La justice espagnole relance la fièvre indépendantiste en Catalogne

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Neuf indépendantistes catalans ont été condamnés ce lundi par la Cour suprême d'Espagne à des peines allant de 9 à 13 ans de prison. L'Espagne lance dans le même temps un nouveau mandat d'arrêt international et européen contre Carles Puigdemont.

Le verdict est finalement tombé. Il était attendu avec une énorme inquiétude à Madrid et à Barcelone. Ce lundi, la Cour Suprême espagnole a condamné pour "sédition" neuf dirigeants séparatistes catalans à des peines de prison allant de neuf à treize ans pour leur implication dans le référendum d'autodétermination d'octobre 2017 et la tentative de sécession qui avait suivi.

Dans le même élan, la justice espagnole a également a émis un nouveau mandat d'arrêt européen et international contre l'ancien président catalan Carles Puigdemont, réfugié en Belgique pour échapper aux poursuites judiciaires. Après un procès qualifié d'"historique" et qui a duré un peu plus de quatre mois, la haute cour n'a finalement pas retenu le chef de "rébellion", le plus controversé car, considéré comme un crime contre la Constitution, il était passible de peines plus lourdes (jusqu'à 25 ans de prison).

13
ans
L'ancien vice-président du gouvernement régional catalan Oriol Junqueras, tête de file de la Gauche Républicaine (ERC), élu au Parlement européen en mai dernier, est condamné à 13 ans de prison et d’inégibilité.

Outre l’accusation de sédition, quatre des condamnés le sont aussi pour "détournement de fonds publics". Trois autres responsables – sur les douze qui étaient jugés – ont été condamnés pour "désobéissance civile" sans qu’aucune peine de prison ne soit prononcée à leur encontre. 

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L'ancien vice-président du gouvernement régional catalan Oriol Junqueras, tête de file de la Gauche Républicaine (ERC), élu au Parlement européen en mai dernier, écope de la plus grosse peine. Il est condamné à 13 ans de prison et d’inégibilité. En détention provisoire depuis novembre 2017 comme huit autres accusés, Junqueras a déclaré, dans une conversation téléphonique à ses collaborateurs, que le verdict était "une vengeance" de Madrid, "un châtiment pour tous ceux qui vivons en Catalogne".

Cinq anciens "ministres" régionaux ont également été condamnés à des peines de plus de 10 ans: Jordi Turull, Raül Romeva, Dolors Bassa, à 12 ans de prison et d'inégibilité pour sédition et détournement de fonds publics. Josep Rull, Joaquim Forn, à 10 ans et demi de prison et d'inégibilité pour sédition. Les dirigeants des deux associations indépendantistes qui avaient organisé des manifestations monstres lors de la tentative de sécession, l’ancien président l'Assemblée nationale catalane (ANC), Jordi Sanchez, et le président d'Omnium Cultural, Jordi Cuixart, ont pour leur part été condamnés à neuf ans de prison pour "sédition".

"La société catalane saura répondre à cette ignominie (...) avec détermination et fermeté."
Quim Torra
Président catalan

Malgré la dureté du verdict, les services pénitentiaires catalans qui gèrent le centre de Lledoners, où se trouvent les séparatistes, pourront leur accorder un régime de semi-liberté, ce qui leur permettrait de sortir de la prison tous les jours une fois purgé un quart de leur peine, l’année prochaine.

Les réactions ne se sont pas fait attendre. "La société catalane saura répondre à cette ignominie (...) avec détermination et fermeté", a déclaré le président catalan Quim Torra qui a qualifié le verdict d’"injuste et anti démocratique". Carles Puigdemont, pour sa part, a dénoncé sur Twitter "une atrocité" et a appelé à "réagir (...) pour l'avenir de nos fils et de nos filles. Pour la démocratie. Pour l'Europe. Pour la Catalogne".

 "Aujourd'hui, nous sommes tous condamnés. Cette sentence est une attaque contre la démocratie et les droits de tous les citoyens", a déclaré le président du Parlement catalan, Roger Torrent.

La tension monte à Barcelone

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Les "Comités de la Défense de République" (CDR), des groupuscules sécessionnistes radicaux, et le "Tsunami démocratique", un prétendu mouvement populaire encouragé par les diverses mouvances indépendantistes, ont appelé sur Twitter à un soulèvement "contre le fascisme autoritariste de l'Etat espagnol et de ses complices".

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Dans la rue, la tension est montée petit à petit. Les sympathisants indépendantistes ont d’abord bloqué quelques accès à Barcelone ainsi que ceux des principales villes catalanes et brièvement interrompu le trafic ferroviaire. Puis, en fin de journée, ils se sont concentré dans l’aéroport du Prat où ils se sont heurtés parfois assez violemment à la police régionale, qui a répondu avec force. Des images qui ne sont pas sans rappeler celles du référendum raté, il y a deux ans.

Les avertissements de Madrid

A Madrid, le ministre des Travaux publics et secrétaire d’organisation du Parti socialiste Espagnol (PSOE) José Luis Abalos a été le premier à réagir, au nom du gouvernement, à l'annonce des condamnations. "Le verdict doit être respecté, nous devons nous féliciter, car l’État de droit fonctionne", s’est-il limité à dire.

Dans une allocution solennelle, le chef du gouvernement Pedro Sanchez a appelé à une "nouvelle étape" en Catalogne basée sur le "dialogue", tout en martelant que "personne n'est au-dessus de la loi". Il a également dénoncé la "fracture" provoquée par la tentative de sécession et parlé du "naufrage d'un projet politique" (indépendantiste). Sanchez avait déjà fait comprendre il y a quelques semaines que son gouvernement – actuellement en fonction avant les élections législatives du 10 novembre - pouvait appliquer "sans aucun problème" l’article 155 de la Constitution, celui qui en 2017 avait permis la mise sous tutelle de la région.

Cela fait des semaines que la tension monte à nouveau à Barcelone. Le 26 septembre, le président séparatiste Quim Torra avait fait adopter au parlement régional plusieurs motions symboliques défiant l'État espagnol, légitimant la désobéissance civile et appelant à une "amnistie" des dirigeants indépendantistes condamnés.

Et le 1er octobre, au deuxième anniversaire du référendum d’autodétermination illégal, les indépendantistes catalans avaient de nouveau appelé à la "désobéissance civile" comme "réponse massive" à une éventuelle condamnation de leurs dirigeants.

La N-VA "scandalisée"

Le ministre-président flamand Jan Jambon (N-VA) a estimé que la sentence contre les séparatistes catalans était "disproportionnée". "Un conflit politique se résout par le dialogue et à la table des négociations politiques", souligne-t-il sur Twitter. Le président des nationalistes flamands Bart De Wever dénonce, lui, un "scandale". Il évoque notamment la condamnation d’Oriol Junqueras. "Un homme que j’ai appris à connaître comme étant un idéaliste absolument non violent, démocratique et social", décrit-il.

La N-VA a déploré l’inaction de l’UE. "Au cœur de l’Europe, des politiciens sont condamnés à de nombreuses années de prison pour avoir défendu leur liberté. L’Union européenne observe et ne fait rien à ce sujet", dénonce ainsi le parti sur son compte Twitter, estimant qu’il s’agit d’un "jour noir pour la démocratie". Le message était accompagné du hashtag #FreeCatalanPoliticalPrisoners ("Libérez les prisonniers politiques catalans").

 

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