analyse

La "Tax Lady" Margrethe Vestager prépare sa montée en puissance

©AFP

Lors de son audition devant le Parlement européen, la libérale danoise s’est défendue face à ceux qui voient un conflit d’intérêt inhérent à son portefeuille, qui comprend à la fois la concurrence et le numérique.

Margrethe Vestager s’est présentée à son grand oral en chemisier couleur treillis, comme pour souligner sa détermination. Personne, dans l’assemblée composée de trois commissions parlementaires, ne pouvait douter du tempérament combatif de celle que le président américain a surnommé la "Tax Lady". En cinq années à la Concurrence, elle a infligé pour près de 19 milliards d’euros d’amendes aux plus grands groupes et elle a utilisé les règles sur les aides d’État pour lutter contre l’évitement fiscal – demandant par exemple à Apple de rembourser plus de 14 milliards d’euros non perçus par le gouvernement irlandais.

"Conflit d’intérêt"

"Je ne pense pas que les décisions sur les aides d’État nous apporteront la justice fiscale. La législation le fera."
Margrethe Vestager
Candidate vice-présidente exécutive de la Commission européenne

La principale critique avancée depuis les bancs de la majorité à la libérale danoise vise le très large portefeuille qu’Ursula von der Leyen lui confie. La future "vice-présidente exécutive" conserve le portefeuille très puissant de la Concurrence et hérite de surcroît de la transition numérique, l’une des deux grandes priorités du prochain collège. Problème: comment faire la police de la concurrence de manière impartiale tout en ayant en charge un portefeuille de politique industrielle?

"C’est la première question que je me suis posée", a assuré la candidate, mardi, lors de son audition devant le Parlement. Elle y répond par l’indépendance de ses services, chargés de défendre leurs options devant la Cour de Justice, et par le fait que toute décision est in fine prise de manière collégiale par l’ensemble des commissaires européens. Réponse qui ne convainc pas pleinement l’influent député conservateur allemand Markus Ferber, qui insiste sur un "conflit d’intérêt inhérent" à ce portefeuille.

Justice fiscale

Autre grand chantier de son mandat: elle doit présenter dans les 100 jours de la nouvelle commission une "approche sur l’intelligence artificielle", en vue d’encadrer son développement.

La Danoise gardera donc la haute main sur l’application du contrôle antitrust, des fusions, des aides État, pour garantir une concurrence équitable. Les principes qui guident notre politique en matière de concurrence ne doivent pas changer, dit-elle, mais la Commission doit s’assurer "que la façon dont sont appliquées ces règles est adaptée au monde actuel". Si les cas d’abus d’aides d’État qu’elle a porté ont mis en lumière certains des ressorts de l’évasion fiscale, ils ne peuvent être une solution structurelle. "Je ne pense pas que les décisions sur les aides d’État nous apporteront la justice fiscale. La législation le fera." Son travail consistera notamment à coordonner la recherche d’un compromis sur la taxation des géants du net, et à chercher une solution européenne si un accord mondial n’est pas trouvé à la fin de l’année prochaine.

Une IA "humaine"

Autre grand chantier de son mandat: elle doit présenter dans les 100 jours de la nouvelle commission une "approche sur l’intelligence artificielle", en vue d’encadrer son développement. "Les Européens perdent confiance dans les technologies", estime Vestager, soulignant l’importance de la restaurer pour pouvoir déployer le potentiel d’innovation de l’intelligence artificielle (IA) en Europe. "Ce qui compte, c’est la finalité, c’est savoir où on veut utiliser l’IA. Où on veut mettre des données à disposition." L’Europe investit trois à quatre fois moins que les États-Unis dans ce secteur.

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