La méthode Michel à l'épreuve d'un budget européen de plus de 1.000 milliards d'euros

La méthode Michel avait fonctionné lors du dernier sommet sur le Pacte vert.

Jeudi, les dirigeants européens négocieront le budget 2021-2027 de l'UE. Un exercice difficile, sur la base d'une proposition du président du Conseil européen, Charles Michel. Selon nos informations "entre 12 et 15 points" font encore blocage.

Plus de 1.000 milliards d'euros. Tel est l'enjeu du sommet européen de jeudi, au cours duquel les 27 chefs d'État ou de gouvernement européens négocieront le budget à long terme de l'UE (2021-2027) sur la base d'une proposition du président du Conseil, Charles Michel.

"Ce sera une des négociations les plus difficiles que nous ayons connues."
Une source européenne

Tous les sept ans, ce budget, le "cadre financier pluriannuel" (CFP), est le lieu d'un grand mercato. L'exercice représente pour chaque État des centaines de millions d'euros en plus ou en moins. Pour la Belgique, ce budget aurait un impact de 1,2 milliard d'euros par rapport à la situation actuelle selon la Première ministre, Sophie Wilmès.

"Ce sera une des négociations les plus difficiles que nous ayons connues", dit une source européenne.

Les discussions débuteront jeudi après-midi. On ignore quand elles s'arrêteront. "Les agendas des dirigeants ont été vidés jusqu'à samedi soir", glisse cette source, "le président leur a demandé de prévoir un nombre conséquent de chemises". Il suffira qu'un dirigeant quitte la salle pour mettre fin aux discussions, le CFP nécessitant l'unanimité des 27 États.

Michel veut "aller vite"

Le président du Conseil veut "aller vite". Voici trois semaines qu'il enchaîne les rencontres avec les dirigeants. Lors du sommet, il alternera réunions plénières et bilatérales pour tenter des compromis. La méthode Michel a fonctionné lors du dernier sommet sur le Pacte vert. Ici, on entre dans du dur.

Le Brexit creuse un trou de plus de 10 milliards par anCharles Michel propose de le combler par des ressources propres, une taxe sur les plastiques et des fonds provenant du système d'échange des émissions de carbone (ETS). Cette proposition permettait de lever 14 milliards d'euros.

Blocage sur "12 à 15 points" 

Selon nos informations, entre "12 et 15 points posent encore problème", les Vingt-sept marquant leur accord sur la majeure partie de la proposition Michel.

Le président du Conseil européen propose un budget de 1.095 milliards pour l'UE, soit 1,074% de son RNB.
1.095
milliards

Premier blocage, le montant. Le président du Conseil propose un budget de 1.095 milliards, soit 1,074% du revenu national brut (RNB) de l'UE. La pilule ne passe pas auprès des États contributeurs nets, ou "frugaux", tels que les Pays-Bas, l'Allemagne, le Danemark et l'Autriche. "Ils ne veulent pas dépasser le chiffre de 1% du RNB", dit une source.

Le Parlement européen, exigeant un budget à 1,3% du RNB, pourrait aussi bloquer, les eurodéputés devant approuver le budget à la majorité simple. Mais la "realpolitik" prime dans ce domaine. Les grands partis, en coalitions diverses dans les États de l'UE, sont tous autour de la table au sommet. Il y a une logique politique à ce qu'ils ne s'opposent pas à ce que le Conseil décidera.

La proposition de supprimer progressivement les rabais génère aussi des blocages. Cette facilité, octroyée jadis au Royaume-Uni puis à d'autres États (Allemagne, Danemark, Pays-Bas, Autriche, Suède), agace la France et 15 autres pays. Les bénéficiaires, eux, s'y accrochent. 

La proposition prévoit de réduire le montant de la PAC (329 milliards) au bénéfice des nouvelles politiques (climat, numérisation, défense). Il faudra convaincre la France, l'Irlande et l'Italie, où le secteur agricole reste fort.

Autre point de friction, la proposition de conditionner l'octroi des fonds de cohésion (323 milliards) au respect de l'État de droit par les pays bénéficiaires. Cette conditionnalité hérisse la Pologne et la Hongrie, deux États faisant l'objet d'une procédure en violation de l'État de droit pour leurs législations foulant l'indépendance du pouvoir judiciaire et la liberté d'expression.

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