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La Hongrie et la Pologne prennent l'Europe en otage

Journaliste

Les humeurs de la Hongrie et de la Pologne passent mal, très mal, dans les milieux européens. Leur veto bloque l'entièreté du budget de l'Union et son plan de relance.

Après cinq jours de négociations marathon, les dirigeants des 27 États de l'Union européenne (UE) étaient parvenus, en juillet dernier, à s'accorder sur le futur budget européen et le plan de relance post-Covid. Une manne de 1.824 milliards d'euros, vitale pour le fonctionnement des programmes européens et la relance d'une économie sonnée par la crise sanitaire. Le président du Conseil européen, Charles Michel, était sorti renforcé de ce sommet d'été. Cinq mois plus tard, c'est la panne.

L'accord entre les Vingt-Sept comporte un important volet conditionnant le versement des aides au respect de l'État de droit. La Hongrie et la Pologne ont imposé lundi leur veto à l'ensemble de l'accord. Les deux pays avaient annoncé la couleur. Ils refusent que les aides soient conditionnées à l'État de droit. Et pour cause, Budapest et Varsovie sont dans le collimateur de l'UE depuis plusieurs années pour des violations manifestes des valeurs européennes, comme l'indépendance de la justice et la liberté de la presse.

Ce veto montre une faille dans l'accord de juillet, celle de n'avoir pu aboutir à une définition claire de l'État de droit. En même temps, les Vingt-Sept avaient clairement dit oui au principe. Ce revirement brise l'unité européenne.

Ce chantage bloque l'Europe à un moment clé de sa survie, autour des notions fondamentales, sur lesquelles on ne peut transiger.

Les humeurs de la Hongrie et de la Pologne passent mal, très mal, dans les milieux européens. Leur veto bloque l'entièreté du budget de l'Union et son plan de relance, alors que l'Europe peine à sortir de la pandémie. On a du mal à comprendre pourquoi ces deux pays ont peur du mécanisme de l'État de droit; s'ils respectent les valeurs européennes, ils devraient au contraire le soutenir.

La Pologne et la Hongrie prennent en otage un budget essentiel à l'avenir de plus de 400 millions de citoyens. Ce chantage bloque l'Europe à un moment clé de sa survie, autour des notions fondamentales, sur lesquelles on ne peut transiger. La Pologne et la Hongrie seraient-elles prises soudain d'une nostalgie pour la dictature soviétique qui muselait justice et médias?

Le paradoxe, c'est que la Hongrie et la Pologne sont les premiers États membres à bénéficier des aides de l'UE, grâce auxquelles ils ont pu développer des économies compétitives. Peut-être devraient-ils se souvenir que l'on ne peut avoir l'Europe, l'argent de l'Europe... et renier ses valeurs.

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