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La pression s’accroît sur le gazoduc Nord Stream 2

Des ouvriers à l'œuvre sur le site de construction du Nord Stream 2, près de Kingisepp, Russie. ©REUTERS

La France a marqué son opposition au gazoduc, déjà visé par de nouvelles menaces de sanctions américaines.

Le gazoduc Nord Stream 2 s’annonçait comme le premier obstacle à la normalisation des relations entre l’Allemagne et les États-Unis – mais la France n’est pas en reste. Réagissant au sort de l'opposant russe Alexeï Navalny et à la répression de ses partisans, le secrétaire d'État français à l’Europe a estimé que les sanctions ne suffisaient pas pour signifier la réprobation européenne au régime de Vladimir Poutine: "Il faut aller plus loin", a plaidé Clément Beaune lundi, précisant être favorable à l’abandon du projet Nord Stream 2. "C'est une décision aujourd'hui allemande (...) et nous avons toujours dit que nous avions les plus grands doutes sur ce projet dans ce contexte", a-t-il fait savoir.

"Nous avons toujours dit que nous avions les plus grands doutes sur ce projet dans ce contexte."
Clément Beaune
Secrétaire d'État français aux Affaires européennes

Le 20 janvier, le secrétaire d’État américain Antony Blinken avait assuré devant le Congrès américain qu’il utiliserait "tous les outils de persuasion" pour combattre ce projet. La chancelière allemande avait répliqué au lendemain de l’entrée en fonction de Joe Biden, soulignant que l’arrivée du président démocrate n’apporterait pas "qu’harmonie" entre Berlin et Washington.

Pour 12 milliards de moins

L’abandon de ce projet saperait 12 milliards d'euros d'investissements dans les infrastructures gazières: 8 milliards d'euros de dépenses d'investissements (sans compter 1,5 milliard de coûts de financement), auxquels s’ajoutent 3 milliards investis dans les infrastructures allemandes et 750 millions de plus dans des ramifications en République tchèque, indique le consortium Nord Stream 2.

-0,77
euro/mwh
Le gazoduc conduirait pour les Européens à un prix du gaz de l'ordre de 0,77 euro/MWh inférieur à un scénario sans Nord Stream 2.

Basé à Zoug, en Suisse, il a été fondé en 2015 pour construire ce double gazoduc de 1.230 km reliant Oust-Louga en Russie à Lubmin en Allemagne. Il réunit des investisseurs comme Engie ou Shell et impliquerait quelque 120 entreprises de 12 pays. Au conditionnel puisque, "dans le contexte des risques de sanctions américaines", le consortium n'apporte pas de confirmation formelle.

Le gazoduc devait être mis en service cette année, mais les travaux ont été suspendus pendant un an en raison de sanctions américaines, qu’une nouvelle loi prévoit d’élargir. Le projet est complet à 94% : environ 2.300 kilomètres de tuyaux ont été installés. Les 200.000 tubes, de 24 tonnes chacun, permettraient de livrer chaque année 55 milliards de mètres cubes de gaz fossile, de quoi alimenter 26 millions de foyers.

Le gazoduc conduirait pour les Européens à un prix du gaz de l'ordre de 0,77 euro/MWh inférieur à un scénario sans Nord Stream 2, selon l'Institut d'économie de l'énergie de l'université de Cologne (EWI). Mais il accroîtrait la dépendance de l’Allemagne – et de l’Europe – vis-à-vis du gaz russe. Sans ce gazoduc, l’Europe s’approvisionnerait via les autres conduits existants – dont des infrastructures ukrainiennes vieillissantes – et importerait davantage de gaz liquéfié (GNL), notamment américain.

"Nous éviterons les dépendances unilatérales vis-à-vis de fournisseurs d'énergie et ferons un pas majeur vers une plus grande souveraineté européenne."
Michael Roth
Secrétaire d'État allemand aux Affaires européennes

Le dos rond allemand

À Berlin, la défense du projet est mesurée. "Mon attitude de base n'a pas encore changé au point que je dis que le projet ne devrait pas exister", déclarait Angela Merkel peu après l’arrivée de la nouvelle administration américaine. Non sans ambiguïté, son ministre des Affaires européennes Michael Roth indiquait dans une opinion publiée dimanche que les tensions avec Moscou et les critiques répétées à l’encontre du gazoduc doivent être saisies pour faire avancer la diversification. "Ce faisant, nous éviterons les dépendances unilatérales vis-à-vis de fournisseurs d'énergie et ferons un pas majeur vers une plus grande souveraineté européenne." La position de Berlin serait-elle en passe d'évoluer? Comprend qui peut.

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