La mouvance salafiste dans le collimateur du gouvernement français

Le ministre français de l'Intérieur Gérald Darmanin a promis l'expulsion de 231 étrangers fichés S et la dissolution de plusieurs associations. ©REUTERS

Trois jours après l'assassinat d'un professeur, les autorités françaises promettent l'expulsion de fichés S et la dissolution d'organisations soupçonnées de prêcher la haine.

Trois jours après la décapitation d'un professeur de collège dans les Yvelines, le tempo s'accélère en France. "Nous n'accorderons pas une minute de répit aux ennemis de la République", a clairement martelé le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin ce lundi sur Europe 1, indiquant que Samuel Paty avait manifestement fait l'objet d'"une fatwa" lancée par le père d'une collégienne et le militant islamiste radical Abdelhakim Sefrioui pour avoir montré en classe des caricatures de Mahomet. Les deux hommes – qui auraient été contactés par écrit par le terroriste – font partie des 15 personnes gardées à vue (dont 4 collégiens) dans l'enquête sur cet assassinat perpétré par un réfugié russe tchétchène de 18 ans.

"Des ennemis de la République"

Interpellé par l'opposition, Gérald Darmanin a donc annoncé qu'il allait réclamer l'expulsion de 231 étrangers fichés S pour radicalisation présents sur le sol français. Sachant que 180 d'entre eux seraient actuellement incarcérés, tandis que les 51 restants devraient être arrêtés dans les prochaines heures. Des opérations de police seraient en cours – toutes n'ayant pas forcément de lien avec l'enquête – selon l'Intérieur. Dans le collimateur également, "51 structures associatives verront des visites d'État" dans les jours à venir, a-t-il promis, sachant que "plusieurs d'entre elles seront dissoutes au Conseil des ministres" sur demande expresse du ministre.

Parmi elles figure l'emblématique Barakacity, organisation caritative dont le président, Idriss Sihamedi, est d'ores et déjà sous contrôle judiciaire dans le cadre d'une enquête pour harcèlement sur les réseaux sociaux. Ou encore le Comité contre l'islamophobie en France (CCIF), présent dans le pays depuis près de 20 ans. Ce dernier fait régulièrement l'objet de critiques portant sur la validité de ses données statistiques, sur la qualification des actes dits islamophobes et sa proximité entre autres avec la mouvance des Frères musulmans. Reste que ces associations sont insaisissables : depuis plusieurs années déjà les autorités se heurtent à leur égard à un mur juridique. Cette fois encore le CCIF a d'ores et déjà fait savoir qu'il allait saisir la justice.

De fausses décapitations sur Twitter

Autre champ d'intervention: les réseaux sociaux. Dans ce domaine, Gérald Darmanin a annoncé que "plus de 80 enquêtes pour la haine en ligne, pour apologie" avaient été lancées. "Des interpellations ont lieu depuis hier. Jamais un gouvernement n'avait mobilisé autant de moyens pour lutter contre l'islamisme des réseaux sociaux", a-t-il assuré.

"Jamais un gouvernement n'avait mobilisé autant de moyens pour lutter contre l'islamisme des réseaux sociaux."
Gérald Darmanin
Ministre de l'Intérieur

L'enjeu est crucial. On sait désormais que le professeur avait fait l'objet d'une campagne de dénigrement en ligne, alimentée par Abdelhakim Sefrioui. Le prédicateur, fondateur du collectif Cheikh Yassine et fiché S, avait appelé dans une vidéo sur Youtube au renvoi de Samuel Paty.

Enfin, une polémique a également surgi autour du fait que, dès le mois d'août, l'assaillant lui-même avait déjà posté des vidéos de fausses décapitations sur son compte Twitter. Certains de ses messages auraient donné lieu à des signalements auprès de la plateforme Pharos mais ceux-ci, jugés trop généraux, n'ont pas donné lieu à l'ouverture d'une enquête. Face à ces ratés, le gouvernement sait qu'il sera jugé sur ses actes concrets. D'autant que les propositions pour lutter contre le terrorisme commencent à affluer. Au Rassemblement National, Marine Le Pen plaide pour "une législation de guerre" et la mise en œuvre d'une commission d'enquête. À droite, Xavier Bertrand, le président ex-LR des Hauts-de-France, a réclamé un référendum sur la laïcité.

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