace de représailles, tandis que la France a arraisonné jeudi deux navires de pêche britanniques.

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