La zone euro s'enfonce dans la discorde

Le ministre des finances allemand Wolfgang Schauble en discussion avec son homologue grec Evangelos Venizelos.

A la veille des "sommets de la dernière chance" programmés pour dimanche et mercredi, les divergences persistent entre les deux leaders européens. La France opte toujours pour une plus grande implication de la BCE dans la résolution de la crise de la zone euro, tandis que l'Allemagne s'y oppose plus que jamais.

Les divergences entre Paris et Berlin persistaient vendredi sur les solutions à apporter pour éviter une contagion de la crise de la dette via un renforcement du Fonds de secours de la zone euro, alors qu'une réunion des ministres de l'Union monétaire a démarré dans l'après-midi.

Cette réunion doit notamment permettre de débloquer une nouvelle tranche de prêts vitale pour la Grèce (soit 8 milliards d'euros), faute de quoi le pays pourrait tomber en faillite. Pour l'obtenir, Athènes a adopté jeudi soir une nouvelle législation sur l'austérité très contestée dans le pays qui prévoit notamment la mise au chômage technique de quelque 30.000 personnes dans le secteur public.

A côté de cela, la France et l'Allemagne sont engagées depuis plusieurs jours dans un bras de fer sur le meilleur moyen d'accroître la force de frappe du Fonds (FESF), un instrument essentiel à l'Union monétaire pour espérer empêcher une contagion de la crise de la dette à des pays comme l'Espagne et l'Italie, dans le viseur des marchés.

Le bras de fer franco-allemand inquiète le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker. "L'impact à l'extérieur (est) désastreux" pour l'Europe. Nous ne donnons pas vraiment l'exemple éclatant d'un leadership qui fonctionne bien", regrette-t-il.

Quelles sont les positions?

La France continue de défendre des solutions impliquant la Banque centrale européenne (BCE), malgré l'opposition de l'Allemagne et de la BCE elle-même. Selon Paris, la meilleure solution pour endiguer la propagation de la crise, surtout après une future restructuration de la dette grecque, consiste à faire en sorte que la BCE continue comme elle le fait depuis des mois à racheter des obligations d'États fragiles sur le marché secondaire, a expliqué cette source à l'AFP. Le ministre des Finances François Baroin a insisté sur "la volonté d'avoir un vrai pare-feu qui protège de toute contagion".

Or la BCE s'y refuse et cette compétence vient pour cette raison d'être transférée au Fonds européen de stabilité financière (FESF).
Si in fine c'est bien le FESF qui devra racheter la dette des États fragiles, il faudra le renforcer et, là aussi, la France continue, selon cette source, de pousser des solutions impliquant la BCE: transformer le fonds de secours de la zone euro en établissement bancaire afin qu'il puisse emprunter auprès l'institut monétaire de Francfort.

A Berlin, l'opposition à ce scénario qui va à l'encontre des traités européens est vive. Plusieurs hauts responsables allemands ont même assuré, depuis jeudi, qu'elle n'était plus sur la table. "Au contraire, la France continue de la défendre, il y a de grosses discussions", a expliqué le diplomate européen.

"Il est clair qu'on s'en tient à ce qui est autorisé par le traité (de l'UE), à savoir que la Banque centrale (européenne) ne peut être utilisée", a déclaré le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble. Il a également rappelé que Berlin n'entendait pas augmenter la capacité effective de prêts du Fonds, doté actuellement de 440 milliards d'euros.

A Berlin, le vice-chancelier allemand Philipp Rösler a lui aussi catégoriquement rejeté l'idée d'une licence bancaire pour permettre au FESF d'emprunter à la BCE. Et de rappeler que la contribution de l'Allemagne au FESF ne bougerait pas.

Un second sommet mercredi

Le clivage risquant de persister dimanche, la zone euro a déjà décidé de convoquer un sommet supplémentaire de ses dirigeants mercredi prochain au plus tard pour parvenir à un plan complet de réponse à la crise de la dette, après celui de dimanche initialement annoncé comme décisif.

A son arrivée à une réunion des ministres des Finances de la zone euro à Bruxelles, le ministre français des Finances, François Baroin, a assuré qu'il y avait "une volonté de faire des avancées de part et d'autre".

La Belgique veut une impication accrue de la BCE, dit Reynders

Certains pays, dont la Belgique, l'Italie ou l'Espagne, soutiennent déjà la position de la France.leurs positions sont surtout guidées par le risque que font peser les agences de notation sur la note du pays. Impliquer davantage la BCE leur permettrait d'éviter de s'endetter davantage pour aider des banques ou des pays dans le besoin.

"Nous aimerions que la BCE puisse travailler en partenariat avec la Facilité (européenne de stabilité financière, FESF, ndlr), et demain avec le Mécanisme (européen de stabilité, MES, sa version définitive après 2013, ndlr)", a notamment déclaré le ministre des Finances belge Didier Reynders.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés