analyse

La Ligue italienne annonce officiellement son intention de faire tomber le gouvernement

Matteo Salvini a déclenché une grosse crise politique. ©REUTERS

L'Italie va probablement rapidement retourner aux urnes. Mais quand? Et d'ici là, va-t-on expédier les affaires courantes ou nommer un gouvernement technique? Cette nouvelle crise politique plonge le pays dans l'incertitude.

L'incertitude a un prix, qui s'appelle spread et possible abaissement de la note de l'Italie par les agences de notation.
Carlo Alberto Carnavale Maffe
professeur à l'université Bocconi de Milan

La Ligue va déposer au Sénat une motion de méfiance à l'encontre du Premier ministre Giuseppe Conte. L'objectif du parti d'extrême-droite du ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini est de mettre fin de cette manière à la coalition qu'elle forme avec le Mouvement 5 Etoiles (antisystème).

Matteo Salvini, l'homme fort du gouvernement italien et chef de la Ligue, avait déjà réclamé ce jeudi des élections anticipées, faisant éclater la coalition populiste et provoquant la colère de son allié du Mouvement 5 Etoiles (M5S) et du chef de gouvernement Giuseppe Conte.

Giuseppe Conte voudrait que le dirigeant d'extrême droite s'explique sur ses motivations. Il a rappelé que Salvini ne disposait pas du pouvoir de dicter le calendrier parlementaire ni de fixer l'agenda d'une crise gouvernementale.

Mais cela fait des mois que la Ligue d'extrême droite conduite par Salvini et le Mouvement 5 Etoiles (anti-système) de Luigi di Maio se disputent. Selon le chef de la Ligue, la coalition gouvernementale ne fonctionne plus et ne dispose plus du soutien du parlement. Bref, c'est la crise. 

→ Et maintenant, que va-t-il se passer? Elections rapides ou gouvernement technique? 

Le gouvernement Conte va devoir se présenter devant le parlement pour le vote d'une motion de censure.

→  Et ensuite?

Nouvelle majorité? Le président Sergio Mattarella pourrait tenter de former une nouvelle majorité parlementaire, pouvant inclure le M5S et la gauche. Un scénario improbable compte tenu de l'affaiblissement de ces deux camps.

Elections anticipées? Des élections anticipées pourraient être convoquées, comme l'exige Salvini, pour la mi-octobre au plus tôt compte tenu des délais constitutionnels. Créditée de 36 à 38% des intentions de vote selon les sondages, la Ligue pourrait en sortir largement victorieuse et gouverner quasiment seule, en s'alliant avec le petit parti Fratelli d'Italia (extrême droite).

1,738%
Taux des obligations itlaiennes
Le taux d'emprunt à 10 ans de l'Italie se tend. Ce vendredi matin, le rendement progressait à 1,738% contre 1,530% la veille

Un gouvernement technique? Vu que le président Sergio Mattarella insiste régulièrement sur la nécessité d'avoir un gouvernement en place à l'automne pour élaborer le budget (la première version doit être soumise à l'Union européenne avant la fin septembre), il pourrait opter pour la mise en place d'un gouvernement technique et renvoyer la perspective d'élections à février ou mars. En effet, un gouvernement en affaires courantes n'aurait pas le poids nécessaire pour négocier avec Bruxelles, ce qui pourrait nuire à l'Italie sur les marchés. Le chef du gouvernement technique devrait toutefois obtenir une majorité parlementaire suffisamment solide, comme cela s'était passé pour le gouvernement Monti en 2011.

Il faut savoir que le chef de l'Etat, Sergio Mattarella, est le seul à pouvoir dissoudre le Parlement, après consultation des présidents des deux chambres et des principaux dirigeants politiques. 

L'impact économique d'une crise italienne

Le rendement de la dette et le spread

L le rendement à 10 ans du pays progresse: il était de 1,738% ce vendredi matin contre 1,530% jeudi à la clôture du marché secondaire.Le spread, l'écart entre le taux de la dette italienne et le taux allemand de référence à dix ans, a bondi de 25 points, pour s'établir à 235 points, témoignant de l'inquiétude des milieux financiers.

La note

'agence de notation Fitch doit revoir ce vendredi soir sa notation sur l'Italie, qui est actuellement à BBB (soit deux crans au-dessus de la catégorie spéculative, "junk"), avec une perspective négative. 

En Bourse

Ce vendredi en milieu de matinée, la Bourse de Milan autour de 2% avec tout le segment bancaire en nette baisse.

La conjoncture

La troisième économie de la zone euro ne va pas bien. Après une "récession technique" au deuxième semestre 2018, l'Italie a connu une croissance nulle de son Produit intérieur brut (PIB) sur les six premiers mois de l'année en cours.
Pour 2019, la Commission européenne et le Fonds monétaire international (FMI) tablent sur une croissance italienne de seulement 0,1%, et le gouvernement de 0,2%. Mais certains experts sont encore plus pessimistes, estimant que la péninsule pourrait de nouveau tomber en récession. le taux de chômage s'élève à 9,7%, et atteint même 28,1% chez les 15-24 ans, soit très au-dessus de la moyenne de la zone euro (7,5% et 15,4%).

La dette du pays

le pays affiche une dette colossale de 2.300 milliards d'euros, soit 132% de son PIB, le ratio plus élevé de la zone euro derrière la Grèce.
Bruxelles ne cesse donc de presser Rome de réduire son déficit public. A plusieurs reprises, de vives tensions ont eu lieu entre la Commission européenne et le gouvernement italien, qui a fini par accepter de réduire celui-ci à 2,04% en 2019, au lieu de 2,4%.

 

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