analyse

La révolte biélorusse au défi des "tactiques russes" de Loukachenko

Manifestation contre les résultats de l'élection présidentielle, Minsk, lundi 24 août. ©AFP

Le mouvement pro-démocratie montre des signes d’essoufflement face à la répression ciblée du régime, soutenu par la Russie, observe l'analyste politique Andrew Wilson.

Le régime d'Alexandre Loukachenko brandit plus que jamais le bâton – la mitrailleuse – pour tenter d'endiguer le mouvement de protestation contre la réélection contestée du Président. Après une nouvelle démonstration de force des manifestants dimanche, le régime a mené une série d’arrestations ciblées lundi. Et alors qu’une semaine plus tôt, l'homme fort de Minsk était apparu en position de faiblesse face à des ouvriers le huant, il s'affiche désormais prêt à en découdre avec des opposants qu'il qualifie de "rats". De noir vêtu, affublé d’un gilet pare-balles, il s'est même montré, sur des images diffusées dimanche, un fusil mitrailleur au poing.

Répression chirurgicale

En face, le mouvement de contestation montre des signes d’érosion: 100.000 personnes dans les rues de Minsk dimanche, c'est moitié moins que les estimations de la semaine précédente. «Il est toujours difficile d’être précis sur les chiffres, mais c’est toujours beaucoup pour un petit pays comme la Biélorussie, et vu le climat d’intimidation de la semaine dernière, ça reste un chiffre impressionnant», commente Andrew Wilson, chercheur à l'European council on foreign relations (ECFR) et expert des mouvements de démocratisation dans l'espace post-soviétique.

"Il y a eu un certain sentiment au cours de la semaine écoulée que l'élan se perd dans certains segments de la contestation."
Andrew Wilson
ECFR

Il n’en demeure pas moins que le bras de fer dans lequel s’est engagé le Président met le mouvement à rude épreuve. «Il y a eu un certain sentiment au cours de la semaine écoulée que l'élan se perd dans certains segments de la contestation. Il semble par exemple que le nombre de grévistes soit en baisse», poursuit l'analyste. Les leaders grévistes sont ciblés, perdent leur emploi, sont arrêtés, battus: le régime n’essaye pas d’empêcher directement les manifestations massives, mais mise sur le ciblage sélectif de leaders. Lundi, on a ainsi appris les arrestations d'Olga Kovalkoa, qui avait demandé l'annulation de la présidentielle à la Cour suprême, de Sergueï Dilevski, président du comité de grève de l’usine de tracteurs de Minsk, d'Alexandre Lavrinovitch, de l’usine de fabrication de véhicules lourds MZKT, ou encore de Bokoun Anatoli, meneur gréviste chez le numéro 2 mondial de production de potasse Belaruskali.

"Tactiques russes"

Dans un nouvel échange téléphonique avec Vladimir Poutine lundi, Alexandre Loukachenko a informé le dirigeant russe des "mesures prises en vue de la normalisation de la situation" dans le pays, selon les termes du Kremlin. Cette proximité dans la gestion de crise entre Minsk et Moscou va bien plus loin, souligne l'analyste de l'ECFR: «On voit clairement que l’appareil biélorusse copie les tactiques anti-manifestations russes. On voit aussi des démissions en masse dans les médias, avec des Biélorusses remplacés par des Russes. Et on entend que cela se produirait aussi dans d’autres secteurs, notamment dans l’appareil sécuritaire. Cela doit encore être étudié, mais clairement la Russie apporte une assistance physique, matérielle et en personnel.»

"Un régime économiquement faible qui survit uniquement par coercition n’est pas une recette de long terme pour la stabilité."
Andrew Wilson
ECFR

Tenir sur la durée

Dans un tel contexte, l’appel à l’organisation d’un «dialogue national inclusif» lancé le 19 août par le Conseil européen semble illusoire à court terme. Mais les sanctions européennes contre les dignitaires du régime peuvent avoir un effet, estime Andrew Wilson. «Si Loukachenko survit, ce sera uniquement par coercition. Mais l’économie du pays subit déjà de lourds dégâts du fait des grèves. Et un régime économiquement faible qui survit uniquement par coercition n’est pas une recette de long terme pour la stabilité.» Reste à voir en face si le mouvement pro-démocratie trouvera la recette de la solidité à long terme.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés